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Papuan Bass en Papouasie Nouvelle Guinée 2016

A peine remis de mes émotions à la sortie du superbe séjour de pêche que j’ai pu faire au Brésil, me voilà déjà en phase de préparation du voyage suivant. Cette excitation à la recherche d’infos et de tuyaux tous azimuts est idéale pour compenser le gros blues du retour au pays et à des pêches bien fades.

Dans la liste des destinations exotiques d’eau douce que j’ai envie de faire, à l’heure où j’écris ces lignes, le Brésil figurait tout en haut. Voilà, c’est fait. Est-ce que je vais retourner pêcher au Brésil un jour ? Oui, sans hésitation. D’ailleurs la question s’est vite reposée dès le retour du Trombetas. Franck, qui avait fait le séjour avec moi, était bien décidé à retourner en Amazonie, sur une destination qui nous échappait depuis deux ans, le Xingu. La réponse fut, à mon sens, sage. Oui, j’ai envie de retourner au Brésil. Non, je n’ai pas encore assez fait de séjours différents pour avoir pleinement envie d’en refaire un. Certes, je n’ai jamais fait le Xingu, mais les espèces sont les mêmes que sur le Trombetas, avec quand même sans doute de meilleures chances pour la cachorra et pour les poissons-chats. Oui, je ferai le Xingu, un jour, j’espère, si tout n’est pas inondé d’ici-là, mais non, je ne le ferai pas en 2016.

Lorsque je prépare un voyage, j’en prépare maintenant toujours un deuxième en parallèle. Certes, je ne vais pas aussi loin dans les préparatifs du deuxième, mais ayant subi une déconvenue par le passé, j’étais bien content de pouvoir me retourner sans repartir à zéro. Au moment du préparatif de 2015, pour le Xingu, j’avais déjà plus ou moins prévu une alternative, alternative qui finalement n’a pas été nécessaire puisqu’une autre, le Trombetas, m’est pratiquement tombée tout cuit dans le bec.

Cette alternative, c’était la Papouasie.

La Papouasie n’est maintenant plus une alternative, mais elle a pris la place de n°1 dans ma liste. Ça tombe bien, Josselin souhaite être du voyage.

C’est étrange comme les goûts et les envies changent. Il y a seulement trois ans, lorsque j’ai vu les premières images des espèces papoues, je n’étais pas très emballé. Aujourd’hui, je meurs d’envie de les prendre.

La Papouasie, c’est loin. C’est au nord de l’Australie, à l’autre bout de la Terre. Il faut compter plus de 20h de vol environ donc bien 40h de voyage. La Papouasie, c’est cher. Rien que pour le vol, on est déjà largement au-dessus des 1000€. Mais j’espère que la Papouasie, c’est bien.

Quand on parle de Papouasie, l’île au nord de l’Australie, il faut différencier le côté ouest (Papouasie occidentale), province de l’Indonésie, du côté oriental (Papouasie Nouvelle Guinée ou PNG), état indépendant.

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Il existe des possibilités pour un séjour de pêche des deux côtés de l’île. Les prestataires et les prestations ne sont pas les mêmes mais on peut y pêcher les mêmes espèces.

L’espèce reine, la plus recherchée, est le papuan bass (Lutjanus goldiei) (nom français : vivaneau papou), une sorte de carpe rouge d’eau douce. Très prisée des australiens, elle a la réputation d’être l’espèce la plus puissance d’eau douce, à taille égale. A l’heure ou j’écris ces lignes, je ne me suis pas encore frotté à ce poisson et je ne peux donc comparer aux autres mais j’ai déjà entendu ça régulièrement pour d’autres espèces… on verra.

La seconde espèce notable sur ces lieux est le barramundi (Lates calcarifer). Là, c’est en fait l’équivalent d’une perche du Nil. La ressemblance est frappante. Les Australiens ont tué leur pêche au barra “sauvage” et ils viennent régulièrement pêcher en PNG ce poisson de sport par excellence.

D’autres espèces sont prenables en plus de ces deux principales : poissons-chats, mangrove jack, merous, carangues etc… N’oublions pas qu’une partie de la pêche se fait en estuaire ou du moins en rivières à marées et que les espèces marines font donc partie du lot.

Venons-en justement, à la pêche.


1/ Préparatifs

Comme toujours, je me fie aux infos des locaux glanées ici et là, surtout sur les sites et forum australiens. Pour résumer, la pêche se fait au leurre, depuis le bateau, d’abord en trainant puis en lançant vers les obstacles, les frondaisons, des poissons nageurs à grandes bavettes. L’objectif, à l’instar de l’aïmara en Guyane, est de ne pas céder de terrain pour éviter que le poisson ne se réfugie dans l’obstacle. On trouve ici et là, sur Internet, des photos de leurres cassés, d’armatures arrachées, d’anneaux brisés ouverts, d’hameçons redressés etc… Bref, c’est la guerre.

Si je devais résumer le matériel nécessaire en ce début de période de préparation, je dirais ceci :

– tresses 50 lbs minimum

– bas de ligne de 100 lbs minimum

– anneaux brisés 80 lbs minimum

– émerillons 80 lbs minimum

– hameçons ST 66

– leurres à armatures traversantes type Halco Sorcerer, Rapala Xrap Magnum

– cannes XH à XXXH

C’est donc autour de ce type d’équipement que toute ma préparation se fait. Si le petit matériel (mais grand par son importance) manquant sera acheté peu avant le départ, je regarde déjà bien en avance les opportunités concernant les leurres. De plus, avec la mésaventure de la canne cassée au Brésil, il est clair que je vais en racheter une pour faire doublure et même monter en gamme niveau puissance, pour être sûr. Dans la foulée, il me faudra aussi un moulinet un peu plus gros pour l’équilibrer.

Fort du succès de Franck au Brésil sur des leurres pas du tout typiques, je pense ne pas me focaliser à 100% sur les leurres types. Il y aura aussi un peu de leurre métallique, du lipless et du gros leurre souple sur TP renforcée.

Enfin, il est clair que le pêcheur exclusif spinning que je suis va souffrir du dos quand il faudra tracter des heures durant des longbill minnows. C’est le jeu. J’ai choisi d’acheter un nouvel ensemble, le plus puissant, en 80 lbs, pour le leurre. Il est possible que je me sois trompé et qu’un 50 lbs fasse l’affaire mais dans le doute…

Voici donc les ensembles que j’ai choisi de prendre avec :

– Canne 30 lbs 25-100 g en 3 brins, moulinet en taille 5000 (frein 12kg), tresse en 50 lbs, bas de ligne en fluoro 100 lbs

– Canne 80 lbs 60-190 g en 3 brins, moulinet en taille 8000 (frein 11kg), tresse en 80 lbs, bas de ligne en mono ou fluoro 100 lbs

– Canne 100-300 g en 4 brins, moulinet en taille 8000, tresse en 100 lbs, bas de ligne en mono ou fluoro 100 lbs (pour la traine)

– Canne de réserve en 20-80g en 4 brins

– Canne de réserve 80 lbs en 3 brins (traine)

Concernant les leurres, à la lecture d’articles, de reports et de forums australiens et à l’aide de pêcheurs ayant déjà fait la Papouasie, je m’oriente essentiellement vers du poisson-nageur plongeant à très plongeant, du lipless et du leurre souple. Les leurres seront de +/-12 cm à 20 cm.

L’armement de tous les leurres sera revu, bien entendu. Les hameçons seront des ST 66 exclusivement, de la taille 1 à la taille 3/0 selon le leurre. Les anneaux brisés seront des 80 lbs pour les petits leurres et des 120 lbs sur les leurres plus conséquents (équilibre à trouver pour la nage).

Concernant les leurres, mon choix s’est tourné vers :

Poissons nageurs très plongeants

Halco Sorcerer 125 et 150 : classique inévitable

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Rapala Xrap Magnum 15, 20 et 30 : classique aussi

Rapala Clackin Rap Magnum : le même que ci-dessus mais avec rattle

Rapala Countdown 18 et 22 : déjà dans ma boite alors autant s’en servir

Storm Doom Bell Shad-O-Deep 130 : un leurre très bruiteur qui m’a beaucoup plu au Brésil et très peu cher et avec armature traversante

Cormoran TC DD 160 et 180 : un minnow très proche des grands classiques mais très peu cher

Storm Doom Bell Shad-O-Deep : pas cher

Poissons nageurs peu plongeants

Storm Doom Bell Shad-O 130

Daiwa Salt Pro Minnow 150 : déjà dans ma boite

Yozuri Crystal Minnow Magnum 165 : déjà dans ma boite

Rapala XXX-Rap : une belle occas

Autres

Crank peu plongeant

DEPS Cascabel DC 400 : crank très plongeant

Rapala Floating Magnum 11

Screamin Devil

Flatt Shad

Divers autres leurres tels que des lames, des ondulantes, une tournante à musky, des lipless plus petits, des stickbaits, des poppers etc…

Leurres souples

Kopyto 6″

Shad GT 6 et 7″

Z Man 7″

Sandra 16 et 18 cm

DAM Effzett Grub 160 mm

Peu de têtes plombées offrent à la fois la résistance d’une hameçon très fort de fer et un grammage raisonnable. En principe, les hameçons forts de fer sont montés sur des TP de 100g et plus, pour des pêches verticales à la morue par exemple.

Il se trouve que j’ai identifié des hameçons Owner (5319) qui, en taille 7/0, offrent une solution idéale. Franck m’a coulé des têtes plombées de 20 et 60g sur ces hameçons.

Joss, qui m’accompagne, est partisan de la tête plombée désolidarisée de l’hameçon, type bouboule à visser dans le leurre souple. Ceci pourrait servir également.

Nous avons décidé de partir avec une organisation +/- australienne : Sport Fishing PNG. Sans intermédiaire.

Le séjour aura lieu du 19 au 25 octobre. Nous devons arriver le 17 et repartir le 26 de Port Moresby, la capitale de la PNG. Sur le papier c’est 7 jours, mais en fait, c’est bien moins que ça. Le premier jour est consommé à moitié pour rejoindre le lodge, il n’y a donc qu’une demie-journée de pêche. Durant le trip, une autre demie-journée sera consommée pour remonter très en amont la rivière et une autre pour redescendre. Le 7e jour est en fait destiné à retourner à Port Moresby. Ça fait donc 5.5 jours de pêche purs. C’est vraiment très peu et ça en fait un trip très très très très cher à la journée. C’est dommage. Il existe d’autres séjours très alléchants de SFPNG, sur des rivières encore moins accessibles mais les tarifs s’envolent à plus de 5000 € hors vol, sans doute en partie à cause du niveau de luxe offert (séjour dans un catamaran !). C’est, à l’heure actuelle, hors de portée. Mais un jour, peut-être ?

Le vol coûte 1200 €. Ça, c’est fait. Le séjour se paye en dollars australiens et coûte 4200 AUD soit, avec le change et les frais bancaires , environ 3000 €. Il faut rajouter à ça le train pour Paris (un aller seulement à 48 € et on achètera le retour en sortant de l’avion, chat échaudé craint l’eau froide) et trois nuits d’hôtel en PNG. On arrive donc à 4500 € environ. Et je n’ai pas encore là-dedans l’argent de poche (disons +/- 200 €) et tous les coûts relatifs au matos à acquérir même si j’ai la satisfaction, grâce aux cannes voyage, d’économiser au moins 200 € de tube de cannes par trip. Déjà au moins 600€ d’économisés depuis 2013 (sans doute plus car il y a eu des vols intérieurs où j’aurais été taxé à nouveau). De quoi se payer des leurres, des consommables et même une canne. J’ose à peine regarder le montant total du matos que j’ai acheté. Une canne, une chiée de leurres, des fringues, des nouvelles bricoles (hameçons, anneaux brisés, émerillons…)… ça monte haut. Et encore, je n’ai pas acheté de moulinet, on m’en prête un. Là, j’ai vraiment atteint le plafond du plafond. C’est sûr que le prochain trip sera moins cher, je me le suis promis.


Les lignes qui suivent sont écrites à mon retour. Merci à Joss pour les photos, ma carte SD a décidé de crasher en fin de séjour. Heureusement qu’il n’y avait rien à voir.

2/ Le séjour

Que dire, que dire, que dire ?

Un voyage qui fait mal. Je cherche encore les points positifs. A chaud, j’ai envie de dire que, sur ce coup, j’ai perdu pas mal d’argent et 10 jours de congés.

Je n’ai pas suffisamment de contenu pour rédiger un article propre comme j’aime à le faire, sous forme d’un tableau de bord, au jour le jour. Je vais plutôt faire un résumé et un listing de ce qui n’a pas été durant ce trip.

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a/ Le mode de pêche

Disons franchement les choses. A lire des reports sur le net et à voir des clips et des vidéos de la pêche du Papuan Bass, nous avons été induits en erreur. La pêche du Papuan Bass est une pêche qui se fait pratiquement exclusivement à la traine. Seules des conditions très particulières de forte activité du poisson couplées à des bonnes conditions d’eau et à des guides avertis permettent de pêcher ce poisson au lancer. Vous l’aurez donc compris, il faut une énorme dose de bol pour réaliser un trip réussi sur cette espèce au lancer.

J’ai donc été largement déçu, dès les premières heures de pêche, lorsque j’ai compris que j’allais trainer 99% du temps. Et ceci nous a clairement été caché par les organisateurs. Jusqu’aux dernières heures avant le début du trip, on nous disait encore 70/30…Et les conditions étant égales à celles du précédent groupe (environ 3 semaines plus tôt), il aurait été possible de nous mettre au parfum tout de suite.

Je reviendrai plus tard sur le manque de transparence que nous avons subi à différents points de vue.

Je n’avais jamais pêché en traine, de toute ma vie, et j’avais un fort a priori négatif sur le sujet. Et je n’ai pas été déçu. Quelle merde franchement ! Globalement l’action de pêche consistait à balancer à 20 m du bateau et à laisser le guide faire la bonne dérive dans et à proximité des obstacles. Aucune recherche, sensation de passivité absolue. Dire que certains se satisfont de 10h de traine en haute mer pour finir par treuiller un marlin… Ahurissant. Alors on peut toujours argumenter sur le fait que le pêcheur est censé choisir le bon leurre, la bonne longueur de ligne sortie et qu’il est censé animer également le leurre… et bien je répondrais que le leurre est vite choisi car la pêche se fait dans l’obstacle et il faut que le leurre soit super flottant pour remonter dès qu’on cesse la traction et passer au-dessus de l’obstacle. A ce petit jeu, les leurres australiens dédiés à la traine (Halco) sont imbattables. Ensuite la longueur de ligne sortie peut être limitée à 20m puisque les leurres utilisés descendent très vites et nagent à profondeur fixe (profondeur indiquée sur la bavette donc pas trop besoin de savants calculs). Enfin, concernant l’animation, si certains arrêts ont provoqué des touches sur des espèces dites annexes, elles n’ont pas fait de différence sur les espèces principales. Et vu que la traine se fait en bottom taping (en tapant le fond littéralement), l’animation erratique se fait d‘elle-même.

Pour enfoncer le clou encore un peu plus, en plus de pêcher d’une manière inintéressante, on pratique cette pêche sur un linéaire très court. La situation était quasiment surréaliste. Des centaines de kilomètres de berges s’offrent à nous entre les bras principaux, les by-pass, les criques, les petites reculées… et pourtant nous ponçons 20 fois au cours de la journée les mêmes 500 m de berge. Et le surréalisme ne s’arrête pas là car les autres bateaux vont aussi poncer ce même linéaire. Là franchement, on se fout de ma gueule. Mais bon, nous rions jaune avec mon compagnon d’infortune qui réussit la performance de se snagger et de récupérer un leurre tanké dans un obstacle perdu par un bateau d’australiens. On nous dit que l’objectif, c’est de nous faire prendre du poisson et qu’ils nous mettent dans les meilleures conditions possibles pour faire ça. Ça signifierait donc que les poissons de tous les environs sont concentrés sur une zone microscopique à l’échelle de l’estuaire. J’ai du mal à accepter ça.

Je parlerai des autres membres du groupe plus loin mais eux aussi ont l’air d’halluciner. Je discute un peu avec eux pour savoir si c’est autant la merde la pêche en estuaire chez eux et ils m’indiquent que non, qu’ils trainent un peu pour trouver le poisson et qu’ensuite ils pêchent au lancer et qu’ils prennent aussi pas mal de petits. C’est vrai ça, où sont les juvéniles ? Tous les barramundis qui ont été pris étaient déjà des adultes, pourtant aucun jeune ne se fait prendre… je ne trouve pas ça cohérent.

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b/ Les conditions de pêche

Elles étaient mauvaises. Je dirais sincèrement que, depuis le temps, j’ai l’habitude. Elles sont toujours mauvaises. Trop haute, trop basse, trop froide, trop mouillée… l’eau n’est jamais comme il faut.

En ayant lu le report du trip précédent sur cette destination, quelques semaines auparavant, j’avais déjà fait une croix sur des bonnes conditions et une eau claire. On est arrivé sur une rivière en crue, crachant des débris, des eaux très turbides et froides. Sur des espèces d’eau chaude +/- marines (donc habituées à des eaux claires), c’était le coup de grâce. Mais bon, on a aussi pêché dans une autre rivière dite “popo” qui ne crachait pas d’eau brune et pour autant on a aussi fait de la merde.

Concernant les conditions de pêche, je ne peux blâmer qui que ce soit. Disons que je pourrais blâmer l’Humanité pour son influence sur le climat. Je rappelle que la période de l’été que nous connaissons en France correspond à la saison sèche en PNG. Or, il a plu tout le temps. Pas de saison sèche. L’année dernière, il y a eu une sécheresse intense et cette année, il a plu deux fois trop. Changement climatique évident. C’est dans ces contrées reculées qu’il est le plus détectable, avant qu’il ne le devienne chez nous.

Les deux semaines avant le départ, les images radar des services météo australiens montraient des tâches bleues inquiétantes sur les montagnes du centre de la PNG. Je m’attendais donc à tout ça et je n’ai pas été détrompé en arrivant. Ce qui me met en rogne, c’est à nouveau le manque de transparence des organisateurs. Je vais y venir dans le prochain paragraphe.

Les conditions ne se sont donc pas améliorées durant la semaine puisqu’il a plu tous les jours sur l’amont et qu’on a même eu une après-midi pluvieuse sur l’estuaire. En discutant avec les locaux et notamment le chef du village (la PNG est une ancienne colonie anglaise et tout le monde parle anglais ce qui facilite grandement les échanges), j’apprends qu’il n’a jamais vu ça. Normalement les sociétés australiennes qui exploitent le sous-sol de la PNG (or, cuivre…) cessent leurs activités pendant la saison sèche car les débits sont trop faibles pour leurs besoins en eau (pour extraire et pour le processus de nettoyage etc…). Et bien cette année, pour la première fois, ils ont pu continuer l’extraction pendant cette saison sèche… qui ne l’a pas été.

Nos collègues australiens galèrent aussi fortement et prennent un peu plus de poisson que nous mais rien d’extraordinaire.

Moment de grâce sur une plage pour le repas de midi, alors que Peter dit « Curly » nous rejoint et offre ces premiers mots emplis de vérité et éclairés par la lumière divine : « Fishing is shit ! ». Voilà.

Finalement, en 5.5 jours de pêche, j’ai pris deux poissons. Un barramundi énorme et un mangrove jack. Mon compagnon d’infortune en a pris huit (barramundi, mangove jack, finger mark et grouper), aucun poisson de taille notable.

Autre intervention , d’un guide cette fois, confirmant la pauvreté de la pêche, alors que mon compagnon de galère lui propose de prendre une canne pour trainer à trois et qu’il décline en répondant « There is no fish here ». Eclats de rire (jaune, cela va sans dire) dans le bateau.

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c/ La transparence de l’organisation

Par où commencer ? Par le début j’imagine.

Au moment de la mise au point de ce trip, de nombreux échanges d’e-mails ont eu lieu bien entendu et la nature même de la pêche a été discutée. Au cas où certains lecteurs me prendraient pour un abruti, je précise bien que j’ai demandé comment se pratiquait la pêche et on m’a assuré qu’elle se faisait à la traine pour « trouver le poisson » avant de passer au lancer. Même lors des quelques jours que nous avons passé à Port Moresby avant d’aller sur site, en discutant avec les guides, on nous disait que ce serait bien de tester au leurre souple, que ça serait sans doute l’avenir de la pêche du papuan bass… Savaient-ils déjà qu’on allait trainer du Halco 9h par jour ? Difficile d’analyser objectivement entre ce qui a été dit et ce que je ressens après coup car j’ai un peu la rage.

Ensuite, toujours lors de ces quelques jours préparatoires, lors de nos discussions, on m’indique qu’on va prendre de 20 à 40 papuan bass pendant le séjour, par personne. J’indique que ça me semble beaucoup et que je ne m’attendais pas à autant. Pourtant le chiffre m’est confirmé. Est-ce un chiffre lancé en l’air comme ça ? Sur quoi se base ce jeune Singapourien pour me vendre du rêve ?

Lors du trajet sur le site de pêche, qu’on a vu annoncé à 300 km de la capitale mais que nous estimons à 150-200 au plus, nous traversons quelques ponts et il est alors l’occasion de voir la couleur de l’eau qui descend des montagnes. Premiers mots à mon compagnon d’infortune : couleur de merde, c’est une crue. L’ami de Singapour, quant à lui, semble satisfait et nous annonce de bonnes conditions… Là franchement, c’est le déclic. Je n’y connais rien du tout à la pêche du papuan bass à ce moment-là mais quand je vois la couleur de l’eau et les conséquences logique que ceci aura sur l’activité d’une espèce d’eau chaude et d’estuaire, je suis plus que sceptique.

Sur place, on nous parle de ces fameux 70/30 (traine/lancer), ratio que nous souhaitions tordre plutôt vers du 30/70 quitte à réduire le nombre de prises. Réduire le nombre de prise n’est absolument pas un problème lorsque la plaisir augmente. Réduire le nombre de prises n’est pas possible quand on ne prend presque rien… La froideur des mathématiques nous douche.

Les guides ne sont pas méchants et même plutôt sympas. Mais on nous avait parlé de guides expérimentés. Pour au moins un d’eux, ce n’était pas le cas, il guidait pour la 2e fois de sa vie. On se retrouve d’ailleurs avec lui à trainer dans des obstacles sans décroche-leurre, ni boga, ni pince… le tout oublié on ne sait où. Il choisit le moins bon moment pour prendre un passage étroit afin de rejoindre un autre estuaire, la marée basse, alors qu’on aurait pu passer 2h plus tôt sans que ça ne coince. Résultat, il saute dans le marigot et nous fait passer à la force des bras en jouant l’apéritif à crocodile.

Ensuite, en ce qui concerne le professionnalisme, je suis sceptique. Oui, ils savent faire 50 fois par jour la même dérive qui longe la berge. Point. Parfois la vitesse n’est pas bonne, parfois ils devraient intervenir sur notre façon de pêcher quand on fait de la merde, parfois ils devraient arrêter de penser que, parceque la dernière fois il y a eu des prises sur un leurre fire-tiger, il faut toujours pêcher avec ce leurre. On avait pourtant signalé dès le début qu’on était débutants dans cette pêche mais le message n’est pas passé. Peut-être ont-ils peur de contrarier le blanc fortuné ? Dommage.

Concernant le matériel, on nous avait dit que tout était neuf et régulièrement remplacé (2 ans). D’après les Australiens, les bateaux avaient une dizaine d’années. Les moteurs, visiblement, n’étaient pas de moins de deux ans.

Que la liste est longue… j’ai presque envie de ne plus en jeter. Mais il faut quand même que tout ça se sache. Passons au point suivant, qui me tient particulièrement à cœur.

D’une manière générale, dans les pêches que je pratique en métropole, j’apprécie la virginité. Virginité des lieux, virginité des pratiques, virginité des prises… ce besoin d’avoir la sensation d’être « le premier » ou « le seul » m’a finalement totalement détourné de la pêche au leurre ici. Mode, surpression, surpopulation, surmarketing… n’en jetez plus. C’est pour ça aussi (pas uniquement) que je pars régulièrement à l’autre bout du monde pour pêcher. Et quand je pars, j’attends impérativement de pêcher dans une sensation de virginité. C’est ce qu’on m’a vendu. Mais franchement, je me suis rendu compte sur place que ce n’était pas ce que j’avais acheté. Comment jugez-vous le fait de voir des cordeaux posés sur votre (court) linéaire de traine ? Ça pique. Comment jugez-vous le fait de voir des filets presque tous les jours bloquant totalement de petites criques probablement refuges pour les juvéniles ?

Bien entendu, j’évoque le sujet avec les organisateurs. Comme toujours, tout va bien. Les locaux prennent un poisson ou deux et c’est bon, pas de pression. Ouais, sauf que. Sauf qu’un matin on accoste un gars en train de vider trois papuan bass de 10 kg pêchés la nuit. Trois par nuit, combien de nuits dans la semaine ? Combien de gars comme lui ? Je n’ai pas la même analyse que les organisateurs, surtout quand mon guide est obligé de slalomer pour me faire éviter les cordeaux quand je traine.

J’en arrive au coup de grâce, à l’estocade, alors que nous sommes sur le retour vers la mère patrie et que mon binôme feuillette les réseaux sociaux et me soumet le compte-rendu rédigé par l’organisation au sujet de notre trip. « Dix barramundis métrés pris en 1.5 jours ». Ha ha ha. Escroquerie. Heureusement que j’ai insisté (par trois fois) pour qu’ils n’utilisent pas mon image à des fins commerciales. Ils auraient sinon utilisé le spécimen du séjour pour vendre leur rêve.

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d/ Le groupe

La sensation principale que j’ai eu au contact des Australiens me rappelle un peu la sensation que j’ai eu au Japon. Il y a une espèce de mentalité « d’insulaire». Au-delà de l’océan, c’est le vide. Si tu vas trop loin, tu tombes, la Terre étant plate, c’est bien connu. Je ne vais pas généraliser mais globalement cette mentalité s’est bien appliquée aux membres de notre groupe en grande majorité.

Les gens étaient inintéressants, ne connaissant rien d’autre que ce qui se passe sur leur île et aussi désintéressés, totalement ignares dans la pêche dès que ça ne concerne plus le barramundi avec des leurres Halco. Je dirais qu’un Français qui pêche un peu connaît ce qui se pêche en Australie. Un Australien qui pêche n’a aucune idée de ce qui se pêche en France, tout comme en Afrique ou en Amérique. Et il s’en tape. C’est au-delà de l’océan donc ça ne les concerne pas. Dès les premiers contacts, je viens voir leurs boites pour discuter leurres Halco. Eux n’ont strictement rien à foutre des nôtres.

Pour leur défense, je pense que j’ai raté mon intégration, je dois l’admettre. Pour eux, le Graal, c’est de prendre un bass et un barramundi métré. Le soir du premier jour alors qu’on se rapporte les uns les autres nos prises, tout le monde semble sidéré et admiratif par ma prise, la qualifiant de « prise d’une vie ». On me demande si le poisson a fait des sauts : non. On me demande si le poisson s’est bien battu : non. On me demande si c’est mon plus gros poisson d’eau douce : non. Là je crois que je suis passé pour un blasé.

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e/ Le reste

La jungle semble très pauvre, rien à voir avec le Brésil. Aucun animal sur les berges sauf deux ou trois crocodiles. On voit de temps en temps une aigrette ou un cacatoès mais rien de transcendant. Il y a biensûr l’araignée de malade dans la douche, un peu le même aspect que celle de chez nous, dans les caves mais scaled up by 3. J’ai changé de douche.

Le barramundi, pourtant un poisson de mer, se défend très peu, même les spécimens de grandes tailles.

La rivière semble morte. Aucune chasse en 6 jours sur l’eau. Quelques mini bancs de mulets et deux ou trois crevettes, c’est tout. Est-ce normal ? Est-ce que les locaux ratissent tout ?

L’hygiène du lodge est discutable. Pour avoir fait l’Amérique du Sud et l’Afrique dans les mêmes conditions d’éloignement, ce lodge était le moins clean. On pourrait discuter de la vaisselle, des repas et des sandwiches emportés dans les glacières également. Je suis revenu avec une tourista, la première de ma vie.

Le trajet est interminable. La compagnie locale (Air Niugini) est peu digne de confiance. Il y a des retards et des annulations régulièrement. On a subi trois heures de retard au décollage entrainant des correspondances ratées et au final environ 6 heures de retard à l’arrivée à Paris.

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f/ Et le positif dans tout ça ?

Faut bien chercher. Je n’en trouve pas beaucoup.

Déjà, mon binôme et moi ne nous sommes pas tapés sur la figure, ce qui est positif. Rapidement, nous avons ri jaune de notre situation même si l’impact financier de ce fiasco n’a pas le même retentissement pour l’un et pour l’autre.

Les petits déjeuners anglais (ancienne colonie britannique oblige) étaient appréciables et copieux.

La prise d’un poisson record, le plus gros de l’année, qui m’a offert 30 minutes sur un nuage avant de redescendre sans trouver la commande du parachute.

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g/ Conclusion

Tout a été dit.

Je n’y retournerai pas et je déconseillerai à tous ceux qui me poseront la question.