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Retour gagnant en Ouganda 2019

Refaire un trip une deuxième fois, ça se réfléchit. Bien sûr, il y a ceux qui partent tous les ans au même endroit. Si c’est ce qu’ils apprécient, je n’ai aucun problème avec ça. Mais quand on apprécie la variété, quand on cultive l’éclectisme, quand on fait le grand écart sans vergogne entre la tanche et le peacock bass, alors refaire un trip signifie aussi quelque part “perdre” du temps, tant il y a à faire et à voir. Variety is the spice of life. Pourtant, celui-là je vais bien le faire une deuxième fois, tel en avais-je décidé à peine rentré en 2017.

1/ Pourquoi y retourner ?

Il y a deux raisons à ça. La principale, sans surprise, c’est le plaisir que j’ai pris à pêcher parmi la faune de grands mammifères qui borde les berges du Nil. J’y suis bien plus sensible qu’aux bestioles d’Amérique du Sud. C’est beau, ça semble immuable. Tout à l’air bien équilibré et à sa place. Dommage qu’il y ait eu l’Humain, un jour. Le site de pêche, en Ouganda, est fabuleux et vaut un coup d’œil voir deux. N’oublions pas que tout ça va disparaitre dans les quelques décennies à venir. Je patiente encore un peu mais ma fille de 6 ans va vite venir dans une valise de son papa pour voir tout ça tant qu’il est encore temps.

La seconde raison est le sentiment d’insatisfaction sur ma pêche d’il y a deux ans. J’ai vraiment fait mal les choses sur de nombreux points : taille du groupe, alternance bateau / bord, organisation des journées, choix du guidage… Alors pour 2019, j’ai revu ça en profondeur et je garde uniquement ce qui a fonctionné : le lodge et le matériel.

Concernant la taille du groupe, je l’ai réduite à 2 : Franck m’accompagnera. Idéalement, c’est un trip à faire en solo. Le nombre de poissons à prendre n’est pas infini. A deux, on se coupe la poire en deux, à trois c’est 33% par personne en moyenne. Les prises se partagent, elles ne s’additionnent pas. Que celui qui s’intéresse de plus près à ce trip prenne bien en compte que le rendu de certains reports peut être trompeur, en termes de nombre de prises. C’est à analyser en regard du nombre de pêcheurs. Ça change bien souvent tout.

Mais un trip, quel qu’il soit, tout seul, c’est dommage quand même. Franck est quelqu’un qui, de plus, est bien plus expérimenté que moi, ce qui permettra de progresser. On se connait depuis quelques années et on a pêché en France et à l’étranger plusieurs fois ensemble et je sais qu’on ne va pas se taper sur la figure si un gars prend plus de poisson que l’autre. En l’occurrence, je m’attends à ce qu’il en prenne plus que moi.

Concernant l’alternance bateau / bord, là j’ai corrigé en profondeur : que du bateau tous les jours, bateau qui viendra nous chercher en fin de matinée au pied des chutes Murchison. Donc le programme est une pêche du bord à l’aube puis, de la fin de matinée jusqu’au soir, en bateau. Il faut savoir que parfois les perches sont juste sous les chutes (pas de bateau là) mais parfois elles sont plus bas et donc si on est bloqué sur les seuls quelques postes accessibles du bord, au pied des chutes, c’est plutôt compliqué de toucher du poisson. Le lodge choisi étant celui le plus proche des chutes, on sera en action de pêche à 7h00 maxi. Si on choisit d’aller au bateau et que celui-ci nous remonte aux chutes, c’est action de pêche à 9h00, pas avant. Donc on va gagner beaucoup de temps par ce principe. En 2017, on a perdu énormément de temps à cause de ça et les résultats en ont pâti. En plus, le guide était mal organisé et faisait des allers-retours dans tous les sens au lieu de nous faire poncer méthodiquement. Et tout ça, c’est sans compter sur tous les arrêts et détours pour voir la faune ! En fait, on a pêché 5 heures par jour au final… les bons jours. Tout ça sera aussi corrigé. Je vais surtout pêcher. Les animaux, ce sera les jours dédiés safaris.

2/ Le programme en résumé

J’ai prévu 7 jours de pêche avec bateau chaque jour. Franck, quant à lui, aura 6 jours de pêche et une journée de safari.

On ira à pied, à l’aube, au pied des chutes pour pêcher du bord et le bateau viendra nous chercher vers 09h00 pour pêcher les pools en aval par la suite.

J’ai choisi le même lodge que l’année dernière, dont les prestations sont très bonnes : Sambiya River Lodge. C’est le lodge le plus proche des chutes donc ça optimise le temps de trajet.

3/ Le budget

Premier acompte : 2372 € avec frais bancaires

Décompte : 1629 € avec frais bancaires

Visa : 48 € avec frais bancaires

Vol Bruxelles – Entebbe : 639 €

Hôtel et parking Bruxelles : 36 €

Malarone : 9 €

Argent de poche et pourboire : 200 €

4/ Le matériel, en résumé

Par rapport à la fois précédente, j’ai largement moins de matériel :

  • Un ensemble 10-40g avec moulinet 3000S pour les vifs (au flotteur)
  • Un ensemble 50 lbs avec un moulinet 10000
  • Une canne 80 lbs, en réserve
  • Un moulinet 8000, en réserve
  • Un ensemble 150-300g avec un gros moulin, pour le posé

La pêche au leurre se fera en tresse 4 brins 80 lbs, leader en nylon 200 lbs (170°° mais un fluoro 120°° va bien aussi), nœud FG, émerillon baril 100 lbs, anneau brisé 200 lbs pour raccorder le leurre à l’aide d’une pince à anneaux brisés.

Les leurres sont de deux types :

  • Poissons nageurs à bavettes type Rapala SSR, Effzett Highback, Storm Doombell, Storm Deep Thunder, Rapala Floating Magnum, Sébile Koolie Minnow… coloris blancs ou flashy         
  • Shads type Shad GT, Giant Ripple, Kopyto Relax, Skeleton… coloris blancs ou flashy

Pour les leurres durs, l’armement est en ST 66, anneaux brisés 120 lbs.

Pour les leurres souples, les têtes plombées sont articulées (ressort à visser) en 30 à 90g, le leurre n’est armé que d’un seul triple ST 66 sur le dos, relié par un court stinger en acier 49 brins 90 lbs.

En plus, j’avais prévu de la grosse cuiller, du lipless, du grub etc… ce n’est qu’anecdotique.

Pour le posé, on peut opter pour de l’hameçon simple cercle ou un tandem simple / triple. La plombée est légère, les locaux sont presque en « freeline » avec 20g de plomb, permettant à l’esche de se poser naturellement avec le courant. Moi j’avais 80 – 100g.

Pour la pêche au flotteur, un montage type silure en dérive va très bien avec un flotteur de +/- 200g. On peut aussi utiliser la méthode des locaux, au ballon de baudruche.

5/ Le séjour

Photos de moi-même et de Franck.

Ça part mal.

On apprend à notre arrivée que la première journée de pêche correspond avec une compétition de pêche à la perche du Nil. Voilà qui est fâcheux. Pour nous, c’est déjà claire que la première journée va être barrée avec beaucoup trop de bateaux sur l’eau.

C’est quand même dingue ce manque de bol. Une compétition sur le site de pêche, le jour où on y est… quelle est la probabilité que ça arrive ? 1 sur 100 ?

En prime, ça laisse penser qu’il y aura une forte pression qui va sans doute grever la pêche les jours suivants. Enfin, ça laisse aussi penser que ces perches sont LARGEMENT plus pêchées qu’on ne le pense. On est loin de la virginité.

Jour 1

On débute, comme prévu, du bord, à l’aube. Déjà, on manque de peu de mourir : on croise un hippopotame à terre, tout en haut des chutes. Jamais ne n’aurais pensé qu’ils pouvaient monter tout en haut. Heureusement, la bête se barre. Elle était à 15 mètres, franchement, j’ai pris un coup d’adrénaline, surpris de la voir sur le côté alors qu’on monte les marches en regardant nos chaussures.

Un petit schéma vaut mieux qu’un long discours

On commence notre pêche au leurre dur sur Baker’s point sans succès, puis on crapahute un peu pour atteindre un point entre Baker’s point et Devil’s cauldron. Là, j’ai ma première touche et mon premier poisson. C’est une perche qu’on prend le temps de peser. Elle fait 24 kg, ce qui m’indique que celle de l’année dernière qu’on m’avait annoncée à 22 kg était LARGEMENT surestimée, elle devait faire bien moins de 20 kg. Ça indique également que tous les poids qu’on lit et qu’on voit ici et là sur Internet ou dans des revues, résultant de l’estimation des guides, sont largement surestimés.

Première journée et déjà mieux que le trip précédent : 24 kg

Elle a été prise sur un Effzett Highback 15 cm Firetiger. C’est le leurre que j’ai annoncé la veille à Franck comme étant, selon moi, le leurre du séjour.

Avoir pesé ce premier poisson permet d’ajuster la mire dans les estimations pour les prises suivantes, sans nécessairement les peser.

On continue de pêcher cette petite zone mais sans succès et on retourne donc à Baker’s point pour faire les deux pointes suivantes.

Sur Baker’s point, je touche, sur le même leurre, un poisson plus gros, que je ne parviens pas à contrôler. Il longe la barre rocheuse et malgré mes manœuvres, la tresse finit par toucher les rochers et c’est la casse. Voilà, le leurre du séjour est déjà dans le Nil, au bout d’une heure de pêche.

Finalement, la pêche du bord, c’est vite bouclé. Une fois que tous les spots sont poncés, il est inutile d’insister. Il est préférable d’arrêter, pêcher en bateau si c’est prévu, et de revenir sur le poste quelques heures plus tard pour voir si de nouveaux individus sont venus se poster.

Le bateau arrive vers 09h00, comme tous les jours suivants, et on embarque pour pêcher les pools en aval.

Les bateaux ont été changés par rapport à l’année dernière. Maintenant, ce sont des 60 CV et ça change tout. On perd bien moins de temps dans les déplacements.

On pêche les pools non accessibles à pied sans rien de notable et on passe alors au posé, au vif et au morceau de poisson. On enregistre quelques départs mais pas de poisson. Le problème majeur est que peu de pools sont dispos à cause de la compétition. Il doit bien y avoir une douzaine de bateaux sur le secteur. Déjà la compétition, ça me sort par tous les trous ici en France, alors si je me tape ça pendant un trip… c’est l’estocade. Dégouté.

En prime, franchement, on s’ennuie. Le posé, lors d’un trip, sans trop de touches, c’est chiant.

On passe alors à de la pêche au flotteur, pour les awakas, au maïs. On en prend quelques uns. Franck prend même un petit poisson-tigre en eschant avec une teigne artificielle au lieu du maïs.

Mauvaise nouvelle suivante : on apprend que la compétition durera trois jours. Là, ça fait mal. On va faire de la merde encore deux jours et après, rien ne dit que la pêche sera aussi bonne qu’elle ne devrait l’être.

Le lodge n’était pas au courant de la date de cette compétition, je crois en leur sincérité. Par contre, Wild Frontiers, qui organise la pêche en bateau (et aussi la compétition), aurait pu le signaler à l’avance. Je suis déçu par ce manque de transparence.

Du coup, Franck qui a prévu un safari au jour 4 décide de l’avancer au jour 3 pour éviter un jour de pêche pendant la compétition.

Les copains omniprésents
Jour 2

A nouveau, on manque de mourir de peu, on croise l’hippopotame à terre, en haut des chutes, dans le même secteur mais d’un peu plus loin cette fois (30 m).

Franck, qui a plutôt le moral dans les chaussettes en ce début de trip, rate son premier poisson lorsque le guide le soulève et le laisse retomber. C’était un poisson d’environ 10 kg sur Baker’s point.

Ensuite, on décide de faire la descente de la mort jusqu’à Devil’s cauldron. Nos efforts ne sont pas récompensés, je rate juste un poisson à la touche, rien d’autre. On retourne sur les trois ou quatre pointes pêchables, sans succès. Avant de partir en bateau, je prends quand même un petit poisson au Doombell sur Baker’s point : environ 2-3 kg.

Un selfy bien pourri. Un selfy quoi.

On passe ensuite sur tous les pools en aval au leurre sans succès. On switch au posé et Franck fait un chat sur le matériel du guide. Cette espèce, le Semutundu, se défend très mal. Ça vient comme une serpillière, même les gros sujets.

Un peu plus tard, je frôle la mort pour la troisième fois (Jeremy Wade et Cyril Chauquet, attention j’arrive !). On pêche du bord sur une petite plage non accessible à pied. La plage est en pente douce sur 3 ou 4 mètres puis il y a une belle cassure. Le guide se balade les pieds dans l’eau, je ponce la zone au Doombell puis je décide de passer sur un gros Flattshad pour aller plus creux. Au deuxième lancer, j’enregistre un gros arrêt juste à la cassure devant moi. Ça ne bouge pas, je force un peu, et là, gros remous, grosse explosion et grosse gerbe d’eau puis départ style tronc d’arbre dans rivière en crue. J’identifie rapidement que je n’ai pas touché un poisson là, mais un crocodile. La bobine se vide, branlebas de combat pour remonter sur le bateau, se positionner au-dessus du croco qui s’est arrêté au milieu de nulle part, dans le lit du fleuve. L’idée est de réduire la longueur de ligne hors du moulin pour limiter la perte car il n’y a pas d’autre alternative, à part le décrochage, que la casse. On se place donc au-dessus de l’animal mais il prend peur à cause du moteur et repart, on le suit un peu et heureusement, la ligne finit par casser.

Voilà pour le coup d’adrénaline du jour.

Le crocodile du Nil est bien plus agressif que le caïman d’Amérique du Sud qui se laisse presque capturer sans broncher comme on a pu le faire sur le Rio Trombetas en 2015. Franchement, je préfère que ça casse plutôt qu’être emmerdé, dans le bouillon, avec une bête d’une demie-tonne pendue.

Ça me rappelle une histoire que Bosco, notre guide de l’année dernière nous avait racontée. Un de ses clients avait piqué un hippopotame qui était ensuite sorti de l’eau. Le gars s’était fait spooler, à terre. Sacrée histoire.

A la tienne p’tit gars
Jour 3

Aujourd’hui, je suis seul. On ne croise pas l’ami hippopotame. On ne le recroisera d’ailleurs plus de la semaine.

Comme toujours, je débute à Baker’s point, sans succès, puis je remonte entre Baker’s point et Devil’s cauldron. Là, je touche un poisson d’environ 20 kg mais suite à une mauvaise manœuvre de ma part, je glisse et je casse alors que la tresse touche les rochers et que le poisson redémarre. Je perds un Doombell. Ensuite, sur le même poste, je parviens à prendre un poisson bien plus petit au Shad GT 18 cm, environ 5 kg.

Une petite au Shad GT

Il est alors temps de faire les pools en aval depuis le bateau. Je choisis de tout faire au leurre souple essentiellement.

Sur un des derniers pools des gorges, je touche le big one sur un Giant Ripple blanc. Lambert, le guide, me sauve alors que le poisson fait le tour du bateau (le bateau tourne en plus sur lui-même dans ces pools turbulents) et que la ligne arrive dans le moteur. Il pousse la ligne hors de danger pendant le rush du poisson. C’est très lourd, ça reste au fond, mais au pompage, ça monte en surface pour un premier saut très impressionnant, gueule grande ouverte, à 2 mètres du bateau. “What! Fuck me!“. Ça c’est ce que Lambert dit en voyant le poisson. Ensuite, ça replonge mais ça remonte assez vite finalement, en forçant un peu. Lambert se saisit de la bête. Immédiatement, je lui dis “That’s more than 50 kg this one, no?”. “50? I’d say 70 to 80” me répond-il.

Et voilà le coup de chance du trip. Un poisson qu’on mesure (mal) à 177 cm de long et 118 cm de tour de taille. D’après les abaques, ça fait 74 kg. C’est un très gros poisson, surtout pour une prise au leurre.

Le trophée du séjour : 177 cm, 74 kg

Indépendamment de l’estimation du poids qui, selon moi, est bien approximative et surtout surestimée vue la méthode de mesure, c’est véritablement un poisson trophée, quelle que soit la surestimation. C’est un poisson de plus de 1.70 m de long, ça on ne peut pas l’enlever.

Je ne pense pas qu’il y ait eu énormément de poissons plus gros pris au leurre, hors traine, sur cette espèce.

Et je m’attribue alors sans doute le record du monde du doublé du genre Lates : Lates niloticus (perche du Nil) de 177 cm et Lates calcarifer (barramundi) de 132 cm. Je mériterais bien une casquette et deux pochettes de leurres souples.

Le poisson a énormément de mal à repartir. Lambert n’était pas inquiet de la durée du maintien hors d’eau du poisson, moi, un peu plus. Il nous aura finalement fallu plus de 30 minutes de réoxygénation avant que le poisson ne puisse rejoindre le fond par lui-même. Avant ça, il remontait tout le temps en surface, ventre en l’air. J’ai franchement cru qu’il allait mourir. Il est d’ailleurs peut-être mort, cartonné quelque part par un crocodile.

Après cette prise, je demande une longue pause à l’ombre, à siroter une bière en grignotant mon panier repas. La journée est faite, peu importe ce qui viendra. Le séjour est fait d’ailleurs. On ne va pas sous les chutes Murchison pour faire du score. On y va pour prendre un ou deux très beaux poissons et avec de la chance, un trophée.

On fait donc l’après-midi tranquillement au posé, avec, comme d’habitude, aucun succès.

Jour 4

Franck, remotivé par son safari très riche en espèces variées de la veille et par ma prise, a le moral qui remonte. En plus, la compétition est finie, il devrait donc y avoir plus de place.

Il fait sa première perche le matin, entre Baker’s point et Devil’s cauldron. C’est un poisson d’environ 8-10 kg. Il l’a pris au Rapala SSR Firetiger, leurre que je me suis forcé à ne pas utiliser, par principe, puisque c’est le leurre le plus utilisé sur le secteur, et de loin.

La première de Franck, dans le spot à bouillon

Ensuite, c’est le désert total tant au leurre qu’au posé. Le guide fait un petit chat. Pour ma part, seul fait notoire : un joli départ au posé dû à un hippopotame dans la ligne. Ah, j’y ai cru ! Mais non, toujours pas de touche au vif.

Pour moi, ce sera donc capot aujourd’hui. Je dois dire cependant que ça ne m’affecte pas trop, je suis en roue libre, refait complet la veille. L’ambiance est bonne dans le bateau, ça rigole, ça chambre. Les longues sessions au posé sont quand même assez lassantes vu le manque de touches.

On commence alors à rentrer plus tôt, pour profiter du lodge, d’une bière, de la piscine et de la vie qui s’écoule doucement, au rythme de l’Afrique. Dommage qu’en cette saison sèche, il y ait nettement moins de faune que lors de mon dernier séjour, aux environs du lodge.

Quelques brasses et une bière après une journée encore bien chaude

Certains compétiteurs sont restés un jour de plus, on n’est donc toujours pas seuls au monde sur le secteur. Ces poissons sont bien plus pêchés qu’on ne le pense.

Je profite ici de ce jour sans touche pour donner mon sentiment sur la défense du poisson. La perche du Nil fait une touche très violente, mais sincèrement, c’est tout. Dans le bouillon, c’est assez puissant, mais un ensemble en 50-60 lbs suffit à maitriser le sujet, un 80 lbs rend le jeu presque trop facile. Un poisson de 74 kg, pris plus bas hors bouillon mais dans un certain courant tout de même, se défend nettement moins bien que ce qu’on est en droit d’attendre d’un poisson d’eau chaude de cette taille. La défense est inférieure à celle d’un silure européen et largement inférieure aux poissons-chats d’Amérique du Sud selon Franck.

N’approchez plus où je vous explose
Jour 5

Notre programme est maintenant bien réglé, on fait tous les postes à pied jusqu’à 9h00 du matin puis on fait ceux en bateau et on termine par du posé. Éventuellement, on refait quelques lancers sur les postes accessibles du bord avant de remonter.

Ce jour 5, ça sent franchement le sapin car le matin on ne fait aucun poisson du bord malgré quelques touches.

Mais finalement, en bateau, plus en aval, Franck touche un poisson de 13-15 kg au Storm Ripshad 18 cm. Quant à moi, ce sera un poisson de +/- 12 kg au Shad GT 15 cm nacré dos rouge.

Pour Franck, ça grossit
Lambert, le guide bateau, sympa et plutôt bon

On reponce un peu tous les pools, motivés, mais sans succès.

On passe alors au vif et au mort… sans succès comme d’habitude.

La journée s’écoule et on pense que c’est terminé mais lors des quelques lancers qu’on fait sur Baker’s point avant de rentrer, Franck touche sur un secteur improbable (en amont de la pointe, dans un jus pas possible) un très beau poisson au Shad GT blanc et noir 22 cm. Comme indiqué un peu plus haut, l’ensemble 80 lbs permet de brider le poisson qui ne parvient même pas à prendre le courant pour dévaler. Sortir le poisson de l’eau est une vraie galère par contre et on pense à un moment que ça ne va pas le faire et qu’on va le perdre. Mais Jean-Michel, le porteur d’eau, risque sa vie et parvient à s’en saisir.

C’est un poisson, après mesures, estimé dans les abaques à 40 kg, ce qui fait partie de la catégorie des grosses, surtout au leurre. Voilà Franck refait après un début de séjour moribond.

Lambert, Franck et Jean-Michel, notre porteur
Jour 6

Au leurre, Franck décroche deux poissons (+/- 10 kg et +/- 2 kg) le matin. Pour ma part, je ne touche pas une bille. La matinée se poursuit sans succès pour lui comme pour moi.

Le leurre qui aura pris le trophée avant de finir, lui aussi, dans le Nil

Arrive la redoutée session au posé et je décide d’abandonner le vif pour passer au morceau de poisson car je n’ai toujours pas pris de chat et je n’en avais pas pris l’année dernière.

Bien m’en prend car je vais être refait une deuxième fois.

Suite à un départ long, rapide et violent, que je pense être d’une perche, je ferre dans un sac de ciment, ce qui m’indique que c’est un chat. Au pompage, j’amène le bateau à la bête qui finit par se décoller et venir facilement au gant. C’est bien plus gros que ce qu’on a touché jusqu’ici : 22 kg, le plus gros de la saison pour l’instant.

Deuxième coup de bol pour bibi : le plus gros de la saison, 22 kg

J’ai utilisé la tête de l’awaka qui m’a servi d’appât, bien meilleure que la queue, évidemment. Vu la vitesse du départ, j’ai ferré assez vite. Sinon, le guide nous demande d’attendre plusieurs minutes avant de ferrer… un peu comme le brochet au vif en fait, il faut fumer une cigarette.

Jour 7

Ça se termine tranquillement, on rate du poisson le matin du bord, ce qui n’engage rien de bon encore une fois. On ne fait rien en bateau au leurre sauf Franck qui prend un poisson étrange, un cornouiller, que même le guide ne connait pas. Cette espèce n’est d’ailleurs pas listée dans les espèces principales de la zone. On dirait un peu un poisson éléphant.

Le poisson-teub. Piqué près de la bouche, on ne saura jamais si c’est du raccroc ou non.

On fait quand même une bonne heure et demie au flotteur à Baker’s point, au vif, à deux, sans rien à signaler.

Le drop-shot en 5g, on oublie

Par la suite, j’ai enfin un départ au vif au posé, plus bas en aval, le premier de la semaine, mais ce n’est qu’un chat de 10 kg. Franck en fait un également.

On abrège, il est l’heure de rentrer, on a des valises à faire, notre pêche est faite depuis quelques jours de toute façon.

6/ Bilan

Séjour réussi. Ça se joue à peu de chose, comme souvent dans ces trips où le but est de prendre un beau poisson et non une variété et une quantité de poissons intermédiaires.

Comme lors de mon précédent voyage, les prestations du lodge sont toujours excellentes. Le service est bon, ponctuel et bien organisé. Les repas sont copieux et variés, les gens sont gentils et attentionnés. Les chambres sont bien équipées, la partie bar, restaurant et piscine est bien agréable.

Les prestations de guidage sont bonnes. Seul couac, cette satanée compétition.

La pêche est limitée finalement dans l’espace et je recommande de ne jamais faire ce trip à plus de deux. Les prises se partagent, elles ne s’additionnent pas. L’idéal est d’y aller seul, si le plus important est le résultat halieutique, pour toucher tous les poissons touchables. Sinon, c’est quand même un peu dommage, à deux on se marre mieux.

La défense du poisson-chat semutundu est exécrable. La défense de la perche du Nil est clairement en-dessous de ce qu’on pourrait attendre d’un poisson de cette taille, à l’image de son cousin le barramundi. La pêche des vifs est difficile et se fait tôt le matin. Le guide s’en charge en montant aux chutes, c’est pratique.

La faune est ahurissante de beauté. Je suis déçu par moi-même d’avoir été rapidement blasé de voir des troupeaux d’éléphants ou des groupes de singes. On devrait plus chérir ces moments, tout ça va disparaitre, ne tardons pas à emmener nos enfants voir toutes les beautés de l’Afrique.

Le martin-pêcheur local, qui semble bien souvent être capot

Autre déception : la petite route dans le bush menant au lodge est en cours de remplacement par une 2×2 voies qui aboutira à un pont au-dessus du Nil (actuellement c’est un bac) pour permettre d’atteindre le champ pétrolifère en plein milieu de la réserve. Les chinois se chargent de ça. Il y aura un pipeline sous le Nil ensuite. J’imagine qu’à la première fuite, tout va crever. Et je ne crois pas que les éléphants et autres léopards vont apprécier cette verrue dans leur déjà bien réduite zone de vie.

Concernant la pêche, aucune perche n’a été prise au vif. On n’a eu qu’une seule prise au vif, un chat. Concernant les leurres, les leurres durs fonctionnent bien sur les secteurs à fort bouillon mais les leurres souples fonctionnent partout. Je n’ai eu aucune touche au grub, seulement au shad, toujours dans des coloris bien visibles (blanc ou flashy). Les têtes plombées sont à adapter aux pools selon le courant et la profondeur entre 30 et 100g. Les deux seuls poissons touchés au LS avec tête plombée classique (par Franck) ont été perdus sur décrochage. Je recommande fortement la tête plombée articulée et l’armature sur le dos. Les ST 66 ne bougent pas trop, les ST 56 ont parfois un peu souffert.

En ce qui concerne le nombre de prises, bien que cette fois nous étions en pleine haute saison, ça a été inférieur à une perche par jour et par pêcheur, ce qui est inférieur à mes attentes. Peut-être que la compétition a joué un mauvais rôle dans tout ça. Renseignez-vous auprès de Wild Frontiers sur les dates de cette satanée compétition annuelle avant d’y aller.

7/ Epilogue

Je ne retournerai pas à Murchison Falls. J’y suis allé pour faire mieux, c’est fait. Il y a beaucoup d’autres endroits ou prendre plein de poissons divers et variés et à raison d’un voyage par an, par manque de temps, la route est encore longue pour profiter de toutes les joies halieutiques de cette planète en perdition.

Quel avenir pour cette faune fantastique ?