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Le roi des barbeaux en Iran 2018

En voilà un pas piqué des hannetons : un voyage de pêche en Iran.

Fin 2017, fraichement rentré d’Ouganda, je commençai à réfléchir sérieusement à refaire un des trips déjà faits et qui m’avaient bien botté ou alors à passer à la mer en douceur (Bijagos) sous l’appui d’un ami ravi de son séjour 2017 sur cet archipel.

Finalement, par hasard, sur les réseaux sociaux, je vois passer quelques photos d’immenses barbeaux dont j’avais vaguement entendu parler il y a quelques années, notamment en Turquie. Mais là, il semblait bien qu’une destination pêche était en train de naître. Appréciant par dessus tout la virginité de mes prises et de mes pêches, (ce qui rend malheureusement difficile  d’apprécier toutes les pêches ici), je commençai alors à enquêter sur le sujet.

 

1/ La destination

A priori, l’Iran fait peur, vu par le prisme de nos médias occidentaux. Pourtant, depuis qu’Obama a levé l’embargo en 2014, l’Iran se retrouve dans des catalogues touristiques. Bien qu’il s’agisse d’une théocratie islamique et que les droits de l’Homme et de la Femme soient sans doute sujet à discussion dans laquelle je n’entrerai certainement pas ici, l’Iran est en paix et n’a rien à voir avec certains fondamentalistes Sunnites. En outre, l’Iran touche à la Mésopotamie (zone située entre l’Euphrate et le Tigre), berceau de toutes les civilisations, avant les Égyptiens, là où l’Homme a inventé l’écriture. L’Iran a finalement plus de 5000 ans d’Histoire et n’a pas renié les civilisations pré-islamiques, leurs œuvres et leur culture, signe de son raffinement. Je n’ai donc pas d’inquiétude quant à l’intégrité de ma personne. Ma tête devrait rester sur mes épaules.

Parallèlement au tourisme “classique” dans ce beau et grand pays, se développe un tourisme halieutique. On parle là des balbutiements de ce loisir, l’activité pêche étant, dans l’écrasante majorité des cas dans ce pays, une activité vivrière. Pour être tout a fait honnête, il n’y a qu’une seule personne qui offre une petite organisation sur ce type de séjour : Sina. Et c’est avec une certaine fierté que nous serons, mon collègue de pêche et moi, les premiers français à profiter de la naissance de ce tourisme halieutique.

Description de l'image Iran (orthographic projection).svg.

L’Iran est un grand pays (plus de 1.5 M km² soit 3 fois la France métropolitaine) dont le climat est variable à tendance semi-désertique avec des paysages de type “steppe aride” dans le sud du pays, quasiment méditerranéen dans le Nord et désertique vers l’Est. Le pays est à 99% musulman. Ses ressources principales sont les énergies fossiles.

 

On est très proche des civilisations originelles. Une zone bien troublée malheureusement.

 

Un lac de barrage dans les montagnes iraniennes

 

La pêche aura lieu dans le Sud-Ouest du pays, à environ 150 km de la frontière irakienne. A vrai dire, nous pêcherons dans un lac de barrage. Je ne l’ai pas encore indiqué jusqu’ici mais, en effet, nous pêcherons en eau douce. Sans aucun doute, des séjours de pêche en mer d’Oman s’ouvriront dans les années à venir. Ce ne  sera sans doute pas une mauvaise idée que d’être dans les premiers wagons pour profiter, là-aussi, de la virginité des eaux. En espérant que tout soit bien géré dans la durée.

 

2/ La pêche

L’espèce reine que nous rechercherons sera le Mangar (ou Soong en farsi) qui est un barbeau géant (Luciobarbus esocinus) et qui est très proche (même genre) du barbeau Comizo de la péninsule ibérique (Luciobarbus comizo). La comparaison s’arrête là car le Mangar devient beaucoup, beaucoup plus gros. Des poissons ont été pêchés commercialement par le passé jusqu’à 200 kg. De nos jours, un poisson de 100 kg est absolument énorme et reste un trophée sans doute intouchable. Sur un séjour d’une semaine, un poisson de plus de 30 kg est un excellent résultat. Nous allons rechercher ce poisson au leurre. Comme pour chacun de mes voyages, c’est toujours le mode de pêche que je privilégie, à défaut de le pratiquer intensément en France. Le barbeau commun et encore plus le Comizo répondent bien au leurre alors il n’est pas étonnant que le Mangar réponde aussi. Comme j’ai pu l’écrire plus haut, la pêche de loisir au leurre en Iran est dans ses balbutiements. C’est comme aller pêcher le Peacock au leurre en Amazonie dans les années 1930. Il y a donc peu d’infos à trouver sur Internet. Heureusement, l’organisateur iranien de ce trip, qui parle parfaitement anglais, n’est pas avare de conseils. Il pratique une pêche moderne et a déjà vu passé quelques clients du monde entier dont il a assimilé les pratiques. J’ai aussi pu contacter des Hollandais, des Allemands et un Malaisien qui ont fait ce trip pour avoir leurs retours d’expérience.

Il y a une deuxième espèce principale à capturer, qui atteint des tailles plus modestes. Il s’agit du Shabout ou Shirbout (Arabibarbus grypus) qui est aussi un cyprinidé qui tire un peu sur le brun dans sa coloration. Il semble pouvoir atteindre 50 kg mais selon mes informations, un poisson de 20 kg est un trophée quasiment intouchable, surtout sur un séjour d’une semaine. L’organisateur indique d’ailleurs qu’à taille égale, il est plus puissant que le Mangar et pourrait se comparer à une GT… à voir. En tous cas, tous ses clients qui ont touché cette espèce à plus de 10 kg ont subi des casses, ouvertures d’hameçons et décrochages.

Ces poissons étant des cyprins, mon collègue et moi prévoyons aussi de prendre des grosses bouillettes pour pêcher, avec une ou deux cannes, la nuit depuis le camp, avec des détecteurs de touche. Ceci permet finalement de pêcher 24h/24. Rien n’empêche non plus de poser un vif ou un mort.

Concernant les leurres, sans n’avoir aucune idée concrète, nous pensions dors et déjà que la pêche de ce barbeau se ferait sans doute aux lames, aux lipless et aux leurres souples. Les locaux, quant à eux, apprécient la cuiller tournante.

La saison de pêche possible couvre le printemps et l’automne, l’été étant simplement humainement impêchable (45° à l’ombre). La période que nous avons choisie est le printemps (fin mars – début avril), période la plus propice, à ce qu’on dit, pour faire du nombre alors que l’automne serait plus conseillé pour rechercher un trophée. Le printemps est la période de reproduction du Mangar et les poissons sont à proximité des bordures. Oui, nous pêcherons sur des poissons venus se reproduire. Le Mangar cependant ne défend pas son nid. Nous pêcherons donc des poissons avant ou après reproduction, pas des poissons sur nid, contrairement à ce que nous avions fait parfois sur le peacock. En tous cas, déontologiquement, ce n’est pas 100% clean pour les intégristes, mais sincèrement, ça ne me touche pas.

En terme de quantité de prises, en recroisant les données entre l’organisateur et les anciens clients, un minimum de 3 à 4 poissons touchés par jour et par pêcheur est réaliste. En cas d’euphorie, on peut atteindre 15 poissons au bateau par jour et par pêcheur (donc hors casses et décrochés). Il peut arriver par contre des jours d’être capot, c’est une possibilité.

Bien que le poisson atteigne des tailles plus que respectables et que sa défense, étant après tout ni plus ni moins qu’un très gros barbeau, semble impressionnante, la pêche est relativement légère. En effet, les leurres sont de tailles faibles et n’atteignent pas les 50 g, l’eau est claire et nécessite des tresses fines et de longs et relativement fins bas de ligne en fluorocarbone. Il en découle le matériel suivant que j’ai choisi de prendre avec moi.

 

3/ Le matériel

Vu le poids des leurres, les ensembles principaux seront au maximum des 30 lbs.

– Canne 25-100 g, moulinet 5000 (Shimano), tresse 50 lbs, fluorocarbone 50 lbs

– Canne 15-40 g, moulinet 4000 (Shimano), tresse 20 lbs, fluorocarbone 25 lbs

– Canne 20-80 g, moulinet tresse et fluoro parmi les deux ci-dessus, cette canne faisant 2.70 m, elle sera utilisée du bord principalement

– Canne type bouée 100-300g moulinet baitrunner, tresse 50 lbs, bas de ligne fluoro 50 lbs, cette canne étant destinée à la pêche au posé

– Canne 2-8g, moulinet 1000 (Shimano), tresse 8 lbs, fluoro 6 lbs pour les vifs et espèces plus modestes.

Toutes mes cannes sont des travel, des vraies travel, qui rentrent dans la (grande) valise. Pour la première fois depuis que je voyage, je n’ai pas acheté de canne supplémentaire. J’ai maintenant un fagot qui couvre tout ou presque.

Pour ce qui est du petit matériel, avant de parler des leurres eux-mêmes, comme toujours, je remplace sur les leurres durs tous les anneaux brisés et les hameçons. Mon choix s’est porté sur ce que j’avais en stock, à savoir des Owner Hyperwire 80 lbs et des Owner ST-66 de tailles 1 et 2. Si ceci se trouve être trop lourd et nuit à la nage du leurre, j’ai aussi des anneaux Owner en 50 lbs et des hameçons ST-46. De plus, je possède des hameçons simples à œillets en ligne avec la courbure de la hampe, spéciaux pour l’armement de leurres durs.

En ce qui concerne les leurres souples, il y a deux écoles : la tête plombée classique ou celle à visser avec stringer et triple sur le dos. J’ai prévu les deux. Les TP classiques sont coulées par un ami sur des Owner 5319 en 3/0, 5/0 et 7/0 dépendant de la taille des leurres souples (3, 4, 5 ou 6 pouces). Les poids vont de 5 à 40 g. Les têtes articulées sont soit des versions coulées toujours par ce même ami soit des Fastach de Pafex que j’ai depuis quelques années. Les poids sont toujours de l’ordre de 5 à 40 g.

Enfin, pas d’agrafe mais un émerillon et un anneau brisé permettront de relier le leurre à la ligne. Le bas de ligne étant assez long (environ 2m), un nœud FG permettra de passer l’anneau de tête sans trop de soucis.

Venons-en aux leurres maintenant. Comme je l’ai écrit plus haut, on va se diriger vers des lames, des lipless et des leurres souples.

Pour ce qui est des lames, Aliexpress fût mon ami à 2.50 € pièce livré pour 20 à 30 g. J’ai prévu différents coloris, différentes formes et j’ai aussi une ou deux lames de grandes marques.

Pour les lipless, il semble que le Gunki Kaiju Spin 70 S sorte du lot. Sa caractéristique principale, hormis son poids assez important par rapport aux autres leurres de même taille sur le marché : une palette en lieu et place de l’hameçon de queue. Il semble que cette caractéristique soit la clé d’après mes renseignements. Je prévois donc d’équiper tous mes lipless d’une palette à la place du triple de queue, ce qui permet d’augmenter d’une taille le triple ventral. Pour 10€ sur Aliexpress, j’ai commandé 20 palettes, 20 émerillons avec anneaux brisés et 50 petites vis à insérer dans un leurre souple. Ceci me permettra d’équiper tous mes leurres durs et souples avec ce petit accessoire qui semble vraiment être important. Les lipless seront de tailles assez réduites et de poids et densités variables pour couvrir les différentes configurations de pêche. : Kaiju Spin, Flatt Shad, Lucky Craft, Super spot, Diamond vib, Damiki…

Les leurres souples seront de types shad et grub, aromatisés ou non, de tailles de 3 à 6 pouces. Ce sera du classique de chez classique dans les grandes marques et aussi de nombreuses copies chinoises : shad GT, sandra, one-up, kopyto, Effzett shad et grub, écrevisses.

Enfin, par acquis de conscience, on aura également des cuillers tournantes et ondulantes ainsi que des minnows complétés par tout le matériel nécessaire à la pêche au posé que ce soit au vif, au mort ou à la bouillette.

En plus de ça, l’ensemble light devrait permettre de prendre des vifs au mini leurre ou au coup.

 

Ndlr :Les lignes qui suivent sont écrites après mon retour.

 

J’aimerais ici faire un point sur le contenu de ce qui va suivre. Si vous avez lu mes précédents comptes-rendus de voyages, que vous ayez apprécié le contenu ou non, que vous ayez apprécié le style ou non, il y a un point sur lequel je pense ne pas être attaquable du tout : c’est la sincérité. Je n’ai aucun lien avec aucune organisation commerciale ou marque de quelque forme que ce soit (VRP, team, sponso etc…) et je mets un point d’honneur à écrire les choses de manière sincère pour l’usage du plus grand nombre. Cependant, dans les lignes qui vont suivre, si tout ce qui sera écrit sera vrai, tout ne sera pas écrit. L’Iran est un pays compliqué et, sans entrer dans les détails, je passerai sur certains points.

 

4/ Le tarif

Voilà déjà un premier point ou je passerai rapidement. Pour aller droit au but, je ne vais pas indiquer ici combien le séjour m’a coûté ni combien de jours j’ai pêché. Tout était totalement compris depuis l’arrivée à l’aéroport jusqu’au retour à l’aéroport.

Le vol international, direct, Paris-Téhéran coûte 375 € (pas cher !), le billet de train aller-retour pour Paris 112 €, le visa 75 € et l’assurance obligatoire à l’arrivée en Iran 14 €.

 

5/ Le séjour

On commence par un peu de stress avant ce séjour à l’annonce des grèves de ces fainéants de cheminots. J’ai un sacré coup de bol quand même car mon train de départ se trouve dans la période non grevée et mon vol deux jours après un mouvement Air France… ouf !

Sina nous attend à l’aéroport. La valise est là et après un petit raté de ma part avec le visa, nous voilà en route pour l’hôtel, à Téhéran.

Le lendemain matin, il faudra se lever tôt pour prendre un vol domestique à destination d’Ahwaz, dans le sud-ouest du pays. Là encore, on est très bien pris en charge et la valise est à l’arrivée encore une fois (toujours cette trouille depuis le Brésil…). On nous attend avec des véhicules, Peugeot bien sûr comme 60 % du parc automobile iranien. En route pour 4h sur de belles routes qui traversent un paysage aride et montagneux dans lequel il suffit de faire un trou pour trouver du pétrole. Nous atteignons un petit village sur le lac que nous allons pêcher et nous mangeons chez l’habitant.

Ensuite, après 10 minutes de bateau, nous voilà sur le site qui accueillera notre camp (à monter). On aura une tente individuelle chacun et il y aura un chapiteau ouvert pour les repas et la sieste à l’ombre.

Le spot est pas dégueu

 

On se trouve au bord du lac, sur une zone sous eau lorsqu’il est rempli. Ce lac est une réserve d’eau potable et sert également à la production hydroélectrique. En automne et en hiver, il se vide pour se remplir au printemps. Normalement pour la saison, il devrait manquer entre 10 et 15m d’eau selon Sina et le niveau devrait être à la hausse. Mais là, il manque clairement environ 25m et le niveau est stable. Ça ne semble pas très bon. L’année a été très sèche en Iran. Il a peu plu et très peu neigé sur les sommets. Bref, comme d’habitude, on a déjà d’avance les bonnes excuses pour ne pas faire bonne pêche.

Il manque 25 m. Foutu dérèglement climatique

 

La géologie de la zone est étonnante. On voit qu’il y a eu, durant des temps géologiques, une alternance de périodes émergées et immergées comme le montrent les strates géologiques facilement visibles du fait de l’absence de végétation et qu’ensuite, la montagne se formant, tout est monté à la vertical. C’est assez fascinant.

Synclinaux et anticlinaux

 

Ce premier soir, on a même le temps d’aller pêcher un peu du bord et une petite heure en bateau. L’eau est d’un très beau bleu et suffisamment claire pour voir le fond par environ 3 m. En fait, ce lac a toutes les caractéristiques d’un lac d’altitude de chez nous, mais sous un climat aride. Il se caractérise par l’absence totale de végétation aquatique si ce n’est, sans doute, une fine pellicule sur les cailloux car nous voyons des petits poissons brouter. Il n’y a pas non plus de végétation rivulaire : ni herbe sur les berges, ni macrophytes, ni arbres. Franchement, des fois, on se demande ce qui est à la base de cette chaine alimentaire.

La pêche se conclut par quelques touches de Shirbout très timides bien que nous ayons la chance de voir passer plusieurs spécimens de 7-8 kg.

Cette première heure nous permet aussi d’avoir les premières consignes de Sina sur le mode de pêche. La méthode à privilégier est une animation très lente, linéaire, à ras du fond, de leurres métalliques ou de petits lipless dans 5 à 25 m de fond. C’est une pêche très déconcertante pour moi qui ne pêche jamais en lac.

Le premier

 

Le lendemain, le premier vrai jour de pêche, nous prenons nos premiers poissons, des Mangars de l’ordre de 5 kg, ce qui sera la taille moyenne sur notre séjour. La touche est très brutale, la pêche se faisant en traction constante et le poisson ayant une très forte puissance de succion. Le combat est assez puissant sur matériel léger, le poisson cherchant à rejoindre les rochers, omniprésents. Mes premières prises se feront sur une Mepps Syclops n°3 argentée. Ce leurre prendra plus de 50% de mes prises sur le séjour et entre donc dans mon panthéon des leurres.

Ces leurres ont pris des touches ou des poissons, sauf le lipless

 

La pêche est quand même dure et mes attentes sont confirmées avec 3 prises par jour et par pêcheur en moyenne au début de ce séjour. Il faudra maintenant essayer de prendre un poisson au-dessus de la moyenne.

Le seul iranien qui pratique le catch and release est sur mon bateau

 

Deux ombres au tableau :

  • Une petite : un très joli Shirbout de l’ordre de 5-6kg se décroche au moment de le prendre au grip
  • Une beaucoup plus grosse : Thomas G, mon collègue, est souffrant. Les symptômes sont même inquiétants. Il fera finalement le bon choix et demande à rentrer en France en avance. Sina, ce monstre d’organisation, de gestion, de planification et de connexions parvient à le ramener à Paris, à distance, en deux jours alors qu’il ne parle pas farsi, très peu anglais et qu’il n’a pas assez de cash pour prendre un billet de retour. Franchement, je tire mon chapeau à Sina. Chapeau bas et merci beaucoup l’ami.
Toutes les classes d’âge sont représentées dans le lac. La population a l’air saine.

 

Je poursuis donc mon séjour seul entouré d’Iraniens dont un seul parle anglais. C’est le début d’une très belle expérience humaine.

Nous parlons de tout, échangeons nos expériences, comparons nos cultures. Finalement, la pêche dans tout ça… presqu’un détail. Nous passons de la préparation des cuisses de grenouilles à la consommation d’opium pour revenir à la gratuité de l’école publique et aux attentats de l’état islamique et nous terminons par le prix de l’essence. Chaque jour est sujet à de nouveaux échanges.

Par ailleurs, Sina ne ressemble pas aux guides locaux que j’ai connus jusqu’ici. C’est une encyclopédie de la pêche. Normalement les gars savent tout juste manœuvrer le bateau et ne connaissent que deux espèces de poissons et trois leurres. Sina a une vision globale de la pêche sportive phénoménale. Il en sait beaucoup, beaucoup plus que moi (je ne me prétends pas expert). On parle du silure, des GT, de l’entretien d’un Stella, de la qualité de la tresse de marque allemande, de la sous-traitance en Chine ou de la meilleure méthode de serrage d’un nœud FG… incroyable de trouver une telle qualité et une telle connaissance chez un guide local. En plus, c’est une vraie pipelette. Tous les iraniens qui m’entourent, sur 16h d’éveil, parlent au moins 15h30. C’est culturel.

Metti le boatman. Un air de Maradona

 

La suite du séjour ressemble au début avec environ 3 prises par jour, entre 3 et 8 kg. On se démène beaucoup. Sina nous amène sur de nombreux spots différents, de différentes configurations (profondeur, exposition, pente, nature du fond…) et nous essayons pas mal de leurres, y compris souples, avec une indéniable plus grande efficacité des cuillers ondulantes et tournantes par rapport au reste (seulement quelques poissons au lipless et au PN). Les lames ne marchent pas mais je dois dire que je suis très déçu de la qualité de ce que j’ai acheté. Une lame ne semble pas bien compliquée à copier, pourtant une partie des lames chinoises achetées ne vibre pas, ce qui est un peu ennuyeux pour une lame vibrante. Ça m’apprendra et surtout ça m’apprendra à ne pas tester avant le départ, je serais parti plus léger. Les leurres souples ne marchent pas non plus qu’il s’agisse de shad ou de grub animés verticalement ou en linéaire.

 

On participe aux coutumes locales

 

Sans alcool bien entendu

 

La méthode d’allumage du barbecue de Saïd, à l’essence, est intéressante

 

Au leurre souple cependant, sur le petit ensemble léger que j’ai amené, alors que j’essaye de prendre les petits Shirbout qui tournent autour du camp, je pique un plus gros spécimen de la taille de celui que j’ai perdu au grip. Mon petit LS blanc de 2’’ sur TP 2g lui a plu. Par contre je me fais vite déglinguer. Du bord, avec une petite L en fluoro 20°°, il met 5 secondes à se tanker dans des rochers.

 

Sur le chemin du retour, on goutera une glace au lait de yack, plutôt savoureuse

 

Toutes les nuits du séjour, nous pêchons au posé à la bouillette, au mort, au vif sans le moindre succès. Saïd, notre cuistot, parvient à prendre un Shirbout à la ligne à main, à la tripe de poulet. Et alors qu’il est absent, je prends moi aussi un Shirbout sur sa ligne à main qui commençait à bouger dans tous les sens.

Nous voyons de temps à autre une chasse. Selon Sina, on devrait en voir environ 30 par jour. Là, on est plutôt dans les 5. Je prends un poisson sur chasse d’ailleurs. Il n’y a pas trop de gloire à ça : une carotte armée d’un triple prend du poisson dans cette circonstance.

Quand ils touchent aux 10 kg, ils deviennent pansus

 

Je finirai aussi par prendre un Shirbout mais un tout petit de moins d’un kilo !

Un Shirbout de 5 kg n’est pas loin de la catégorie des trophées. J’en suis un peu vert.

 

Contrairement aux espèces européennes de barbeau qui se prennent au leurre, le Mangar est clairement un poisson prédateur bien qu’il s’agisse d’un cyprinidé. Il chasse. Il accumule des boules de baitfish en surface et chasse dedans à grand coup de succion. Ça s’entend de très loin. On voit la tête qui sort de l’eau parfois. Par contre, il s’attaque uniquement à des proies de tailles modestes, même les gros spécimens. Il se coffre une dizaine de petits baitfish à chaque succion puis va dormir dans 80 m d’eau. Il faut donc privilégier des leurres de taille modeste.

 

L’ondulante dorée, le leurre préféré de Metti

 

Tout l’écosystème de cette zone est « tenu » par des cyprinidés. Ce sont des cyprins qui mangent des cyprins qui broutent les cailloux. C’est déconcertant. On a également vu des anguilles qui ressemblent en fait plus à des murènes.

On a eu une belle journée quand même en approchant de la fin de trip. Sur une berge rocheuse en pente modérée, je parviens à capturer cinq Mangars en 2 heures, tous à l’ondulante, du bord, entre 5 et 16 kg. L’après-midi, à proximité de ce secteur, je prendrai, à nouveau à l’ondulante, un poisson de 12 kg qui me fera le plus beau combat du séjour. Je pensais, avant de le voir, que ça passait les 20kg en comparant avec le combat du 16 kg pris le matin.

 

Le plus beau du séjour. En fait, c’est, pour l’espèce, un poisson correct, tout au plus.

 

Cette zone, on finira par en faire notre zone de passage obligatoire bi-quotidienne. On a toujours pu y prendre du poisson mais pas en telle quantité. Les autres secteurs étaient terriblement déserts. A la fin, on avait fait presque tout le lac à différents horaires et on n’avait toujours pas trouvé la clé si ce n’est ce secteur particulier (île).

Un vaillant combattant qui m’a laissé penser quelques minutes à un 20 kg +

 

Le dernier jour, je serai même capot en perdant, par ma faute, le seul poisson de la journée à cause de l’ouverture d’une agrafe mal fermée et non contrôlée.

Force était de constater que la pêche était gravement entamée par ce manque d’eau et que la pêche du Mangar que j’ai vécue, bien que m’ayant plu, n’était pas représentative de ce qu’une pêche printanière dans ce lac pouvait être.

 

6/ Bilan

C’est un séjour que j’ai apprécié. Le secteur est très joli et dépaysant au possible. Les gens sont gentils, ils ne m’ont même pas coupé la tête ! L’organisation est nickel, le guidage est très bon, les repas sont copieux et savoureux, à base de brochettes (kebab) de mouton, poulet ou chevreau avec tomates, poivrons, oignons, ail et riz (15 fois du riz de suite… ça bouche un peu). La viande est délicieuse, issue des animaux qui paissent autour du lac, en semi-liberté. On n’a pas manqué de boissons fraiches, sans alcool, des graines de pipasol à l’apéro et une chicha de temps à autre.

On apprécie des plaisirs simples

 

Des pâtes pour une fois changer du riz. Mon colon vous dit merci.

 

Les tentes suffisent. Les nuits sont fraiches (duvet nécessaire, c’est le désert) donc le sommeil est bon même si le sol pète le dos malgré trois ou quatre matelas de sol (un matelas gonflable serait meilleur).

L’hygiène est nickel. J’ai chopé une tourista une fois de retour à Téhéran… On se lave dans l’eau claire du lac, un peu fraiche quand il fait chaud à midi, et on va satisfaire ses besoins derrière un gros caillou à l’écart du camp.

Le bateau est en fibre de verre pour une longueur d’environ 6m, confortable pour deux pêcheurs, le guide et un boatman. Je pense que c’est trop petit pour trois pêcheurs. Le moteur est un Yamaha des années 80, 85 chevaux, deux temps, barre franche. La conso ? ahem… Le prix de l’essence est d’environ 20-25 centimes par litre.

Ceci n’est pas un âne mais un zèbre iranien. Peut-être le dahu local ?

 

Du côté des points négatifs, je citerai la présence de détritus sur et autour du lac par endroits, comme chez nous. Le lac est touristique et les touristes iraniens ne sont pas plus disciplinés que les français. Il y a du plastique et des canettes qui trainent. Vu qu’il n’y a pas de végétation, ça se voit beaucoup. Autre truc un peu frustrant, ce sont les filets morts. On a vu plusieurs dizaines de filets déchirés et abandonnés. Les locaux ont un droit de pêche de 5 mois sur 12 sur ce lac et ils se concentrent sur les petits poissons, les Mangars et les gros Shirbout n’ayant pas de problème à percer les filets. On a d’ailleurs vu des Mangars avec des blessures de filets sur le corps. Le problème de ces filets morts, c’est qu’ils pêchent encore pendant des années et on a vu plusieurs poissons pris dans ces filets abandonnés. J’y ai perdu un leurre en plus. Ça casse l’image de virginité et c’est dommage. Sina en est aussi attristé et il a de nombreux projets dans et autour de la pêche pour trouver des solutions.

Un lac de barrage alpin dans un désert

 

La pêche en elle-même a été déconcertante pour moi car je ne pêche pour ainsi dire jamais en lac au leurre. Globalement, le mode de pêche était très limité, peut-être à cause de conditions difficiles. Si les conditions sont bonnes, il est peut-être possible de varier. Nous avons été obligés d’utiliser des actions minimalistes, très lentes et linéaires à ras du fond pour déclencher des poissons. Seule une ou deux prises ont été faites entre deux eaux. Les leurres ont été limités aux classiques qui ont fait leurs preuves depuis que Sina pratique cette pêche : tournantes, ondulantes, lipless et PN (uniquement le Skatter Rap à vrai dire).

Concernant le choix du matériel, j’ai effectué toutes mes prises sauf une en 10-40g ce qui offre de bonnes sensations mais empêche sans doute de sortir des poissons de plus grandes tailles (> 20 kg). Mais vu que nous n’avons pas touché de tels poissons sur ce séjour, cet ensemble s’est révélé très agréable.

 

Fuselage

 

Au niveau de la défense du poisson, je vous donne ce comparatif :

  • Modeste perche du Nil de 22kg dans le jus sous les chutes Murchison sur une 50 lbs, moulinet 8000, tresse 80 lbs, leader 100 lbs, hameçon ST 66 2/0 ouvert (poisson capturé)
  • Mangar moyen de 16 kg en lac sur une 10-40g, moulinet 4000, tresse 20 lbs, leader 25 lbs, hameçon ST 46 (poisson capturé)

L’important dans le matériel est de pouvoir lancer loin des leurres de poids modestes (20 – 30 g). Pour cela, il va falloir tout optimiser du leurre jusqu’à la canne. Voici ce que je propose :

  • Le leurre devra être petit et dense ou très bien équilibré (transfert de masse par exemple) quel que soit le type choisi
  • Le fluoro sera un 40°°, bon rapport résistance à l’abrasion et discrétion
  • La tresse sera une 8 brins en 20 – 25°° pour optimiser la distance de lancer avec nœud FG pour passer les anneaux facilement
  • Le moulinet devra offrir des bonnes caractéristiques pour le lancer (bobine large, lèvre, remplissage impeccable…)
  • La canne devra faire environ 2.40 m pour une 20-50 g avec des caractéristiques de bonne lanceuse

 

7/ Epilogue

Une très petite fenêtre vient de s’ouvrir pour pêcher ce poisson. Elle ne tient qu’à un seul homme, Sina. On peut lui dire merci pour ça. Peut-être que la fenêtre se refermera bien vite, ce que je ne souhaite pas bien sûr. Je suis content d’en avoir profité. J’ai vécu une très belle expérience humaine et j’ai apprécié ma pêche. Comme je m’y attendais, je n’ai absolument pas eu, à aucun moment, la sensation d’être en danger au contact de la population. Par ailleurs, c’est, je pense, moins “dangereux” que l’Afrique ou l’Amérique du Sud en ce qui concerne les bestioles. Il y avait un petit risque sur la pêche dans ce trip, c’est vrai. Mais il y a toujours la France et ses carpodrômes pour les autres.

 

Merci Sina