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Saison hiver 2016 – 2017 : le chevesne

Le chevesne a une place de choix dans la liste des poissons pour lesquels j’ai une très grande estime. Je l’ai pêché très souvent, en toutes saisons, de différentes manières, mais depuis une petite dizaine d’année, je me focalise sur sa pêche en hiver et à la longue coulée.

J’ai dû écrire des dizaines d’articles sur ce sujet dans mon ancien blog. Je me souviens des années 2010 à 2012 durant lesquelles, pour une raison que je ne connais pas, les poissons étaient rassemblés en bancs allant jusqu’à une quinzaine d’individus sur des secteurs précis et restreints. Il était possible de les prendre tous, jusqu’au dernier, en ne faisant pas n’importe quoi. Les années suivantes, ces bancs ont éclatés, sans raison apparente, et il fallait alors faire beaucoup plus de marche pour les trouver et parvenir à en prendre une poignée. Les pêches légères, au flotteur étaient alors toutes indiquées.

Ce que j’apprécie chez ce poisson, c’est qu’il est tout le temps actif. Il n’y a pas de condition climatique ou saisonnière qui permettrait de dire “‘le chevesne ? non, pas aujourd’hui”. En fait, ce n’est pas tout à fait exact. J’ai toujours eu plus de mal avec cette espèce pendant les crues. Mais c’est bien là la seule exception.

J’apprécie également son grand éclectisme. Tout comme moi, il aime la diversité. Il y a une phrase qu’on lit souvent sur les blogs des auteurs d’Outre-Manche : “Variery is the spice of life”. Je suis tellement d’accord avec ça ! Pourtant, c’est vraiment l’inverse aujourd’hui dans la pêche en France. Tout le monde se surspécialise, principalement dans la pêche au leurre et les nombreuses sous-déclinaisons qu’elle offre. D’un côté, ça me plaît bien ce mouvement de foule vers le leurre. Les autres pêches sont alors plus faciles et les poissons plus vierges, ce qui est une des priorités dans mes pêches. D’un autre côté, je suis un peu attristé de ne pas pouvoir partager le plaisir que je prends dans “mes” pêches.

Pas grand monde ne comprendra bien le plaisir que j’ai pu prendre, par une froide soirée de janvier, l’année dernière, à épuiser un gardon de 740g en plein centre-ville sur une canne anglaise, faisant dériver, dans les eaux turbides de crue, un stick le long des roseaux. La plupart des gens ne verraient “qu’un gardon” voir même “qu’un vif”.

Gastronomie mise à part, je suis né du mauvais côté de la Manche, je crois. Un tel poisson reçoit bien plus d’égards là-bas qu’ici.

Mais je n’écris pas tout ceci pour me lamenter. Et d’ailleurs, il n’est pas sujet ici du gardon mais du chevesne. J’en étais resté à son éclectisme. A part les crues, et encore, il est prenable par tous les temps. Et il est prenable également par à peu près toutes les techniques de pêche.

En principe, c’est l’espèce que je privilégie en hiver, par eaux basses. C’est bien souvent la seule espèce susceptible de mordre en rivière, sauf pour les pêches dans les ports ou les marinas où les plateaux se feront une joie de remplir des bourriches de 30 kg à qui en demande.

J’ai pêché comme ça par le passé et j’ai apprécié. Actuellement, je suis vraiment plus orienté “rivière”, à longueur d’année, sauf pour la tanche. Chercher la tanche en rivière est un peu suicidaire. Donc en rivière, en hiver, hors crue, il n’y a pas grand chose à faire, surtout sur de courtes sessions, à part la pêche au leurre, ce que je ne pratique plus en métropole.

Le chevaine m’a donc tout logiquement offert une belle solution.

J’apprécie de le pêcher sur matériel relativement léger, sur des méthodes actives et avec des esches simples. J’apprécie les pêches simples. Simple ne signifie cependant pas nécessairement facile.

La solution que je privilégie est la pêche à la longue coulée mais à roder. Il est possible, à la belle saison, de construire son coup en agrainant des heures durant pour amener le poisson sur le poste. En hiver, ceci n’est pas productif. Le poisson est très peu mobile et aller à sa rencontre est largement plus productif qu’une pêche statique. Même si le pêcheur choisit une pêche au posé, au feeder par exemple, il est systématiquement plus productif de pêcher plusieurs postes dans la session que de rester bloqué sur le même pendant des heures.

Quand les températures sont vraiment très basses, voire négatives, il est possible qu’une esche statique sur le fond soit plus productive qu’une esche qui passe dans le courant. Cependant, à mes yeux, rien ne remplace l’excitation d’un flotteur qui tressaille avant de s’enfoncer dans les abysses. La pêche au flotteur reste indétrônable en terme de plaisir pour moi.

En principe, je recherche le chevesne dans la Seille. Il ne deviennent pas énormes mais la population est très correcte et la pêche en petite rivière possède une saveur que les grands fleuves ne peuvent offrir même si les poissons y atteignent des tailles plus conséquentes.

Cette année, j’ai débuté la pêche dans un nouveau tronçon de Seille, que je n’avais jamais pratiqué. Je pense que ce secteur est assez pêché en été mais en hiver, j’ai eu à chaque fois plusieurs kilomètres de berge pour moi seul. Quel pied ! Tout ça rien que pour moi ! J’apprécie de pêcher seul, seul avec mes pensées, seul avec mes réflexions visant à déjouer les pièges de Dame Nature.

J’ai eu du succès dès la 2e sortie, la 1e ayant eu lieu pendant une petite crue. Par la suite, à chaque fois, j’ai pu prendre plusieurs poissons qui vendaient chèrement leur peau sur matériel léger et qui ne manquaient pas une seule occasion de rejoindre un obstacle, surtout dans les pieds du pêcheur.

Selon les conditions de courant et de profondeur, j’utilise des sticks ou des loafers. Cette année, j’ai surtout utilisé un petit loafer de 3.6g qui permet de bien ralentir, si besoin, l’esche au cours de la dérive. En plus, son antenne trapue lui permet d’être visible plusieurs mètres en aval, y compris dans des conditions de lumière basse, en début de soirée.

La canne est une anglaise de 14 pieds typée “flotteur”. Le moulinet est un bon vieux 3000 de 2008 que je ne changerais pour rien au monde. Le nylon sera un +/- 5 lbs afin d’utiliser un bas de ligne en 3 ou 4 lbs. L’hameçon doit être suffisamment solide, en taille 16 ou 14 afin d’y mettre un beau morceau de pain.

En effet, le pain est vraiment l’esche par excellence. Je ne vois vraiment aucune autre plus efficace dans ces conditions. D’ailleurs, il y a de nombreuses conditions dans lesquelles elle est la reine. L’amorçage est, au choix, du pain pétri ou du pain mixé. Chacun a ses avantages. Le pain pétri est “gratuit” et ses morceaux plus volumineux dissuadent les plus petits poissons. Le pain mixé “colle” bien pour faire des boules et peut être utilisé dans un feeder également. Il est plus cher et peut attirer aussi les petits poissons gênants (ablettes, gardonneaux…). Par contre, vu qu’il est sec, il ne gèle pas dans le seau et ne flingue pas les mains quand il est manipulé par température vraiment basse.

Le pain à escher peut prendre deux formes : le pain Chaillou, classique des classiques et toujours aussi efficace et pratique ou alors le pain “américain” à pincer sur l’hameçon (attention, surtout ne pas faire une boulette !).

Je vous donne maintenant une des clés de cette pêche, ce qui fait vraiment la différence entre une pêche assez réussie et une pêche vraiment réussie, et cette clé est liée à la mobilité, dont je parlais plus tôt dans cet article. Il s’agit de l’amorçage préalable.

Il y a une différence flagrante entre les résultats obtenus sur un poste amorcé au moment de la pêche et un poste pêché 10-20 minutes après amorçage préalable. Je procède donc systématiquement à une amorçage d’environ 3 à 5 boulettes de pain sur les 3 ou 4 postes que je vais pêcher. Une fois que ces postes sont pêchés, je passe aux suivants et procède de la même manière.

Très fréquemment, j’enregistre une touche à la première coulée. Si je n’ai aucune activité en 10 minutes, soit 5 à 10 coulées, je change de poste. J’amorce en principe légèrement à mon aval et la pêche se fait franchement vers l’aval jusqu’à 10 ou 20m, dépendant de la puissance du courant et donc de la distance sur laquelle a été réparti l’amorçage.

Le réglage du niveau auquel évolue l’esche est assez évident, en cette saison, il faut rester sur le fond avec quelques centimètres de traine. Il arrive, très rarement, que le poisson décolle pour prendre l’esche au-dessus du fond mais il est préférable de ne pas partir sur cette hypothèse.

Une règle d’or à respecter pour prendre plus de poisson, est de relâcher les prises assez loin du poste. J’ai toujours remarqué un effet positif sur l’activité du banc qui n’est pas gêné par un poisson stressé. Notre connaissance du phénomène est faible mais, de toute évidence, un poisson relâché sur poste va communiquer son stress aux autres.

Une autre règle d’or, pour prendre plus de poisson également, est la patience dont il faut faire preuve. Il est très bon de laisser le poste tranquille pendant plusieurs minutes avant de faire une deuxième coulée. Pendant ce temps, on envoie une boulette de pain supplémentaire sur le poste, on prend éventuellement le poisson en photo, on marche un peu pour le relâcher 20m en amont etc…

En procédant de la sorte, si le premier poisson n’était pas seul, c’est une touche à la deuxième coulée. Et en procédant ainsi à chaque prise, on peut vider le banc alors qu’une pêche plus précipitée aurait, quant à elle, précipité la fuite du banc.

Pour le choix du poste, faites confiance à votre instinct. Inutile de chercher le poisson très loin du bord, il sera à vos pieds, probablement sous un buisson ou un arbre surplombant les flots, et ceci qu’il s’agisse d’une petite ou d’une grande rivière. En rivière canalisée, je n’ai pas d’expérience, mais cette règle est probablement valable bien que les postes soient moins végétaux.

Au rayon des surprises, j’ai déjà pris de la sorte des carpes, dont mon record perso à 10.8 kg. Sur un 12°°, je considère ça comme un beau coup de ligne mais l’eau très froide m’a bien aidé. J’ai aussi pris des brêmes, des gardons dont de jolis et également mon record perso du carassin à un peu plus de 2 kg. En fait, c’est la pêche qui m’a procuré le plus de plaisir de toutes celles que j’ai pratiquées et c’est aussi, cause ou conséquence, celle que je pratique le plus. J’avoue que depuis quelques années, en été, j’en pratique maintenant d’autres et je la réserve pour l’hiver.

Pêcher au flotteur à roder est sans doute également la meilleure solution pour “apprendre” un nouveau secteur. C’est ce à quoi je me suis appliqué cet hiver sur un nouveau tronçon de Seille. Avec toute autre pêche, je n’aurais jamais pu tant apprendre sur l’eau, les postes, les profondeurs, les courants, les accrocs… et aussi la présence des poissons.

Enfin, si la Seille est mon terrain de jeu préféré, j’ai cette année, surtout en fin d’hiver, fait quelques sorties en Moselle, au flotteur mais également au feeder (pain mixé) et j’ai pu prendre des poissons du calibre supérieur. Si un poisson de 1.2 – 1.3 kg est un beau poisson de Seille, c’est un poisson moyen de Moselle. Le problème étant le gobie dans la Moselle, il est important de bien cibler le poste, la méthode et les conditions pour pêcher correctement avec de bonnes chances de succès. Cet hiver j’ai eu la chance de battre mon record perso, à la longue coulée, avec un poisson de 4 lbs tout rond soit 1800 g. Poisson qui serait absolument gigantesque pour la Seille (je pense d’ailleurs qu’il n’y en a pas qui atteignent cette taille sur mes secteurs habituels), ce n’est pas une prise exceptionnelle pour d’autres plus grandes rivières telles que la Moselle.

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