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Peacock bass et consorts au Brésil 2015

Cette année 2015 sera l’occasion pour moi de faire mon cinquième voyage de pêche et le troisième en Amérique du Sud.

Après les quatre premiers voyages focalisés sur une espèce en particulier, j’ai eu très envie de faire un séjour multi-espèces. Pour être tout à fait honnête, j’y avais pensé déjà pour 2014 mais des soucis d’organisation locale m’ont empêché de réaliser ce rêve.

Les trips multi-espèces ne sont pas légion. Nombreux sont ceux focalisés sur une seule. En priorité, on trouve du Peacock Bass au Brésil en veux-tu en voilà, essentiellement sur le Rio Negro, là où ils deviennent le plus gros. Il existe aussi des destinations spécialisées dans la Cachorra (Venezuela) ou l’Aïmara (Guyane).

Mais le visionnage de plusieurs vidéos récentes telles que celle de Frank Hiribarne (Pêche sauvage chez les Kamayuras) et de Cyril Choquet m’ont montré qu’il était possible de trouver mon bonheur. En plus, pour ce séjour, je serai accompagné de deux connaissances sur à peu près la même longueur d’onde que moi. C’est avec plaisir que Franck, Josselin et moi avons monté ce projet.

Bien plus de deux ans à l’avance, j’avais pris contact avec la société d’Ian-Arthur de Sulocki Kalua Pesca, représentant IGFA local pour, petit à petit, monter un trip sur le Rio Xingu. Les soucis politiques sur ce fleuve, du fait de la création d’un barrage et donc de la destruction d’un joyau d’Amérique du Sud, sont nombreux et d’interminables discussions et tractations entre les autorités locales et les tribus ont finalement mené à une quasi-impasse.

Lassé par les reports successifs des décisions, nous avons choisi de nous engager sur une destination tout à fait ressemblante, sans problème particulier pour l’accès et aussi un peu moins chère : le Rio Trombetas.

J’ai le sentiment que ce fleuve est une destination multi-espèce de prestige en devenir et j’ai l’impression qu’on va y être avant le gros des troupes pour profiter d’une relative virginité.

En fait, c’est pendant les phases d’attentes de décisions successives que je suis entré en contact avec Philippe Rovere qui était en train de monter un groupe pour aller sur ce fleuve en novembre. J’ai d’abord freiné des quatre fers sachant que si le Xingu me passait sous le nez cette année, je n’y mettrais plus jamais les pieds et les leurres. Mais ma patience et celle de mes valeureux compagnons d’infortune a ses limites.

Alors nous avons dit oui et dès le début Philippe a été très professionnel et disponible. Ayant fait deux fois le séjour au préalable, il a pu nous renseigner honnêtement. Nous avons également eu des retours par ailleurs d’autres pêcheurs ayant fait le Xingu et le Trombetas et toutes ces informations recoupées entre elles nous ont confirmé dans notre choix.

Nous passerons par3H Fishing

trombetas


1/ Le départ

Commençons tout de suite par signaler que la compagnie TAP (Portugal) qui devait nous amener au Brésil a annulé le vol deux mois avant le départ et n’a pas pu offrir d’alternative viable. Le remboursement fut d’ailleurs une vraie galère et de nombreux appels ont été nécessaires (le remboursement complet n’a d’ailleurs toujours pas eu lieu à l’heure où j’écris ces lignes (fin novembre)). Notons de plus que ceci nous a fait perdre partiellement nos billets de train. La TAP est une compagnie que je déconseille clairement. Elle m’a aussi causé des problèmes lors d’un retour de Dakar.

Nous avons donc switché sur Air France en serrant les fesses avec les histoires de plans sociaux qui sentaient la grève à plein nez.

– 06/11 : départ de Metz pour Champagne-Ardenne où Franck et moi avons rejoint Josselin pour un covoiturage jusqu’à Roissy. Là, nous fûmes quittes pour un bon coup de stress pour Franck et son bagage avant de décoller pour Sao Paulo

– 07/11 : Courte escale puis vol jusqu’à Manaus

– 08/11 : Après une nuit à Manaus, vol jusqu’à Santarem

– 09/11 : Après une nuit à Santarem, vol jusqu’à Porto Trombetas et là, patatra, ma valise n’est pas là. Elle est à 100m, dans l’avion qui redécolle… Le vieux cauchemar est devenu réalité, me voilà au bout du monde sans matos de pêche ! (valise reçue avec deux jours de retard, j’y croyais pas sincèrement vue l’isolation des lieux). A partir de l’aéroport, nous attendent 15 minutes de taxi, 3h de bateau, 1h de camion puis 2h de pirogue de nuit en remontant des rapides. L’immersion est immédiate.

– 10/11 au 16/11 : 7.5 jours de pêche

– 16/11 : retour exactement en sens inverse : pirogue, camion, bateau puis quatre avions avec deux nuits d’hôtel intercalées

– 20/11 : arrivée au bercail après avoir raté le train du retour à cause des contrôles aux frontières (en mode “PTT” avec 10 guichets mais un seul guichetier et les gens d’Aéroports de Paris pas foutus de gérer des files d’attente bien que ce soit leur boulot)

Pour le tarif, comme toujours dans mes articles, pas de langue de bois. C’est cher. Plus cher que tout ce que j’ai fait jusqu’à maintenant. C’est vraiment l’engrenage ces voyages de pêche… comme je m’y attendais.

Je n’ai plus le détail très précis mais on arrive à un total général tout compris de l’ordre de 3800 à 4000 € dont 850 € de vol. Avec le recul des quelques voyages que j’ai au compteur, je me vois confirmé dans mon idée première : il y a globalement un lien entre le prix payé et la qualité du séjour. Ce n’est pas proportionnel, mais c’est quand même très lié, n’en déplaise à certains commerciaux du secteur.


2/ Le matériel

En ce qui concerne le matériel, j’investis également.

Côté cannes, je complète mon fagot avec une intermédiaire entre la 25-100 et la 10-40 g et j’ajoute une canne courte type jig pour manoeuvrer les poissons-chats, en 80 lbs car on ne rigole pas.

Côté leurres et petit matériel, je repars sur une base «aïmara» telle que je l’avais décrite dans cet article, agrémentée de quelques spécificités pour le peacock (bucktail jig, rippers..).

Côté moulinets, j’ajoute un moulin en taille 5000 pour la «grosse» canne leurre, le 4000 descendant d’une classe et le 3000 arrivant sur la 10-40g. Il me manque un moulinet de brute que Flo a bien voulu me prêter. J’ai aussi prévu un moulinet type carpe baitrunner pour le posé sur la deuxième canne (typée bouée).

Voici donc résumé le matériel, le montage et les équipements divers, par classe, sachant que je ne pêche qu’en spinning :

Ensemble XH :

Canne trois brins 25-100g, moulinet 5000, tresse 50 lbs, émerillon baril 80 lbs, bas de ligne en acier gainé 7 brins 80 lbs sleevé par sleeves simples (trois passages), anneau brisé 80 lbs, hameçons ST66 n°1 à 3/0

Ensemble H :

Canne quatre brins 20-80g, moulinet 4000, tresse 30 lbs, émerillon baril 50 lbs, bas de ligne en acier gainé 7 brins 30 lbs sleevé par sleeves simples (trois passages), anneau brisé 40 lbs, hameçons ST66 n°1 à 3/0 ou ST41 n° 1 à 2/0. Alternative : fluoro 63°° (50 lbs)

Ensemble MH :

Canne quatre brins 10-40g, moulinet 3000, tresse 20 lbs, émerillon baril 50 lbs, bas de ligne acier gainé 7 brins 30 lbs sleevé par sleeves simples (trois passages), anneaux brisés 40 lbs, hameçons d’origine ou ST41 n°1 à 2/0. Alternative fluoro 63°° (50 lbs)

Ensembles posé (siluridés) :

Canne trois brins type jig 80 lbs, moulinet 10000, tresse 100 lbs, émerillon 150 lbs, bas de ligne acier gainé 150 lbs, hameçons 10/0 à 14/0 (J hook), plombée 50 à 100g

Canne cinq brins 150-300g, moulinet carpe +/- 6000, tresse 50 lbs, émerillon 100 lbs, bas de ligne acier gainé 7 brins 80 lbs sleevé par sleeves simples (trois passages), hameçons 6/0 à 10/0, plombée 50 à 100g

 

Du côté des leurres durs, une certaine liste de «must have» type aïmara me semblait inévitable :

– le popper maison en bois, fait par Guy pour l’aïmara guyanais ou le Skitter pop pas cher ou équivalent

– le Search Bull ou le Rat-a-rat

– le Screamin Devil ou le Flat Shad 124

– le spinner maison «jetable»

– le gros stickbait type Heddon Zara Spook ou équivalent

– la cuiller à Musky

 

A ceci s’ajoute quelques leurres moins spécifiques :

– le Sub Walk

– l’ondulante anti-herbe Silver Minnow

– le gros minnow type YoZuri Crystal Minnow Magnum, Rapala Countdown, Salt Pro Minnow et autres du même genre

– un cranck pour descendre un peu type LuckyCraft CB 350 ou équivalent

 

Ensuite, plus spécifiquement pour le peacock, on ajoutera :

– un ou deux propbait type Woodchopper, pas nécessairement dans les plus grandes tailles. Sachant que sa production est stoppée, il est difficile de s’en procurer dans des coloris variés.

– des bucktails jigs, éventuellement avec un rattle (achetés sur place)

– un ou deux stickbait de taille plus modeste comme le Sammy mais de préférence de types brésiliens, c’est à dire avec bille tungstène et non acier

– un ou deux minnow type Rapala Floating Magnum, Shad Rap et Xrap dans les 10 cm environ

 

Enfin, côté leurres souples, il sera préférable de s’orienter vers du pas cher car les stocks vont fondre; les classiques ont ma confiance (Shad GT, Pulse Shad, Kopyto …) dans des tailles respectables (5, 6 et 7 pouces) sur tête plombée 4/0, 6/0 et 8/0. On pourra éventuellement prévoir un hameçon voleur en prime en cas de soucis au ferrage. Par sécurité, deux pochettes d’hameçons texans de grande taille (6/0, 8/0, 10/0) feront le voyage en cas de besoin spécifique sur un secteur très encombré.

Il y a aussi quelques leurres de 3″ et 4″ en vrac avec les têtes plombées adaptées.

En tout pour le matériel, je pense avoir acheté environ 400 € dont les 2/3 ne me serviront plus ici en métropole.


3/ Le séjour

Le lodge est vraiment très bien équipé pour une zone aussi paumée. Il est équipé de trois groupes électrogènes, de citernes d’eau sur tour pour la douche, les lavabos et les toilettes, de chambres doubles avec lits (pas de hamacs), d’un réfectoire à proximité de la cuisine, de frigos et congélateurs etc… bref, tout ce qu’il faut pour passer des bons moments. Le personnel est constitué du représentant de 3H Fishing et de ses 4 guides (1 guide pour deux pêcheurs), des hommes à tout faire sur le lodge et de trois cuisinières / lingères.

Côté repas, on a eu de la viande, du poisson bien évidemment, du riz, des pâtes, du manioc, café, bière, caïpirinas et compagnie. Rien à redire.

Le groupe de 8 pêcheurs est constitué de 3 leurristes (dont moi) et de 5 moucheurs. Il y aura donc en permanence un bateau mixte leurre / mouche. En arrivant, tout de suite, on nous dit que le niveau des eaux est incroyablement bas et qu’il faudra sans doute bouger pour trouver plus de poisson, ce qui signifie remonter le cours d’eau et poser un camp pendant quelques jours.

 

Une bonne partie des photos qui suivent ne sont pas de moi (merci Joss, Franck, Philippe et les guides).


Jour 1

Comme indiqué plus haut, je commence ce premier jour sans ma valise de matos. Heureusement, Franck et Josselin partagent un peu du leur pour que je puisse quand même pêcher. Merci à eux. Mais le cœur n’y est que moyen, j’ai un peu la tête dans le sac avec cette histoire de valise.

Les moucheurs sont tous excités à l’idée d’aller pêcher le pacu avec des imitations de fruits. Ce n’est pas vraiment l’espèce n°1 de la liste mais ça fait partie de la diversité que je suis venue chercher, donc je suis le mouvement. J’accompagne Charly sur la barque et on s’installe sur un poste où de nombreux pacus marsouinent. Il s’agit en fait d’une pêche au toc très grossière : tresse 30 lbs, bas de ligne titane, anneau brisé 50 lbs et hameçon n°4/0 avec une imitation de fruit ou un fruit naturel. Je défie quiconque de prendre un poisson (hors gobie) de cette manière ici. On lance amont et on récupère la bannière au rythme du courant ou alors on lance à 90° et, canne haute, on accompagne la dérive.

Après des débuts un peu compliqués, je commence à prendre le pli et je termine la matinée avec 8 poissons entre 2 et 3 kg qui vendent très chèrement leur peau, comme toutes les espèces qui vivent dans ces eaux.

 

En discutant plus tard durant le séjour avec Franck, on se dit que ce serait bien sympa de pêcher à la longue coulée avec un flotteur dans ces conditions !

A midi, on mange sur le bord de la rivière et nous goûtons nos premiers pacus. Un délice ! Après 5 ou 6 repas à base de pacu en 7 jours, on a quand même fini par penser à de la raclette ou un bon steak avec patates rôties.

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Proche du pic nique, il y a un petit jacaré qui nous observe.

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Durant l’après-midi, on change complètement de pêche et on nous amène dans des zones très peu profondes pour rechercher le peacock bass, appelé localement le tucunaré. Le tronçon semble complètement vide de poissons. On ne voit rien sauf des pacus. Je parviens juste à faire bouger un peacock sur un bucktail jig mais je ne le pique pas.

Je termine donc cette première journée capot au leurre si j’exclus les imitations de fruits. Ceci ne m’inquiète pas le moins du monde cependant car il y a du poisson à prendre, à n’en pas douter. Je suis par contre beaucoup plus inquiet concernant ma valise et je n’arrive pas à pleinement apprécier le séjour.

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Jour 2

Pour ce deuxième jour, je suis sur le bateau avec Franck. Il a, encore une fois, la bonté de me prêter une canne et quelques leurres. Nous pêchons différentes zones, vierges de tout poisson, et seule une décroche d’un tucunaré est à signaler à mon compteur puis Marco, l’ancien, le sage, le taiseux, nous mène sur un trou qu’il dit «à aïmara». Nous peignons, peignons, peignons, d’abord en surface, puis plus en profondeur, et c’est Franck qui touche un premier poisson et son tout premier aïmara, au lipless, sur une touche de type «serpillère». Il le décroche. Plus tard, c’est carrément l’hallucination puisqu’alors qu’il s’empare de son appareil photo pour compléter son bestiaire, son lipless traine au fond et lorsqu’il reprend contact, il remonte un autre aïmara pris au lasso sur sa ligne. Le poisson arrive cependant à se libérer. Il finira par en mettre un au bateau, à la régulière.

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Le ponçage continue et c’est mon tour d’halluciner sur un Doom Bell alors que je peux voir que sont pendus deux aïmaras sur mon leurre, un par triple. Un des deux se décroche mais je mets le second au bateau. Quatre ans plus tard, je remets les mains sur cette bête dont le comportement est tout de même bien différent de ses cousins guyanais. Il n’a pas ici la toute-puissance sur la rivière. Il vit reclus, souvent dans des trous, dans des petits affluents et peine assez à attaquer en surface. De plus, il n’atteint pas des tailles incroyables. Si en Guyane, un séjour relativement réussi en termes d’aïmara se traduit par la prise d’un poisson de 20 lbs, ici un tel poids constituerait un spécimen rarissime.

La matinée aura été assez calme pour tout le monde et on change de décors pour l’après-midi. Marco nous fait remonter pendant une heure et nous arrête sur un rapide. Nous n’y trouvons rien donc il nous place en amont du rapide, sur une tête de roche que nous pêcherons en fait assez souvent. Nous enregistrons de nombreuses touches sans poisson : peut-être du petit piranha ou peut-être de la cachorra, si difficile à ferrer !

Je finis par prendre un piranha et Franck quant à lui met au sec un très joli bicuda.

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Les touches s’enchainent ensuite et quelques piranhas rejoignent le bateau ainsi qu’un deuxième bicuda pour Franck.

Plus tard, je touche finalement mon premier peacock sur un doublé avec Franck avant de décrocher un sympathique bicuda.

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Je profite de ces quelques lignes concernant mon premier jour de pêche avec Franck pour lui tirer mon chapeau. Franck est un pêcheur assez éclectique en métropole, à large orientation «leurre», et j’ai pu constater toute sa capacité d’adaptation à la pêche en Amazonie. La pêche difficile de France est un entrainement à l’Amazonie, je dirais de la même manière qu’un entrainement de la légion est autrement plus compliqué qu’une intervention réelle. Franck est venu au Brésil avec quelques leurres classiques locaux «obligatoires» mais a également montré, tout au long du voyage, que les méthodes européennes et/ou françaises étaient tout à fait applicables, et avec quel succès, à la pêche en Amazonie. Je prends l’exemple du lipless, leurre qui s’est retrouvé très souvent au bout de sa ligne, des lames et d’une manière plus générale des leurres très bruiteurs ou à très fortes vibrations mais subaquatiques. J’ajoute également, avec quand même une petite réserve, le leurre souple. Je ne vais pas dévoiler les anecdotes qui vont suivre tout de suite ici mais le leurre souple a fourni de belles surprises. Cependant, vu le caractère ultra-consommable de ces leurres en présence de piranhas, je pense que son utilisation sur une semaine de pêche est envisageable mais pas sur une saison.

Chapeau l’artiste ! Au plaisir de reprendre une leçon !

Pour conclure cette journée agréable, l’équivalent psychologique d’un peacock de 10 kg arrive au camp : ma valise ! Je n’y croyais plus ! La soirée est nettement plus détendue et bières et caïpirinha sont de rigueur.


Jour 3

Cette fois-ci, c’est avec Josselin que j’embarque. Marco nous emmène en amont d’un rapide, sur une tête de roche visible sous la surface que nous avons pêché la veille avec Franck, une zone que nous pensons être un point de passage pour des poissons venus s’alimenter dans les rapides.

Quelques minnows se déhanchent au bout de ma ligne puis c’est du lipless bruiteur qui sera animé plus en profondeur. La série du chat noir continue puisque sur le premier ferrage (piranha noir), je casse la canne XH au talon. Mauvais emboitement (peu probable car je vérifie souvent) ou endommagement pendant le transport, couplé à un ferrage «de papa» pour citer Joss auront raison d’une canne de grande marque japonaise et d’un certain prix qui finalement ne m’a jamais plu. Peut-être que c’est finalement l’aura négatif entourant ma relation avec cette canne qui a forcé la brusque rupture de nos relations.

Hasard ou coïncidence, j’avais prévu de doubler cette canne. Je peux donc toujours pêcher avec des leurres de fort grammage bien que la canne de remplacement était également dédiée à la pêche du bord donc un peu plus (trop) longue.

Je finis tout de même par le prendre ce piranha noir, poisson qui défend très chèrement sa peau en comparaison de sa taille. La zone avale, aux alentours du lodge, est relativement peu fournie en piranhas mais la zone plus amont, que nous allons explorer, en est infestée.

Josselin quant à lui réalise une très belle pêche avec deux peacock dont le plus gros peacock de son séjour à plus de 7 kg ainsi que deux très jolies bicudas.

Je profite là-aussi de ces lignes pour tirer mon chapeau à Josselin qui possède un mental idéal pour des conditions délicates, qu’il s’agisse de pêche ou de météorologie. Sa pêche habituelle, exclusivement au leurre, certains diraient «intégristement» au leurre, en métropole, en est la quintessence. Là où je perds la concentration après 40 minutes sans activité sous un soleil de plomb et l’hygrométrie d’un hammam, lui persiste, et signe.

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Chapeau l’artiste !

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L’après-midi est assez délicat avec seulement du piranha au compteur. Je décroche au bateau mon premier paca du séjour.

Nous terminons l’après-midi sur une fosse où se sont amusés Joss et Franck la veille, dans environ 20 m d’eau, à pêcher des poissons décollés d’au moins 12 m, au leurre souple. Là encore, je tire mon chapeau à Franck et Joss qui trouvent la pêche dans cette fosse en détectant des poissons décollés. C’est typiquement le genre d’endroit où, par manque d’expérience, j’aurais gratté le fond et, sans une touche à la descente ou à la remontée, je serais passé à côté de la pêche.

Ces poissons suspendus sont des acoupas. J’ai déjà pu en prendre (et en manger ! miam miam miam !) en Guyane, mais ici les poissons sont suspendus, ce qui est étonnant et leur défense est aussi particulière puisqu’ils remontent comme des balles et nous gratifient de chandelles !

Des shads et grubs sont montés sur des têtes plombées de 30g et plus et joyeusement animés dans la colonne d’eau. Les touches sont très tactiles et les (mes) ferrages amples, ce qui en fait marrer plus d’un.

Un de ces bestiaux parviens à ouvrir un anneau brisé 50 lbs et un autre pourtant apparemment bien piqué se décroche au bateau. Joss en fait deux, Franck un et nous fait un peacock au shad, dans 20m d’eau, de quoi faire vaciller un brésilien. On apprend également qu’il a pris plus tôt un surubi au shad, également dans 20 m ! De la science-fiction brésilienne probablement.

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Jour 4

C’est le jour où nous décidons de remonter pendant plusieurs heures le cours d’eau pour atteindre des zones «vierges».

Trois heures de pirogue plus tard, j’ai eu le temps de pêcher à pied un rapide et de prendre quelques petits peacock dit «paca» ainsi qu’un jacunda ou poisson-madame, le tout au leurre de subsurface.

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Franck, l’hydrobiologiste de service, nous indique que selon lui, la forme paca du peacock (c’est à dire le modèle avec tous les petits points) ne peut concerner que les femelles ou les juvéniles.

Nous arrivons peu avant midi et ce que nous considérions comme une zone vierge l’est en fait beaucoup moins que selon nos attentes. Il y a une aire qui semble régulièrement être campée.

Je passe l’après-midi à pêcher en compagnie d’Alex, un moucheur, exclusivement au leurre de surface ou subsurface  (sammy principalement et water monitor). Quand on pense au peacock, on a souvent à l’esprit la pêche en surface. C’est aussi ce qui ressort des reports, articles et vidéos sur des trips brésiliens. Je pense que le leurre de surface n’est pas le meilleur leurre. C’est le plus sympa, j’en conviens, c’est pourquoi je l’ai largement utilisé. L’attaque en surface fait partie du plaisir et compense à mon goût largement un nombre de prise inférieur. Le plaisir avant tout ! Sur certaines zones vraiment très peu profondes, il semble que ce soit le seul type de leurre qui passe sans accroc.

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Au final, je passe une très bonne après-midi avec plusieurs peacocks capturés jusqu’à 4 kg et un aïmara, tous étant des poissons qui s’alimentaient. Je reviendrai sur ce point critique plus tard. Nous finissons la soirée sur des zones de hauts fonds et d’anses rocheuses où les peacock poussent et acculent les proies afin de les attaquer. La température a baissé, il fait presque bon, le soleil touche la cime des arbres, le ronron des insectes et les bruits de jungle ne sont troublés que par, ici et là, une explosion et une gerbe d’eau signifiant qu’une vie s’est probablement éteinte ou qu’un leurre a été engamé.

Le soir au camp, après un bain au savon de Marseille, dans la rivière, la nuit dans le hamac n’est troublée que par le bourdonnement des moustiques (absents cependant de la zone du lodge) à mes oreilles et par un grain carabiné qui réveille tout le camp (sauf moi).


Jour 5

Avec Franck une nouvelle fois, nous convenons d’orienter Marco sur autre chose. Un mot : «cachorra» et son visage s’assombrit et je pense même détecter le début d’un soupir. Est-ce qu’on en demande trop ? Est-ce exceptionnel de vouloir se baigner dans la diversité des espèces et la variété des pêches ? Est-ce ça, ne pas être brésilien ?

On nous amène alors sur un rapide qui semble profond et seuls quelques piranhas et un aïmara nous rejoignent. Les «chiennes» ne semblent pas là.

Marco nous fait changer, sans demander notre avis, sur du peacock et j’en touche plusieurs dont le plus beau du séjour pour moi à environ 6 kg.

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Nous poursuivons sur des dérives qui nous semblent inutiles : eau ultra-claire, fond faible, absence d’obstacles, absence de courant et surtout, absence de poisson, à l’exception des omniprésents pacus. Un seul peacock adulte suivi d’un juvénile se font prendre.

Plus loin, sur une plage, je touche, au leurre de surface, une très belle bicuda que je décroche finalement au bateau. Ce poisson très acrobatique nous gratifie d’une chandelle 1m au-dessus de l’eau après être passée sous le bateau. Ça surprend de voir la bête bondir dans le dos du pêcheur ! C’est toujours une espèce qui manque à mon compteur.

On termine doucement l’après-midi par des dérives plus ou moins productives et par un arrêt sur une anse dont l’eau stagnante ne nous inspire pas. Mais Marco semble y croire. Nous pestons un peu, pensant que nous perdons notre temps et, sans rien dire, juste en nous ancrant pour nous confirmer que c’est lui le patron à bord, Marco nous fait vivre un très beau moment de pêche avec de nombreuses touches, en surface pour moi, au lipless (hé oui !) pour Franck. Nous faisons notre premier doublé mixte peacock / aïmara et nous frôlons le doublé mixte inversé juste après alors que la tresse de Franck se casse sur une roche saillante. Alors que je dis à Franck trouver dommage qu’ici les aïmaras ne montent pas en surface, sur le lancer suivant, une de ces bêtes me fait mentir, sur un sammy.

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Un petit grain vient humidifier le pont et, peu avant de rentrer, un joli paca termine mon après-midi.

Le début de nuit sera des plus fendard alors que la session glane tourne court à cause des piranhas et que Leonidas, un guide, nous oriente vers le jacare au grappin ! Franck, dans ses œuvres, bride un crocodilien de 2m de long avec deux cannes de 70 lbs : un moment d’un autre monde !


Jour 6

Pour cette 6e journée, la dernière avant de rentrer au lodge, je suis avec Josselin. La matinée est, niveau pêche, très mauvaise puisque seuls quelques piranhas viennent sur nos leurres, même sur les leurres de surface, ce qui indique une forte densité. Si, au début du séjour, un beau piranha noir de 2.5 kg aurait fait l’objet d’une photo souvenir, c’est maintenant plus une plaie qu’autre chose.

Sur une zone peu profonde, nous croisons la route de quatre peacocks. Dans les deux secondes qui suivent, «plouf», «plouf», nos deux leurres tombent dans le giron de la troupe : attaques immédiates et poissons tous deux perdus. On aurait pu lancer une saucisse ou une carotte armée d’un triple, on aurait constaté la même réaction. Le peacock est un poisson facile. Du moment qu’on le pêche à la bonne profondeur, tous les leurres peuvent faire l’objet d’une attaque. Il semble cependant que les leurres bruiteurs les fassent bouger de plus loin.

Au bivouac à midi, nous apprenons que tout le monde a plus ou moins passé une mauvaise matinée et que certains se sont orientés vers de la pêche au harpon, en apnée. Au milieu des pacus et des piranhas, ça a dû être une belle expérience !

L’après-midi, Marco nous sort de son chapeau un secteur que Franck et Josselin avaient déjà pratiqué deux jours auparavant. Josselin me fait part de quelques doutes concernant la posture des poissons. Il pense que ces poissons, pris d’ailleurs régulièrement deux par deux, ne sont pas en phase d’alimentation mais en phase de protection des nids. Quelques lancers sur le poste nous confirme finalement cette théorie car Josselin voit un poisson posé sur une roche, absolument pas en chasse, attaquer son leurre sans sommation. Plusieurs autres poissons sont pris et je pique d’ailleurs deux peacocks sur le même leurre. Un des deux parvient à ouvrir l’anneau brisé de 50 lbs et se libère. Cette euphorie m’écœure un peu. J’en finis par regretter de voir un poisson de 5 kg se défendre au bout de ma tresse. Ce poisson a pris mon leurre pour défendre sa descendance. Il m’a juste fallut lancer au bon endroit. Une carotte armé d’un triple aurait aussi fait l’affaire.

J’en viens donc ici à parler concrètement de la pêche du peacock, pour le peu que j’ai appris durant ce séjour. Je ne vais pas me prétendre expert et avoir pris quelques tucunarés ne me permet pas d’être catégorique mais je vais exprimer ici mes quelques doutes.

Je pense qu’il faut bien avoir à l’esprit que certaines pêches du peacock se font sur nids ou sur boules d’alevins. Ce genre d’information n’est que très peu diffusé sur le net. Je suis arrivé sans n’avoir jamais entendu parler de ce mode de capture. Peut-être est-ce normal pour les brésiliens et/ou américains de pêcher ainsi ?

Je n’aime pas penser que je pêche de manière éthique. Je m’en fous en fait. Et je me fous également de ce que les autres pensent de ma pêche, l’important, je radote, étant que la façon dont je pêche me plaise. Pourtant, je suis un peu gêné d’avoir pris ces poissons sur nid. J’ai eu cette sensation de malaise, comme si quelquechose ne collait pas. Je pense que ça vient du fait que, pour ces prises, le niveau de pêche n’a aucune influence. Un lancer au bon endroit, peu importe le leurre, le matériel, l’animation, déclenche une attaque. A quoi bon ? Que d’autres pêchent de cette manière sans gêne ne m’importe pas, je ne juge pas, encore une fois, la façon dont les autres pêchent, je m’en contrefiche. Mais personnellement, je n’ai pas aimé pêcher comme ça.

J’ai quand même le sentiment que la grande majorité de mes peacocks étaient des poissons en alimentation. J’estime à 50% le nombre de peacocks pris sur chasse et je pense que le nombre de peacocks pris sur nid était inférieur à 25%. Mais dorénavant, lorsque je verrai un doublé mâle / femelle en photo, j’aurai une autre analyse de la situation qu’avant ce voyage.

En discutant de ce phénomène avec les autres membres du groupe, nous avons été informés que les conditions de température d’eau entre l’amont et l’aval étaient différentes et qu’à l’amont, certains poissons étaient encore sur nid alors qu’en aval, cette phase était terminée.

L’après-midi se termine avec du poisson pris sur chasse cette fois-ci suivi d’un long trajet de retour pour atteindre le lodge.

En chemin, nous demandons à faire un détour par la “zone à ceviche” où je parviens enfin à en prendre, sur un petit lipless, 4 ans après la Guyane.

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Jour 7

Je vais passer cette journée avec Philippe.

Le matin nous faisons quelques zones de rapides et je prends enfin mon bicuda jetable ou à usage unique. La séance photo aura raison de sa vie. La bonne solution est le décrochage dans l’eau. Quelques autres touches pimentent la matinée mais aucun poisson notable n’est capturé.

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Nous faisons aussi une halte sur une fosse mais ne prenons rien.

La matinée s’écoule doucement et ça commence à sentir la fin du séjour. Je prends un peu de temps à contempler les alentours, pour bien m’imprégner de l’ambiance, des sons et du paysage car, je le sais déjà, je vais être rapidement en manque une fois rentré.

L’après-midi, nous décidons de poursuivre un peu la pêche au peacock puis d’aller pêcher à nouveau les acoupas. Le coup de chance qui m’accueille sur cette fosse compense l’effet chat noir de la valise et de la canne cassée : je prends une cachorra qui ne se décroche pas au bateau malgré ma galère avec la pince à poisson.

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C’est la cerise sur le gâteau, une belle pièce au puzzle de la diversité du Trombetas.

Les autres bateaux nous rejoignent pour une séance de pêche au <em>ceviche</em>. Tout le monde touche du poisson, même à la mouche, mais ne le met pas nécessairement au bateau. Le clou du spectacle sera la prise d’un acoupa par Sandro, un guide fan des compil’ Dance Machine 94, qui n’eut pas peur de monter un popper sur son montage à siluridés afin d’animer un leurre flottant en profondeur. N’importe quoi ? Pas en Amazonie.


Jour 8

Il s’agit de la dernière demi-journée de pêche, à midi nous allons reprendre le bateau, puis le camion, puis le bateau à nouveau, puis les quatre avions en sens inverse.

Je suis avec Franck sur le bateau et nous demandons à Leonidas, notre guide, de nous mener en quête de cachorras. La première fosse n’est occupée “que” d’acoupas. Le second poste, sur lequel nous allons rester toute la matinée, est un énorme drop-off dans un rétrécissement du lit. Le courant est plus puissant qu’ailleurs et la profondeur passe de 6 à +/- 15m, zone d’embuscade toute trouvée.

Nous prenons quelques piranhas avant que Franck ne touche du doigt le Graal qui finalement se décroche au pied du bateau. Cette cachorra ne tenait qu’à un coup d’épuisette près.

Je prends un peacock au petit lipless et Franck casse (tresse sur rocher) sur un poisson qui aurait pu être une deuxième cachorra. Nous ne le saurons jamais.

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Ensuite j’arrête de pêcher et Franck termine son séjour par une espèce qui manquait à son compteur : le pacu, au fruit, au toc, en XH. Quelques poissons furent pris pour un nombre incalculable de touches et de ferrages !

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4/ Le retour

L’aller a été compliqué et fatiguant mais le retour fut chiant et crevant. Les vols, les attentes, les nuits d’hôtel, les vols, la queue à la douane, le train raté… Le retour au bercail est toujours déprimant.

A l’heure où j’écris ces lignes, le matos est toujours dans la valise, à la cave. Il ne verra plus l’eau de sitôt.


5/ Bilan

C’est mon 5e voyage de pêche et mon 4e en pêche exotique. C’est le meilleur : immersion, ambiance, pêche, diversité… une réussite.

Les guides nous ont dit que la pêche était globalement très difficile, voire catastrophique. Moi j’ai le sentiment d’avoir fait pêche. J’en ai pris suffisamment, pas trop, pour que chaque prise reste un plaisir et surtout, j’ai pu goûter à la diversité, ce qui était pour moi, et je pense, pour nous tous, le fil rouge de ce voyage. Je me vois incapable aujourd’hui de faire un séjour pour vacciner 150 peacocks dans la semaine. Je n’y vois aucun intérêt. Malheureusement, les destinations avec de la vraie belle diversité sont rares. Il me faudra sans doute revenir un jour sur le Trombetas pour ça ou chercher d’autres petits joyaux.

Du point de vue de la logistique et du lodge, tout était nickel: nourriture, boissons fraîches, équipements bateau, équipement lodge, guides…

Le groupe était excellent même si un fossé se trouvait entre les trentenaires leurristes et les plus âgés moucheurs. L’ambiance est restée très bonne malgré des approches différentes. D’un point de vue personnel, j’ai apprécié énormément être au contact de personnes ayant fait jusqu’à plus de 60 voyages de pêche.

Heureusement que Philippe était avec nous. Son niveau en portugais nous sauve. Il est impossible de faire un voyage de pêche au Brésil, sans intermédiaire, sans parler portugais. Le français, l’anglais et les autres langues sont inutiles. C’est un de mes projets long-termistes : apprendre le portugais. J’avais commencé mais le manque de motivation a eu raison de moi. La motivation est revenue.

Du point de vue de ma pêche en particulier, je peux écrire ici que je me suis trompé. Ma boîte à leurres était très déformée par mon séjour en Guyane. Les leurres métalliques ont été inutiles même si j’ai eu un peu de succès à l’ondulante. La taille de mes leurres était, sauf exception, inadaptée (trop grande).

Le leurre type pour ce trip serait un leurre relativement petit (max 12 cm), très bruiteur ou vibrant et suffisamment lourd pour descendre un peu dans la colonne d’eau. Occasionnellement, un leurre de surface bruiteur peut permettre de pêcher des zones très peu profondes mais un jerkbait ou équivalent s’animant en subsurface sera sans doute encore meilleur. Peu importe le coloris. Les leurres classiques brésiliens (rippers, bucktail jigs etc…) n’étaient finalement pas inévitables.

Concernant les leurres souples, nous avions tous surestimé les tailles avec trop de 6» et pas assez de 4 et 5». Nous pensions les utiliser pour les cachorras mais finalement ils n’ont servi qu’aux acoupas sauf exceptions. Ils sont très consommables et un stock important est nécessaire.

Les cannes et moulins que j’avais prévus étaient OK. Inutile d’aller au-delà du 5000 avec tresse 50 lbs sauf pour les glanes. Nous n’avons pas eu la chance de tomber sur une période d’activité de ces gros poisson-chats donc je ne sais pas si mon matériel était adapté mais les guides pêchaient plus léger que nous trois.

Concernant le petit matériel, l’information qui ressort de mon séjour est que les ST46 ne sont pas assez forts de fer. Ils se sont fait régulièrement ouvrir ou tordre. Cependant, les ST66 étaient trop lourds pour des leurres de petites tailles. Au final, je pense que la gamme ST56 serait le bon choix. Les anneaux brisés en 50 lbs sont OK sauf exception (deux poissons sur le même leurre par exemple). Les 80 lbs peuvent gêner la nage sur les petits leurres.

Mon bas de ligne fluoro 50 lbs a tenu sans coupe. D’autres n’ont pas eu cette chance (quand un piranha dispute le leurre à un congénère déjà pendu). Vu le nombre de piranhas, l’acier gainé est trop vite tordu et mâchouillé. Le titane de Franck était bien meilleur. A noter pour les prochains trips.

Enfin, parlons des principaux protagonistes, les poissons.

Le peacock bass est d’une beauté extrême. Je l’ai souvent écrit sur ce blog, l’aspect esthétique des mes prises est très important pour moi. Donc de ce point de vue, je suis ravi. En ce qui concerne la défense, et bien, c’est assez variable. J’ai vraiment subi une seule fois, sur un poisson de l’ordre de 5 kg qui a vraiment très chèrement défendu sa peau. Pourtant, à taille égale, pour l’instant, c’est le poisson-tigre qui tient la corde côté puissance.

L’aïmara a un comportement très différent de la Guyane. Il est relativement rare, reste de taille modeste et souvent se défend très mal. On a même eu l’exemple d’un aïmara tracté au bateau, jusqu’à la pince, sans remuer une nageoire. En plus, il apparaît comme super idiot, pas du tout méfiant. Il attaque même quand il nous voit, même quand les guides lui donne des coups de pagaie pour le déloger d’un tronc. Bref, l’image de ce poisson dans mon esprit est un peu ternie après ce séjour.

La cachorra, bien trop rare en basses eaux pour en faire une généralité, se défend très bien mais en pleine eau, les risques sont surtout liés au décrochage avec sa drôle de gueule plutôt qu’à une casse.

L’acoupa, à l’opposé de l’aïmara, se défend bien mieux qu’en Guyane. Déjà, il est posté en mode pélagique, et ensuite il n’hésite pas à remonter comme une balle et à faire de nombreuses chandelles pour se décrocher. J’ai même subi une ouverture sur anneau brisé 50 lbs.

Le piranha / pacu est très puissant pour sa taille. Sa défense est très caractéristique avec de nombreux coups de tête.

La bicuda se défend bien quand elle atteint des tailles respectables (80 cm et plus) mais quelle que soit sa taille, les chandelles vont être nombreuses, poisson 1 mètre au-dessus du niveau d’eau, et les décrochages font partie du jeu, ce qui n’est pas plus mal au final car ce poisson meurt très vite à l’air libre. Une fois la photo faite sur une belle pièce, il est préférable de rapidement décrocher les suivantes, voir les décrocher dans l’eau comme les truitiers.

Les poissons-chats nous ont boudé, sauf Franck qui en fait deux au leurre souple. Il s’agit de la plus petite espèce des lieux, le surubi et Franck m’a indiqué que la défense n’était pas exceptionnelle, même sur son ensemble le plus léger.

Pour conclure ce paragraphe sur les poissons, je dirais que la variété possède une saveur très addictive mais que la pêche spécifique du peacock est peut-être un peu surfaite. Ceci dit, il m’est difficile d’être catégorique sur un seul trip de ce genre.

 

6/ Epilogue

Comme à chaque retour de voyage, je suis un peu écœuré de la pêche en France, surtout de la pêche au leurre. Ceci a de fâcheuses conséquences puisque mon manque de pratique en métropole nuit à la quantité de mes prises, aux antipodes. Est-ce que ça réduit le plaisir que je prends lors de ces trips ? Non, pas pour l’instant. Alors tout va bien. Si ça change, alors je devrai, moi aussi, changer.

Je reprends mes habitudes ici, je consulte quelques blogs et forum et une moue se dessine sur mes lèvres alors que je peux lire, ici ou là, que de «bonnes pêches» ont été faites avec deux perches et deux sandres «dont un pas trop mal, d’au moins 55». Einstein a raison, tout est une question de relativité.

Outre la pêche, j’ai rencontré des leurristes passionnés et acharnés, différents l’un de l’autre et différents de moi, mais on dit bien outre-manche que la variété est l’épice de la vie et je ne peux qu’applaudir des deux mains ce précepte.

J’ai également rencontré des pêcheurs à la mouche globe-trotters riches en expériences à partager et mes yeux ont brillé plus d’une fois à l’écoute des récits de séjours de rêve qu’ils ont pu faire.

Est-ce que je vais retourner sur le Trombetas ? Oui, bien évidemment. C’est la réponse que je donne après chaque voyage mais aujourd’hui, avec le recul, je sais que je ne retournerai pas en Suède et probablement pas en Guyane.

Un trip comme ça au Brésil, ça change pas mal de perspectives.