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Le Nil et ses perches en Ouganda 2017

Peu après le fiasco retentissant de la Papouasie Nouvelle Guinée, il était important de tourner le dos à cette déconvenue et de viser l’horizon. Il me reste une dernière espèce qui me “fait envie”. Ensuite, il sera sans doute temps d’en refaire une ou alors de passer à autre chose. Cette dernière espèce est une des quelques espèces africaines emblématiques susceptibles d’être prises au leurre avec de bonnes chances de succès, la perche du Nil. C’est probablement le seul poisson d’eau douce africain, avec le poisson tigre, susceptible de générer un tourisme halieutique auto-suffisant.

Dans un passé récent, le lac Nasser figurait parmi les bonnes destinations pour ce poisson. Sans entrer dans le détail, ceci a changé. Je pense pouvoir affirmer aujourd’hui, avant mon départ, que les dernières grandes perches du Nil sauvages se prennent en Ouganda, sous les chutes Murchison. Et c’est là où je vais me rendre pour six jours de pêche (et 1.5 jours de safari) à la mi-septembre accompagné d’un deuxième Thomas et de Nicolas.

1/ La destination

Ces perches, on va les pêcher, très original, dans le Nil (blanc). Nous serons dans la réserve des chutes Murchison, au Sambiya River Lodge qui est le lodge le plus proche des chutes. Les chutes Murchison se trouvent sur un affluent du Nil provenant du lac Kyoga et formant un des bras du Nil blanc. Il semble que ce soit le dernier endroit au monde pour prendre de grandes perches du Nil.

Les chutes Murchison sont assez remarquables car, en ce point, 300 m3/s s’écoulent dans un canyon de seulement 7m de large. La chute est de 43m de hauteur. En aval se trouve toute une zone de rapides et de remous très propice à la recherche de la perche du Nil.

       

Toute cette zone se trouve en Ouganda, pas très loin à vrai dire de la frontière avec le Congo RDC.

L’Ouganda est un pays d’Afrique de l’Est, de la région des Grands Lacs. Le sud du pays est d’ailleurs limité par le Lac Victoria. Il s’agit d’une république à majorité chrétienne. Le climat est équatorial et ses ressources principales sont le pétrole et l’agriculture (café, thé, coton…). Politiquement, on se souvient de la dictature sanglante d’Amin Dada dans les années 70. Depuis, c’est plutôt calme, un peu comme la Zambie, où je suis allé en 2014.

2/ Les espèces recherchées

Prioritairement, sans surprise si vous avez lu l’article jusqu’ici, en priorité, on recherchera la perche du Nil (Lates niloticus), poisson physiquement très proche d’un poisson que j’ai pu prendre l’année passée en PNG, le barramundi. Ce prédateur d’Afrique est en fait le plus gros poisson d’Afrique d’eau douce avec des poids pouvant dépasser allègrement les 100 kg. Cependant, dans la situation actuelle de notre pauvre planète, un poisson de 50 kg est déjà un spécimen. Il s’agit d’un prédateur qui se nourrit essentiellement de poisson. Il se pêche au vif, au mort, en plombée ou au flotteur, ainsi qu’au leurre qu’il s’agisse de poisson nageur ou de leurre souple.

Ce poisson a fait l’objet de reportages et séries aux niveaux de qualité variables par Jeremy Wade (River Monster S02E06), Cyril Chauquet (S02), John Wilson (John Wilson’s Fishing Safari) et Frank Hiribarne (Contact).

Il est possible de prendre deux autres espèces de grande taille sous les chutes Murchison : le Semutundu Catfish (Bagrus docmak) et le Vundu Catfish (Heterobranchus longifilis) qui atteignent les 50 kg mais qui sont déjà des spécimens à la moitié de ce poids.

Ensuite, il y a le poisson-tigre, ou plutôt “les” poissons-tigres avec deux espèces : Hydrocynus forskahlii (plus petit), et Hydrocynus vittatus (un peu plus grand, déjà pris en Zambie en 2014). Ici en Ouganda, ils constitueront des prises annexes pendant la recherche des vifs ou pour se reposer les bras.

Et enfin, il y a toute une panoplie de poissons-chats plus petits ainsi que des espèces ressemblant vaguement à nos cyprinidés d’Europe. Ceux-ci sont aussi prenables avec des leurres de petite taille ou au posé ou encore au flotteur.

3/ La pêche

La pêche se fera en bateau et du bord (50/50) mais sans faire de la traine ! J’ai épuisé mon quotta de traine sur la PNG pour deux vies complètes.

Il y a deux écoles quant à la tactique. La pêche au vif et au mort marche, à toujours marché et marchera toujours. Les Ougandais auraient tendance à la privilégier ainsi que les touristes anglais, sans doute car c’est le mode de pêche numéro un en Angleterre pour les carnassiers. Cependant, comme tous les carnassiers, dans les bonnes conditions, la perche du Nil peut prendre un leurre. J’en veux pour preuve les résultats de Martin Sack qui a réalisé cinq séjours sur place et a pris plus des trois quarts de ses prises  au leurre, de plus avec des leurres coulés par ses propres soins. Lors d’un échange par réseau social interposé, j’ai pu accumuler un maximum d’infos sur ce sujet. Il a privilégié le leurre souple, aussi bien du bord sous les chutes qu’en bateau plus en aval avec des journées exceptionnelles à plus de vingt perches à deux dont des poissons de plus de 50 kg. Il a quand même fait 6 trips sur place pour arriver à ce résultat.

Profitons de ces chiffres pour parler un peu des statistiques. Par expérience, je pars du principe que je ne serai pas sur place “la” bonne semaine et que la pêche sera difficile. Il semble raisonnable de tabler sur une à deux perches par jour et par pêcheur soit entre 5 et 10 sur les 6 jours de pêche. A côté de ceci se rajoutent les poissons-chats et autres prises.

Revenons maintenant à la pêche elle-même. Du bord, sous les chutes, elle se pratique essentiellement au leurre, dans le bouillon. Les poissons nageurs flottants sont privilégiés mais là aussi les leurres souples ont pris du poisson. Le problème majeur est le risque d’accroc dans les rochers c’est pourquoi un leurre flottant est intéressant. Au contact avec le fond, il “suffit” de cesser de mouliner pour qu’il remonte. Il semble que le Super Shad Rap, tout comme sur le Lac Nasser, soit le leurre préféré. Mais est-ce le meilleur ? Sur certains spots spécifiques, il est également possible de pêcher au flotteur, à la longue coulée au vif. C’est certainement une pêche que je vais essayer, vu mon adoration pour la longue coulée ici en métropole.

Le deuxième type de pêche se fait à l’ancre, plus en aval, soit dans le chenal, soit du bord, soit ancré au bord à proximité de ce qu’on appelle les “hippo pools”, c’est à dire les zones où les hippopotames passent la journée, à l’abri du courant, dans des profondeurs moyennes. Les hippo attirent grand nombre de poissons car ils remuent le fond en se déplaçant et défèquent dans l’eau. Ces poissons sont les proies des perches qui se trouvent donc dans les parages. Sur ces pêches en bateau, si le posé est privilégié, je pense qu’il sera possible de pêcher également au leurre et d’en profiter pour essayer d’autres leurres tels que les lipless, les lames ou même les grosses cuillers

4/ Un point sur le matériel emporté

Équipé depuis plusieurs années par du matériel de voyage, je n’ai pas changé de principe sur ce trip. J’emporte avec moi 7 cannes et presque autant de moulinets. L’avantage de mon vol direct avec Brussels Airways est la franchise bagage de 2 x 23 kg + bagage cabine. C’est carrément la fête par rapport aux franchises habituelles.

a / Les ensembles canne – moulinet

Dans l’ordre des puissances :

– Canne 10/40 g et moulinet 4000 en 30 lbs pour les vifs

– Canne 20/80 g et moulinet 5000 en 50 lbs, canne de 2.70 m pour la pêche spécifique du bord

– Canne 25/100 g et moulinet 5000 en 50 lbs (le même que ci-dessus) pour les leurres de taille moyenne

– Canne 50 lbs et moulinet 8000 (prêté) en 80 lbs pour les gros lipless, les gros LS et le posé si besoin (plombée ou flotteur)

– Canne 80 lbs et moulinet 10 000 (prêté) en 80 lbs pour les gros lipless, les gros LS et le posé si besoin (plombée ou flotteur)

– Canne 80 lbs courte (type stand-up) et moulinet Penn énorme (prêté) en 120 lbs pour le posé uniquement

– Canne 150/300g et un des trois moulinets ci-dessus en réserve en cas de casse ou de besoin

b/ Le petit matériel

Comme toujours, petit par sa taille mais grand par son importance.

Un premier choix a dû être fait concernant la ligne principale. Connaissant les risques avec les roches, j’ai, un moment, pensé prendre du nylon. Mais finalement, je privilégie la résistance à la traction avec un moindre diamètre pour permettre des lancers plus aisés au leurre. J’espère pouvoir maximiser le temps de pêche au leurre par rapport au posé. J’apprécie la pêche au leurre en vacances même si je ne la pratique plus en France. J’ai donc choisi de partir exclusivement sur de la tresse de 30 à 120 lbs. Cependant, je pense opter pour, soit une tête de ligne, soit un très long leader (> 2m) en monofilament ou en fluoro de 50 à 150 lbs selon l’ensemble considéré. Le nœud de liaison tresse / leader est un nœud FG, testé et validé chez moi depuis deux ans environ.

Ensuite, pour la fixation du leurre, comme toujours, surtout pas d’agrafe. J’opte pour l’émerillon baril couplé à un anneau brisé que j’ouvrirai au besoin avec une pince adaptée.

Les émerillons présentent des résistances de l’ordre de 100 lbs, les anneaux brisés de 80 à 220 lbs selon les besoins.

Les hameçons sont exclusivement des ST 66 et de la taille 1 à la taille 3/0 selon les besoins.

Il n’y a donc rien de bien particulier à noter. La seule spécificité réside dans le mode d’armature des leurres souples. Il m’a été fortement recommandé d’utiliser des têtes articulées et d’utiliser un stringer et un hameçon triple sur le dos du leurre. Ce stringer est en acier 49 brins de 40 à 90 lbs. En cas de besoin, je peux utiliser ce matériau également pour le bas de ligne à la place du mono / fluoro.

Les têtes plombées m’ont été faites par Franck. Merci à lui. J’ai également dans mes boites des TP standards sur des hameçons très forts de fer de 6/0 à 8/0, en cas de besoin.

c/ Les leurres

Une certaine priorité sera donnée aux leurres souples. Deux types font le voyage : shad et grub dans des tailles allant de 15 à 20 cm. Pas de préférence quant aux coloris mais je pense que le flashy sera de mise. J’ai prévu du Shad GT, du Sandra, du Skeleton, du Giant Ripple et du Kopyto.

Concernant les poissons nageurs, je ne conserve que les flottants, également dans les mêmes tailles. Il y a du Super Shad Rap, du Koolie Minnow, du Halco, du Cormoran DD 160 et 180 et du Storm Doombell.

Les lipless seront de deux types : des Screamin’ Devil et des Flatt Shad.

A ceci s’ajoutent des cuillers à Musky Bluefox ainsi que des lames sans marque jusqu’à 60 g.

J’ai également deux montures à mort manié “exo”.

Une boite complète de leurres plus petits fera aussi le voyage, pour les vifs.

d/ Le posé

Pas de grande complication ici, des plombs de 50 à 150g, des agrafes, des hameçons simples de 4/0 à 12/0 et des flotteurs à silure de 100 à 300g.

5/ Le tarif, le nerf de la guerre

Pour ce type de séjour, pour six jours de pêche et 1.5 jours de safari, il est clair qu’on arrive à plus de 4000 € hors matériel dont voici le détail :

Séjour acompte : 1647 € avec frais bancaires

Séjour décompte : 1528 € avec frais bancaires

Vol : 642 €

Hôtel Bruxelles et parking : 125 €

Hôtel Kampala :30 €

Malarone : 12 € (il me restait une boite)

Argent de poche (boissons, pourboire, blanchisserie, souvenirs) : 150 €

Matériel (une canne 50 lbs, du leader, quelques leurres souples et autres bricoles) : 304 €

6/ Le séjour

Départ depuis mon lieu de travail le lundi soir, j’arrive en début de soirée à l’hôtel à Bruxelles pour une bonne nuit de sommeil avant le vol à 10h30 le lendemain. La navette gratuite me dépose à l’aéroport, l’enregistrement de deux valises (wahoo ! 2 fois 23 kg !) se passe sans encombre et me voilà dans l’avion. Thomas G, mon homonyme, me rejoint et s’assoit à côté de moi, histoire de faire connaissance pendant les 8h30 de vol. Nicolas, le 3e larron, se trouve un peu plus loin. Ils viennent tous deux de Paris par avion et ont payé le vol 50 € moins cher que moi… avec un vol en plus, allez comprendre. On s’envole avec une heure de retard qu’on ne rattrapera pas. Heureusement, Omar et son fils Nasser, nos chauffeurs, nous attendent à l’arrivée et nous mènent à l’hôtel à Kampala pour passer la nuit. Le lendemain matin, nous partirons en voiture pour le lodge avec environ 5h de (bonne) route. En attendant, nous sirotons nos premières bières locales, la « Nile » brassée tout simplement avec l’eau de la source du Nil.

Le lendemain matin, nous quittons la ville en direction du Nord pour rejoindre le lodge qui se trouve assez proche des chutes (le plus proche d’ailleurs à vol d’oiseau). Notre arrivée vers 13h00 nous permet de prendre un bon repas, de poser les affaires et de partir sur une après-midi safari. Au menu, les classiques Africains qui nous laissent bouche bée devant leur magnificence : girafe, antilopes, babouins, casoars, buffles…. Superbe. Le soir (et tous les autres soirs de la semaine), en contrebas du lodge, à environ 50 m, ce sont buffles, babouins, ibis, antilopes et facauchères qui se promènent et se baignent dans une mare. Superbe également.

Jour 1

Le lendemain matin, fini de rigoler, on se lève très tôt pour rejoindre l’embarcadère qui se trouve à 45 minutes de route. Premier constat, on perd déjà du temps. Bosco, notre guide, se présente et nous parlons rapidement du programme. Nous souhaitons avant tout nous faire plaisir au leurre. Il semble un peu surpris. Je pense qu’il a ce genre de clientèle qui veut du leurre mais que ce n’est pas la majorité. Il nous dit qu’on ira quand même prendre des vifs au passage.

Parlons tout de suite de la configuration du Nil à cet endroit. Le point le plus amont est la chute elle-même. A son aval, il y a 5 postes pêchables du bord au leurre (et au vif). Lors de notre séjour, du fait du niveau d’eau, seuls 4 étaient pêchables. Ensuite, en aval de ces postes, sur les deux berges de la gorge, il y a, à vue de nez, 6 ou 8 autres pools pêchables en s’ancrant dans la végétation des berges. Pas de pêche en dérive, ça pousse beaucoup trop. Plus en aval encore, à la sortie de la gorge, le Nil devient nettement plus large, probablement 5 ou 6 fois plus large que dans la gorge. Sur les berges, il y a régulièrement des anses qui semblent être les postes de prédilection des perches. Ces anses sont presque tout le temps habitées également par des hippopotames.

Comme tous les occidentaux, je considère l’hippopotame comme l’animal le plus dangereux d’Afrique, car j’ai bien appris ma leçon. Cependant, les guides n’en ont pas peur du tout, ils entrent doucement mais sûrement en bateau dans le troupeau et les hippo s’écartent doucement. Parfois ils « chargent » mais, selon le guide toujours, ils s’effrayent dès que le moteur est en marche et aucune attaque n’est à craindre. Je dois dire que je n’étais pas tout le temps super à l’aise mais au final, j’ai le sentiment que les hippo sont dangereux à terre mais qu’effectivement en bateau, c’est beaucoup moins le cas.

Retournons à la pêche de ce premier jour. Il faut savoir que les deux bateaux disponibles sont des 20 ch et que sur le Nil à contre-courant, c’est d’une lenteur phénoménale. Là encore, on perd un temps fou. Depuis l’embarcadère jusqu’au pied de la chute, c’est une heure qu’il faut compter. Si on s’arrête pour prendre des vifs, c’est 2h – 2h30. Encore du temps perdu. Si en plus il y a des trucs à voir sur le chemin, encore du temps de pêche perdu… bref, on finira cette première journée avec moins de 5h de pêche effective pour 10h dans le bateau. Voilà déjà une des causes qui, selon moi, font que ma pêche a été beaucoup moins bonne que ce qu’elle aurait pu être.

En remontant sur la partie la plus amont, nous faisons quelques escales pour prendre des vifs, des awakas. Ils sont pêchés tout simplement au flotteur, au maïs avec moins d’un mètre de fond. Souvent, c’est le bruit de la tombée du flotteur qui attire l’awaka et qui déclenche la touche sur le grain de maïs empalé sur un hameçon n°6. Il faut pêcher le plus près du bord possible, idéalement sous des arbres surplombant l’eau et des frondaisons. Le poisson se défend très bien, sa taille normale est de l’ordre de 25 cm mais nous avons pu prendre de gros sujet jusqu’à 50 cm. Ça bagarre en fluoro 30°°!

Sur le premier pool que nous pêchons au leurre, au bout d’une dizaine de minutes, j’enregistre une première touche au leurre souple (Kopyto 15 cm blanc sur TP 50g). Le poisson donne un ou deux coup de tête puis déclenche un rush intergalactique. Je dois descendre du pont avant de la coque alu pour ne pas voler à l’eau. N’ayant jamais pêché en mer, c’est la première fois que je subis autant. Le poisson déroule, le Twinpower 8000 laisse partir du fil bien que le frein soit très serré (frein non mesuré mais dur de sortir de la tresse sans gant), quelques tours de plus et c’est l’erreur fatale. Je n’ai pas assez tendu la tresse de 80 lbs lorsque j’ai spoolé le moulinet. Une spire s’enfonce dans la bobine, tout se bloque, la canne pique du nez, la tension est direct du poisson au moulinet et paf, le bas de ligne en 100 lbs casse au-dessus du leurre. Tout ceci a duré environ 3 secondes… Je me suis bien fait calmer.

Nous pêchons d’autres pools depuis le bateau puis nous remontons juste sous la chute. C’est en fait la zone que nous pourrons pêcher du bord par la suite. Thomas G fera ses deux premières perches (environ 8 kg chacune) au skeleton et Nicolas fera un chat au posé pendant la pause repas. Quant à moi, le reste de ma journée est bien plus calme. A vrai dire, je n’enregistre pas d’autre touche. C’est ce à quoi je m’attendais à mon arrivée. On m’avait dit entre 1 et 2 perches par jour et par personne. Avec le recul, j’ai l’intime conviction qu’on peut considérer comme réaliste de prendre au moins 2 perches par jour par pêcheur, avec une meilleure organisation que j’appliquerai lors de mon prochain séjour sous les chutes Murchison. Oui, je peux déjà l’écrire ici, je vais y retourner et bien vite.

Jour 2

Cette fois, nous demandons de ne pas perdre de temps avec les vifs et de monter directement sous les chutes. Je prends alors ma première perche, d’environ 6 kg, au bon vieux Super Shad Rap blanc à tête rouge.

Thomas G, quant à lui, nous fait un chat au leurre (sandra blanc). Il semblerait que la prise de chats au leurre soit très rare…

Je rate une autre perche puis c’est le calme plat sur la zone. Le guide ne joue pas le jeu, il ne nous montre pas tous les spots pêchables du bord, spots que nous découvrirons lors de journées dédiées à la pêche du bord. Nous perdons pas mal de temps sur place (pour changer) puis nous reprenons le bateau pour en profiter au maximum. Les quelques pools pêchés ne donnent rien mais avec le recul, je ne comprends pas qu’on n’ait pas pêché tous les pools des gorges… Là encore, le guide est moyen sur ce coup. Il nous fait sortir des gorges pour finir au posé dans des pools plus en aval mais sans succès pour aucun de nous. Globalement encore une fois sur cette deuxième journée, j’ai le sentiment de ne pas pêcher correctement toutes les zones propices. Sans savoir pourquoi, le guide descend en aval puis remonte en amont… on perd un temps fou. Autre point à noter, on est à trois sur le bateau et c’est trop à mon goût (bien que l’entente entre chacun ait été nickel, c’est juste une question de confort). Lors du prochain séjour, j’imposerai le programme et le rythme au guide. Je pense que c’est ce que font les gens qui reviennent régulièrement.

Jour 3

Vu qu’on va ensuite pêcher trois jours du bord, il est décidé de profiter aujourd’hui du bateau et de pêcher les pools aval en se concentrant sur le poisson-chat. La pêche est relativement inintéressante. On pêche d’abord des vifs puis on pose des vifs ou des morts au milieu des pools, notamment à proximité des hippos. On pêche environ 10 pools sur la journée, mes deux compères ont environ 5 départs chacun et un poisson chacun au bateau. Moi je n’ai qu’un départ qui ne se concrétise pas par une prise. Ma seule explication logique : ma position sur le bateau. Étant à la pointe, je dépose le montage en dernier (on ne lance pas, on dépose avec le bateau) et je suis donc le plus proche du bord, systématiquement. Mon seul départ a eu lieu alors que je n’avais pas posé en dernier. Bref, journée à oublier pour moi si ce n’est probablement le moment culte du séjour : une troupe de babouins qui nous défèque dessus depuis les branches d’un arbre pour nous chasser de leur territoire, arbre sous lequel nous avons pénétré avec le bateau alors qu’on recherchait les awakas. Un vrai bombardement ! Quelle rigolade !

 

Jour 4

Après un court trajet en voiture, nous entamons notre descente à pied vers le pied de la chute. Pour commencer, je ne sens pas le nouveau guide, Welborn. Il est venu avec sa b*** et son couteau mais sans son couteau, les mains dans les poches. Il n’a rien du tout. Pas de feu, pas de couteau, pas de gants, pas d’esche à vif… rien. Il me demande « où est sa canne pour pêcher au leurre ». Hein ?! Heu… on est coincés au bord à trois avec un nombre de pools restreint, on ne va certainement pas pêcher à quatre ! Après avoir réglé ce point, il nous dispatche sur trois spots. Là encore, comme l’autre guide, il ne joue pas le jeu et ne nous montre pas immédiatement tous les pools pêchables depuis le bord… déjà qu’il n’y en a pas beaucoup… Je ne sais pas s’il voulait en garder un sous le coude si on prenait un carreau mais globalement, je n’ai pas apprécié du tout.

Sur ce coup, j’ai le bol de choisir le bon pool. Ce n’est pas facile d’accès, c’est petit et très brassé mais il y a du poisson actif. Quelques lancers me procurent la 1e touche au SSR, que je rate. La suivante, je la décroche alors que je suis obligé de m’asseoir sur les rochers pour ne pas perdre l’équilibre et voler à l’eau… Impressionnant. La troisième est la bonne, sur le SSR qui va bien, je parviens à mettre au sec un poisson de 8-10 kg. Là, je me rends compte que pour pêcher spécifiquement la perche du Nil, il n’est même pas la peine d’envisager la pêche avec un ensemble de moins de 50 lbs.

Je retourne voir les compagnons pour un petit debrief. Nicolas a pris une petite perche au leurre et Thomas G fait également une petite perche ainsi qu’un 2e chat au leurre, ce qui prouve qu’il ne s’agissait pas d’un miracle. Je retourne sur le pool que j’ai déjà bien poncé mais je change de leurre régulièrement. Les souples n’ont rien donné au premier passage donc je passe sur du lipless et je rate un poisson à la touche. Ensuite sur un Doom Bell colori firetiger, au premier passage, c’est la grosse touche. Cette fois ma tresse est bien serré sur la bobine et j’ai de bons appuis, on est presque à armes égales, le poisson et moi. Le guide m’avait prévenu qu’il ne fallait surtout pas que le poisson atteigne une certaine zone car le courant allait l’éloigner de moi, même une fois le combat terminé, sans espoir de retour… Zut, c’est exactement là que le poisson s’est engagé. Le combat se poursuit quelques temps puis le poisson monte en surface. Il se trouve dans un remous tellement puissant que, même le poisson à l’arrêt en surface, sur le flanc, la pression du courant sur la masse du poisson fait sortir du fil de mon moulinet dont le frein est pourtant bien serré. Sous l’effet d’une vague, le poisson s’échoue même sur les rochers, à l’aval de ma position… Puis c’est un coup de bol, la vague suivante le remet à flot et l’amène dans ma direction. Par la suite, deuxième coup de bol, la vague suivante et ma pression sur le poisson le ramène dans le mini pool « plus calme ». Ouf ! S’en suivent quelques sauts et une prise au gant… La voilà avec ses 22 kg estimés de muscle.

Il est environ 10h30 et on a poncé tous les postes qu’on nous a montré (donc pas tous les postes pêchables…. Ahem). La journée est finie. On continuera à insister jusqu’à 17h00 mais le nombre restreint de pools atteignables joue contre nous même si Thomas G fait aussi son poisson de plus de 20 kg. Le guide nous joue du pipo en disant que ça mort mieux le matin… Bah oui, évidemment, le matin on prend les poissons qui sont venus se poster pour s’alimenter pendant la nuit et ensuite les pools sont vides à moins d’un super coup de bol et un poisson revenu se poster pour s’alimenter en journée. Lorsque nous étions montés en bateau sur ces postes, nous avions pris du poisson l’après-midi tout simplement parce que personne n’était venu les poncer le matin. Franchement, le guidage était mauvais, je ferai les choses différemment la prochaine fois. De plus, stratégiquement, une journée du bord était une mauvaise idée. A trois, en 3h, les 4 ou 5 pools sont poncés avec toute une ribambelle de leurres. S’il n’y a pas de prises, c’est mort, autant rentrer car le poisson n’est pas là. Ou alors, monter un siège et pêcher au vif pendant toute la journée en espérant qu’un poisson remonte pour se poster pendant la journée.

ST 66 2/0 vs perche du Nil

Jour 5

Le niveau est monté de 50 cm pendant la nuit, ça n’engage rien de bon. Non pas que le nombre de poissons disposés à s’alimenter soit plus faible mais la pêche est beaucoup plus dure dès que le courant est un peu plus violent.

Je fais trois pools en 2h de pêche et n’enregistre pas une seule touche. Nicolas est aussi capot. Thomas G, quant à lui, a pu prendre un troisième chat (là ça devient claire pour nous que c’est un poisson qui se prend au leurre et pas par accident, l’essentiel étant de gratter le fond au leurre souple ou de faire du bottom taping au poisson nageur) et une petite perche. Son niveau de pêche, supérieur à celui de Nicolas et moi, paye. Il prend visiblement plus de poisson que nous, et pas sous le seul fait de la chance.

Vu que j’ai perdu la motivation de pêcher des pools déjà pêchés, j’entame un cours de nœud FG pour le guide. Il s’en sort bien, je dois dire. Après le repas, j’ai envie de rentrer pour me poser, je n’ai plus envie de m’acharner sur des postes déjà largement pêchés le matin. Thomas G qui a fait du poisson rentre avec moi et nous laissons Nicolas. Celui-ci rentre quelques heures plus tard, refait, avec une perche de plus de 30 kg au vif. Poser le siège pendant 6h sur le même poste a payé, un poisson est revenu se positionner dans le pool. C’est une preuve de plus que la persévérance paye toujours.

Jour 6

Le matin, on se répartit les postes pour ce dernier jour et bingo, je choisis celui qui est vide : pas une touche. Mon manque de chance chronique sur ce trip est particulièrement notable. Mon niveau de chance est bien inférieur à mes trips précédents, en moyenne.

Je choisis de faire quand même, avant de rentrer au bercail, un peu de pêche au vif, au flotteur. J’enregistre un départ que je rate au ferrage. Vues les marques sur le vif, c’était un petit poisson. Nicolas est également capot, quant à Thomas G, sur un poste que j’ai bien pêché la veille sans la moindre touche, il prend une superbe perche de plus de 30 kg, au leurre, accompagnée d’un poisson de 10 kg environ et d’un poisson décroché. Bravo l’artiste ! Je persévère deux heures au vif sans rien puis je repasse au leurre, alors que Nicolas et Thomas G sont rentrés au lodge, et je fais tous les postes, par principe, avec tous les types de leurres possibles, avant de rentrer : pas une touche.

Jour 7

C’est le jour du safari. On en prend plein les yeux. On a la chance de faire un big four (pas de rhino dans cette réserve). L’Afrique est vraiment sublime. J’apprécie l’Amazonie pour ce qu’il y a dans l’eau, mais sur terre, l’Afrique est deux crans au-dessus.

 

Bilan

Deux semaines après mon retour, à froid, je peux dire que j’ai aimé mon séjour et que j’ai le sentiment de l’avoir réussi mais d’avoir raté ma pêche. Je vais corriger beaucoup de points et y retourner rapidement. J’ai vraiment la conviction qu’il est possible de faire beaucoup mieux en prenant les rennes et en ne se laissant pas (mal) guider, en choisissant une autre saison et en gérant mieux l’équilibre bord/bateau.

Le lodge était nickel. Rien à redire sur la qualité de la nourriture, du service, sur l’hygiène, la ponctualité, l’organisation. Les gens sont très gentils, serviables et ils semblent tous sincères quand on discute avec eux. De ce point de vue, tout a roulé. Les guides de pêche par contre sont nuls, à mon goût.

Côté pêche, au final sur une journée « chats », je fais capot et sur 5 jours « perches », je fais 3 poissons au leurre de 6, 8 et 22 kg. Je suis donc en-dessous de la moyenne basse d’une à deux perches par jour et par pêcheur.

Nicolas fait deux chats et deux perches, un seul poisson au leurre.

Quant à Thomas G, qui a montré, comme d’autres avant lui, que l’école française de la difficulté est une excellente formation pour la pêche à l’étranger, il fait 4 chats dont trois au leurre et 8 perches, toutes au leurre.

Nous avons tous eu notre lot de décrochés. Ma seule casse est à noter sur un défaut de spooling de ma tresse.

Côté leurres, les gros poissons ont été pris au leurre dur. Le leurre souple n’a produit que des chats et des perches plus petites (sauf ma grosse casse).

Je ne vais pas entrer plus en détail technique sur la pêche, je le ferai au retour de mon prochain trip en Ouganda avec plus de certitudes… ou la queue entre les jambes. Patience.