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Menu varié sur le Xingu 2019

Il y a globalement deux écoles pour les pêcheurs d’eau douce en Amérique du Sud. Il y a ceux qui veulent du gros peacock et il y a ceux qui veulent de la variété. Je suis de la deuxième école et en cette fin 2019, j’ai eu la chance de pouvoir toucher le Graal pour ce type de pêche, le Xingu.

A vrai dire, cela fait 6 ans que j’y pense. Des aléas divers et d’autres envies ont fait que je m’y retrouve finalement en 2019 accompagné de Franck et Geoffrey, qui ont déjà pêché ces eaux en 2016, un autre Franck qui était sur place en 2015 et Jonathan qui n’y est jamais allé, tout comme moi.

En 2015, j’étais avec Franck sur le Rio Trombetas, rivière offrant aussi une certaine diversité (plus faible tout de même) et c’était resté un de mes trips préférés.

C’est avec beaucoup d’envie et d’espoirs que j’ai donc appréhendé ces 8 jours de pêche sur un cours d’eau fameux et réputé, l’idée étant de prendre du plaisir dans la diversité des pêches et des prises.

Un des nombreux affluents.

Le rio Xingu est un affluent de l’Amazone dont une partie du cours se trouve au sein de la réserve du Xingu, dans l’état du Mato Grosso. C’est là que c’est très intéressant. Etant au sein d’une réserve, son accès est limité et contrôlé (pour combien de temps ?). Il y a donc peu de pêcheurs qui peuvent y tremper le fil chaque année et ça, c’est la clé de tout. Il n’y a rien de pire que la pression de pêche, même de loisir, pour détruire la pêche : regardez la situation en France.

Si les pêcheurs voyageurs passionnés peuvent accéder à ce joyau, ils le doivent à un homme, Ian Arthur de Sulocki. Ian est l’archétype du gars bien. Intelligent, cultivé, attentif, ouvert, polyglotte, excellent pêcheur et gestionnaire, c’est un honneur que d’avoir partagé son bateau. Il a pu entrer en contact, depuis environ une décennie, avec plusieurs tribus sur les bords du fleuve pour accéder à de la pêche de très haute qualité. Pour autant, il ne brûle pas le secteur en limitant à une poignée de groupes l’accès au site. En prime, d’autres tronçons sont en discussion pour un accès à de nouvelles zones dans les années à venir. Combien de temps cette gestion raisonnée du site va-t-elle durer ? On aura tendance à être pessimiste en voyant les plantations de soja se rapprocher dangereusement de la frontière du parc, en apprenant que des routes supplémentaires vont quadriller le parc jusqu’aux villages et en observant toute une nouvelle génération d’indigènes se goinfrer de wifi, abreuvés d’images de vie à l’occidentale.

Et le soja détruisit l’Amazonie

1/ Le programme

C’est Franck qui a tout organisé. Je me suis laissé faire.

On aura 8 jours de pêche divisés en deux parties : 4 jours chez les Ikpeng (secteur orienté pêche au leurre et accessoirement posé) et 4 jours chez les Kamayuras (secteur orienté posé et accessoirement leurre).

Le périple commence par la gare TGV pour atteindre Roissy CDG et un vol de 11h vers Sao Paulo. Là, on enchaine avec un vol à escale vers Sinop via Cuiaba. Après une nuit d’hôtel, c’est parti pour un vol en bimoteur d’une bonne heure.

On arrive assez tôt dans la journée, ce qui permettra d’ajouter quelques heures de pêche dès l’arrivée, en plus des 8 jours.

Pour le retour par contre, on fera la dernière journée en remontant en bateau et en pêchant lors de la remontée, pour finir par un peu de bus jusqu’à l’hôtel de Sinop. Le vol retour suit le même schéma que l’aller.

2/ Le tarif

Séjour avec frais bancaires : 3313 €

Vol international : 846,02 €

Vol intérieur : 390,09 €

Train pour Paris : 97 €

Hôtel à Sao Paulo : 37 €

Malarone : 10 €

Pourboire, restos, bars et extras : 300 €

3/ Le matériel

Comme j’ai pu l’écrire en introduction, il y aura une diversité de pêches. La diversité du matériel doit donc le refléter.

Concernant le leurre, sachant que je ne pêche qu’en spinning, j’avais prévu :

  • Un ensemble en 15-40g et moulinet 3000S (bien trop petit, le ratio était beaucoup trop faible) pour les pêches en surface ou au petit minnow des peacock et bicuda
  • Un ensemble en 20-55g et moulinet 4000 pour de la lame, du petit lipless et du LS sur les acoupas, petites cachorras ainsi que sur du plus gros minnow pour les bicudas
  • Un ensemble 25-100g en moulinet 5000 pour du LS sur grandes cachorras et du spinner et du lipless sur aïmara.

Concernant le posé, j’avais prévu :

  • Un ensemble 80 lbs avec un moulinet contenant plus de 200 m de tresse pour les gros chats
  • Un ensemble type silure pour les chats plus petits à la tuvira, au Frolic ou à la bouillette.

J’ai pu couvrir toutes les pêches avec 5 cannes.

A noter que j’ai encore une fois cassé cette saloperie de canne Smith. Plus jamais une merde de cette marque dans mon fagot. Deux voyages au Brésil et deux casses, sachant qu’elle ne pêche pas ici et que je n’ai cassé que 3 cannes dans toute ma vie en action de pêche (deux fois Smith donc). Franchement, à ce prix, avec en prime 70€ de SAV pour la 1e réparation, c’est de l’escroquerie. Jamais plus un seul centime dans cette marque. Pas de réparation cette fois, elle est restée là-bas. Bon débarras.

Concernant le reste du matériel, c’est de la qualité mais pas du trop lourd, sauf pour les chats :

  • Pour les deux ensembles les plus légers, je suis en ST46 avec anneaux brisés 50 lbs Regularwire, tresse 25 lbs 8 brins, bas de ligne acier 49 brins 40 lbs (pas pour la résistance à la traction mais pour la résistance au sectionnement, liée au diamètre). Je n’utilise plus d’agrafe, je me le suis juré. J’utilise un baril et un anneau brisé de plus grand diamètre (80 lbs, Hyperwire). A un moment, j’ai eu un bon mètre de fluoro en 63°° (50 lbs) au-dessus de l’acier. Si ça peut éviter des coupes sur les rochers, ça ne sert à rien niveau discression. Et concernant la pêche de peacock, avec fluoro ou acier en bas de ligne, je n’ai pas remarqué de différence.
  • Pour l’ensemble plus lourd, je suis en ST66 avec anneaux brisés 80 lbs Hyperwire, tresse 50 lbs 4 brins, bas de ligne acier 40 lbs.
  • Pour le posé, je suis en hameçon cercle 13/0 Mustad, acier gainé 7 brins 150 lbs, barils 100 lbs et shock leader en mono 100°° de 5 mètres environ (+/- 2 fois la longueur de la canne). Les plombées sont fournies sur place (pratique pour alléger la valise) et vont de 30 à 100g selon les besoins
  • Pour le posé léger, mon vieux moulin à carpe chargé de 50 lbs a été écrasé dans la valise, la boite ayant explosé. Je n’ai pas pu pêcher avec, j’ai récupéré le moulin de la canne cassée ensuite. Là j’étais en 4/0 ou 6/0 avec deux ou trois Frolic ou deux billes de 24mm. J’ai utilisé du fluoro 50 lbs en bas de ligne, ce qui n’était sans doute pas la meilleure solution. Une tresse aurait été mieux adaptée.

Concernant le choix des leurres, Geoffrey et Franck ayant déjà fait ce trip et ayant quant à moi déjà pêché au Brésil, on n’a pas fait d’erreurs, il me semble.

Après la bataille, on compte les points.

Le leurre de base, pour le peacock, c’est le lipless. Quoi qu’on voit sur les vidéos avec des attaques en surface, il faut bien considérer qu’il y a beaucoup d’espèces de peacock en Amérique du Sud et que si, certes, le Temensis réagit bien aux leurres de surface dans certaines conditions, une pêche en subsurface voir en profondeur est laaaaaaargement plus efficace sur l’ensemble des autres espèces plus petites. Si j’excepte une branlée que nous a mise Ian au bucktail jig et une courte séquence au minnow, le lipless est le leurre roi : pas trop gros, bien flashy ou brillant, bien bruiteur, plutôt lourd pour être ramené rapidement tout en restant assez profond, avec une animation linéaire toute bête, parfois en traction pour changer… voilà la base du peacock au Brésil pour la quasi-totalité des espèces.

Pour l’aïmara, on était parti sur du longbill jerkbait en bottom tapping dans les roches. Si on a pris du poisson de la sorte, pour ma part, le spinnerbait a été LE leurre à aïmara sur ce séjour. Dans les roches, dans les bois, ça passe partout, ça nage à la descente… et ça se fait démonter. En parallèle, la cuiller bien entendu a été très efficace mais moins agile dans les zones à snags. En Guyane aussi, le spinnerbait avait été le leurre roi mais sur le Trombetas, pas du tout. J’ai failli ne pas en prendre sur le Xingu, ça aurait été une erreur. A noter quelques attaques en surface aussi sur cette espèce mais bien moins, apparemment, qu’en 2016. Le bon plan c’est de commencer sur zone avec du leurre de surface pour faire monter les poissons les plus agressifs puis de descendre avec un leurre métallique pour finir le spot. Il faut éviter qu’un gars sur le bateau soit en surface et que l’autre soit à la ferraille car là, ce n’est pas du jeu…

Pour les cachorras, on est parti sur de la lame et du LS puisqu’il fallait les pêcher creux, dans les fosses, parfois sur des tombants. Des lames jusqu’à 60g étaient nécessaires, idem pour les TP.

Ensuite, on complète ça avec quelques stickbait, des poppers, une ondulante, quelques crancks et minnow et puis c’est bon. On peut toujours ramener aussi des leurres plus originaux.

Raclé par le dos, la méthode du 54

4/ Le séjour

Vue la diversité, je ne vais pas rédiger cette partie de l’article au jour par jour comme je le fais habituellement, mais espèce par espèce.

Les photos qui suivent ne sont pas toutes de moi. Merci à mes compagnons d’aventure.

Le peacock

Il s’agit de l’espèce Cichla mirianae.

A partir de 60cm, c’est un vrai beau

De taille modeste (grand max 5 kg), elle compense par une grosse densité par endroits. Sur le Xingu, elle se trouve assez rarement dans la rivière elle-même mais plutôt dans ce qu’on appelle là-bas, les lacs. Il s’agit de bras morts connectés ou non à la rivière. Les poissons y entrent pendant les crues et y restent jusqu’à la crue suivante si le lac n’est pas connecté par eaux basses. Ces lacs sont souvent bordés de jacinthes d’eau et les zones sableuses sont à privilégier. Il s’agit des zones de nidification. Tout comme sur le Trombetas, il y a eu des prises sur nid. Mais sur le Xingu, c’était une minorité des prises.

Ils vivent en banc (les poissons aussi).

Concernant les densités, notre semaine de pêche n’a pas été excellente. Mon plus gros score étant 40 poissons à deux au bateau dans la (courte) journée. Dans les périodes de grosse activité, c’est plus de 100. A signaler que 40 poissons au bateau, ça signifie au moins 80 poissons touchés.

Une belle prise fait plus de 50 cm et il y en a eu une douzaine au moins durant la semaine. Un gros poisson fait plus de 60 cm (4 kg) et il y en a eu 3 ou 4 ainsi que certains perdus.

La journée à 40 poissons, j’avais choisi de pêcher à 90% au leurre de surface, essentiellement au Sammy. Les attaques en surface sont vraiment fun et des poissons de 2 kg et plus font monter le palpitant, le tout étant de ne pas ferrer trop tôt. Mon compagnon de bateau, ce jour-là, Jonathan, a essentiellement pêché plus profond au lipless ou au cranck. Sans surprise, il a pris les plus gros, et de loin. Inutile de vous pointer sur le Xingu avec une collection de ripper et leurres à hélice, ce n’est pas la pêche.

Sur un bras connecté, lors d’une matinée, le minnow a été plus effectif que le lipless mais globalement sur la semaine, c’est le lipless qui a pris le plus de peacock, très clairement. Ian, quant à lui, a aussi fait beaucoup de prises au bucktail jig.

La base

Il est bon d’avoir toute la palette et d’avoir plusieurs leurres qui pêchent en même temps sur le bateau car selon les secteurs ou les horaires, les mêmes leurres ne donnaient pas les mêmes résultats. Ce sont les leurres de surface les moins efficaces de la palette, sans surprise. Ils offrent par contre une belle touche en surface, c’est un choix à faire.

A noter aussi que j’ai touché plusieurs peacock, et notamment des beaux, au spinner sur des secteurs à aïmara et que je les ai tous perdus sans exception. Si ce leurre déclenche l’attaque, l’armement est très inadapté à la suite du combat et ça décroche à tout va.

Concernant les lipless, là-aussi, on a pu observer que sur un secteur visiblement bien fourni, à trois lipless dans le bateau, un modèle donnait de biens meilleurs résultats que les deux autres… question de sonorité, de fréquence de vibration, de coloris ou de hauteur de nage… un mystère de la pêche supplémentaire.

Cet angle est sympa

En gros, comme souvent, il faut avoir un très gros choix pour à la fin ne pêcher plus qu’avec 3 leurres. Mais ces 3 leurres, il faut les avoir.

L’aïmara

On parle ici d’Hoplias aimara mais on a aussi pris des traira (Hoplias malabaricus), nettement plus petits (excellent appât selon les locaux).

Les colorations sont variables, y compris sur une même zone

Pour cette espèce, il y avait deux types de pêche à faire.

La première avait lieu dans des lacs connectés ou dans la rivière autour de zones rocheuses. Les poissons semblent se planquer dans des anfractuosités des roches et à sortir pour s’alimenter. Les leurres qui ont marché sur ces secteurs étaient de plusieurs types : PN plongeant flottant en bottom tapping, lipless et spinner of course. Beaucoup de poissons ont été pris aussi à la cuiller (pas par moi). Lors de notre semaine, les aïmaras ont eu du mal à monter en surface. Seule une poignée a été prise de la sorte. L’attaque est très différente de celle d’un peacock et facilement identifiable. Les plus gros aïmaras ont atteint les 11 kg environ, ce qui est un gros poisson pour ce secteur, la moyenne étant aux environs des 5-6 kg.

Ayant rapidement cassé ma canne à aïmara (une merde de marque Smith pour mémoire), je les ai pêchés en 20-55g, tresse 25 lbs ce qui me fait réécrire que leur défense est faible comparée à ceux de Guyane (dans mes souvenirs du moins).

Coin-coin

Le second type de pêche a lieu dans des petits affluents qui entrent dans la rivière ou dans les lacs. Larges de quelques mètres et profonds de moins d’un mètre, la pêche se fait à vue. Les aïmaras y sont concentrés comme des sardines. Etant agressifs et pas méfiants du tout, il suffit de balancer le premier leurre qui passe sous la main. Même après un combat sous le scion dans 2 m², ça vaut le coup de relancer car les autres membres restent dans le coin. La méfiance n’est pas leur spécialité. On peut ainsi en faire plusieurs de suite.

Enfin, accessoirement, il y a eu une demi-journée durant laquelle on a trouvé des aïmaras dans des troncs. On a pu en faire plusieurs, notamment au spinner et à la cuiller. La berge en pente douce et l’eau assez claire permettaient d’avoir les attaques à vue.

Sans tricher, ou si peu…

Tous styles de pêche confondus pour cette espèce, on a eu une belle journée avec 23 aimaras au bateau (parmi peacock, bicuda et autres acoupa).

Les grandes cachorras

Voilà une des deux espèces pour lesquelles j’avais vraiment envie de prendre un gros poisson au leurre : Hydrolycus scomberoides.

Un des succès du séjour pour moi, sans aucun doute

On les a pêchées essentiellement sur des « fosses » avec du courant. L’espèce la plus grande se prend essentiellement au fond. On a eu du succès avec des lames jusqu’à 60g et des LS d’environ 10-15 cm sur TP jusqu’à 60g. Les détails concernant la lame ou le LS n’importent pas tant du point de vue de la forme que du coloris, c’est le propre de poissons vierges et agressifs. L’important, c’est le poids pour pêcher correctement à la bonne hauteur, c’est-à-dire dans le 1e mètre à partir du fond. Les espèces plus petites sont bien plus hautes dans la colonne d’eau.

Pour ce qui est des LS, il est préférable d’avoir des modèles bas de gamme ou des copies chinoises. On oublie les One-up originaux sauf si on veut casquer 15€ à l’heure.

Franck nous en claque une à la longue coulée à la tuvira, 1e mondiale encore probablement

Pour ma part, j’ai remarqué un meilleur taux de capture au LS simplement sur TP standard à hameçon jig à 90°. Ça décroche bien moins lors du combat (lors des sauts notamment).

On a aussi observé une localisation très précise des poissons. Avec le bateau de 8m en travers du courant, deux pêcheurs distants de 2m pouvaient avoir des résultats très différents en utilisant les mêmes leurres et les mêmes animations à la même distance. Tout se joue précisément, au mètre près parfois, selon la veine de courant. C’est vraiment antagoniste par rapport à la faible sélection que les poissons ont sur les leurres, les coloris ou les animations. Le bon endroit est bien plus important que le bon leurre. Pas la peine d’essayer de vendre des leurres sur base de photos du Xingu bande de coquins, ce n’est pas le modèle qui fait la différence.

Une belle de plus au compteur

Curieusement, les cachorras ont été bien plus actives sur le secteur des Ikpeng que sur celui des Kamayuras. Il y a eu quelque chose chez les Kamayuras qui a rendu la fosse si mythique quasi improductive. Niveau d’eau ? Couleur ? Lune ? Température ? On ne le saura jamais et tant mieux. Cette fosse ne nous aura pas donné son plein potentiel, surtout comparé au séjour de Franck et Geoffrey en 2016, séjour qui fut une boucherie sur cette fosse.

Les deux espèces de cachorras plus petites

Ces deux espèces (Hydrolycus sp.) ne sont pas recherchées spécifiquement. Elles « servent » d’appâts pour le posé, coupées en morceaux.

De la belle ablette

On les trouve sur les mêmes secteurs que les grandes cachorras et que les acoupas mais elles se trouvent à mi-eau. En fait, on les touche parfois en ramenant, après avoir pêché la couche plus profonde. Reines du décrochage, il me semble qu’aucun individu de la plus petite espèce n’a été ramené au bateau, signe que l’activité était faible. J’en ai touché quelques-unes à la lame mais je les ai toutes perdues à l’exception d’une de la version « moyenne » qui est très argentée et super fine.

L’acoupa

Cette espèce (Plagioscion squamosissimu) est rarement cherchée spécifiquement sauf pour trouver des appâts. Elle se prend bien à la lame ainsi qu’au LS en cherchant les cachorras. On les entend « discuter » lorsqu’on pêche dans le bateau en aluminium. En effet, l’acoupa possède deux otolithes dans le crane (des concressions minérales) qu’il frappe l’un contre l’autre à des fins de communication avec ses congénères. Il est excellent consommé cru mais pas mal non plus cuit.

Délicieux cru comme cuit, on n’en a pas abusé cette fois-ci

On peut en prendre aussi en dehors des fosses, parfois sur certaines confluences et également au lipless.

Une bonne partie finissait coupée en rondelles et empalée sur un 13/0

La bicuda

Voilà la 2e espèce pour laquelle j’espérais un grand poisson : Boulengerella cuvieri. Malheureusement, ce fut un échec, je n’ai pris que des saucisses. Plusieurs poissons de plus de 80 cm ont été pris par le groupe, notamment au lipless (what else ?). L’animation est simple : en linéaire et à fond comme un pompier.

Un profil de brochet finalement

Ce poisson était souvent positionné aux confluences entre la rivière principale et un lac voir dans le lit principal au niveau des accélérations du courant. Il est apprécié par les locaux en tant qu’appât. Lui aussi est un roi de l’évasion et les décrochages sont nombreux pendant les sauts.

Paulo, un des guides, a même fait un essai avec la tuvira en weightless. On était aux abois, il fallait de l’appât pour le posé du soir et on avait les pires difficultés à faire des vifs… truc impensable normalement sur ce secteur. Finalement, on est sauvé par une bicuda sur un minnow.

La plus belle du séjour, de mémoire 87 cm

Les autres (traira, jacunda, piranhas …)

Ceux-là sont vraiment le fruit du hasard.

La traira (tout petit aïmara en fait) se prend au fin fond des lacs et des anses, dans très peu d’eau.

Le jacunda s’est trouvé plutôt dans des zones rocheuses.

Les yeux plus gros que le ventre

Ces deux espèces, de tailles très modestes, n’hésitent pas à attaquer des leurres de bonnes tailles. Les piquer est ensuite une autre affaire.

Quand tu te baignes, t’y penses pas

Le piranha se prend au leurre mais aussi au posé, notamment les gros qui, à ce qu’on dit, dépassent 10 lbs sur ce secteur. Les piranhas noirs qu’on a pris par contre sont bien plus petits que ceux du Trombetas. Je crois qu’on n’a pas dépassé le kilo.

On cherche toujours à les éviter. Il parait que c’est un mauvais appât en prime.

Le piraiba

Brachyplatystoma capapretum est le plus gros poisson du Xingu. Il dépasse les deux mètres. C’est le Graal des pêcheurs au posé brésiliens.

Sa pêche est simple : poser un gros morceau de poisson au bon endroit et au bon moment.

Sur le secteur qu’on a pêché, il semble qu’il ne soit prenable que dans la fosse des Kamayuras. Sur les autres secteurs, les prises ne seraient qu’anecdotiques.

Tu trouveras toujours un carpiste pour te compliquer le truc

Si le séjour de 2016 fût très productif en piraibas (6 poissons capturés pour 8 touchés, ce qui est parmi les meilleures semaines de l’histoire de cette destination), le séjour de 2019 fut bien différent puisque nous n’en avons touché aucun.

C’est un demi-regret, non pas de ne pas en avoir touché, ça n’aurait été que la cerise sur le gâteau mais plutôt d’avoir perdu du temps à essayer d’en prendre un. On a en effet posé nos steaks de poissons pendant deux journées complètes sans aucune touche concrète sauf un pirarara pour le guide dans la fosse des Kamayuras. Alors c’est vrai que si on en avait touché un de deux mètres en insistant de la sorte, on aurait été refait et j’aurais changé de discours… mais voilà, on n’en a pas vu un seul… alors ça aurait été plus sympa d’aller rechercher spécifiquement les pirarara sur d’autres secteurs (moins profonds, plus de courants, confluences, entrées de lacs…) qui étaient plus actifs.

J’ai bien l’impression que je vais devoir y retourner.

Finalement c’est comme pêcher le silure avec une tête de brochet en guise d’appât. Que disent nos intégristes ?

Sans entrer dans les détails matériels, il y avait deux écoles sur les bateaux : les hameçons cercle et les hameçons J. J’étais en cercle (13/0) et n’ai pas observé plus de ratés que ceux qui étaient en J. C’est un choix personnel que chacun doit prendre. Passer le pas est compliqué. C’est vrai que ça fait bizarre de ne pas mettre un ferrage sur un gros départ. En fait la touche est tellement violente (tous chats confondus) qu’avec des hameçons cercle, on peut régler le frein à environ 60% du frein de combat. Le poisson est ainsi quasiment ferré à la touche. Une fois la canne en main, on rajoute un peu après le 1e rush et puis le combat peut commencer.

Le pirarara

La pêche de Phractocephalus hemioliopterus est exactement identique à celle du piraiba. Seuls les secteurs diffèrent. Il peut s’en prendre sur fosse mais la plupart des pirarara ont été pris sur des zones moins profondes avec plus de courant, dans les méandres du fleuve, le long d’arbres dans l’eau, aux embouchures…

De jour comme de nuit

Le problème majeur de ces secteurs, ce sont les piranhas. Il semble que les piranhas désertent les zones trop profondes (disons plus de 4m de profondeur). Ces zones peuvent donc être pêchées même en journée sans trop d’ennuis sur les appâts. Les zones moins profondes à pirarara ne sont pêchables qu’à la tombée de la nuit. La dernière heure avant la nuit et la 1e demi-heure après le coucher du soleil sont impeccables, les piranhas réduisant leur activité. On a souvent eu plusieurs touches (et plusieurs poissons) en 1h30 de pêche.

On a aussi essayé le coup du matin, sans succès. Je pense qu’on était trop tard sur l’eau pour vraiment faire le coup de l’aube.

De nuit comme de jour

Concernant le combat, je ne peux pas juger de celui d’un gros poisson, n’ayant fait qu’un individu de 15 kg, mais j’ai vu le combat d’un 25 kg et d’un 35 kg sur mon bateau et je suis impressionné par le 1e rush. La touche est irréelle, intergalactique. Ma plus belle touche, tous voyages confondus. Ensuite, ça vient bien, mais quand le poisson voit le bateau, il repart. Ensuite, c’est fini. Ça reste un poisson d’eau douce.

L’armau

Voilà un poisson que les locaux évitent : Pterodoras granulosus

Un joli spécimen capturé par le découvreur de sa pêche spécifique

On a quasiment dégouté notre guide de ce poisson avec une bonne douzaine de captures sur une journée (probable record du monde :-D). Sa pêche a été découverte en 2016 par Geoffrey : à la bouillette carnée. Cet appât a un pouvoir sélectif incroyable sur cette espèce. On n’en prend pas au morceau de poisson ou à la tuvira et on en prend directement à la bouillette.

On a même fait un doublé.

Le doublé dédicacé à Paulo. Ta bom !

Moi j’avais pris une poignée de Frolic. Je voulais prendre un poisson avec ça. Et j’ai pris de l’armau. Encore une première mondiale probablement.

Pour le montage, c’est assez simple : plombée coulissante, bas de ligne (fluoro 63°° pour moi) terminé par un 4/0 avec 2 Frolic ou 2 bouillettes 24 mm sur cheveu. Amorçage pas nécessaire.

Une esche universelle

Il y a d’autres espèces relatives de l’armau, plus grosses et plus jolies avec des plaques jaunes ou rouges sur le corps. Mais nous n’en avons pas vu.

Le tambaqui

Colossoma macropomum n’est pas natif du Xingu mais sa chaire gouteuse est appréciée. On a essayé de le pêcher pendant quelques heures seulement. Je perds le seul poisson touché dans des bois immergés.

La pêche se fait également à la bouillette carnée, sur des secteurs précis. Le départ n’a rien à voir avec celui d’un armau et même en 50 lbs, je n’ai pas pu stopper le poisson avant l’obstacle. Il s’agit en fait d’une énorme brême pouvant atteindre 30 kg et au-delà, boostée aux stéroïdes.

Une belle grosse plaque

Jonathan en a fait pour nous et on a pu y goûter. Il perd a priori un monstre bien plus gros (décroché).

Le surubi, le barbado et les autres…

Le surubi Pseudoplatystoma punctifer, a la vie dure quand Paulo (un des guides de Ian) est sur la zone. C’est sans doute son poisson préféré pour la casserole. Il a d’ailleurs une recette sympa en cocotte avec tomates, oignons et fromage.

C’est un des seuls poissons-chats prenables au leurre. Franck en avait déjà pris deux de la sorte sur le Trombetas.

Il se pêche rarement spécifiquement. Il se prend au morceau de poisson ou à la tuvira en parallèle d’une pêche au gros chat.

Un individu déjà de belle taille à la robe caractéristique

Il y a quand même eu un secteur où les surubis étaient concentrés et ont pu être pris spécifiquement au leurre et au morceau de poisson par Ian et Franck.

Au leurre comme au posé, ses touches sont impressionnantes pour sa taille.

Quant au barbado Pinirampus pirinampu, on n’en a fait qu’un seul, signe d’une activité relativement faible des chats, toutes espèces confondues, par rapport à une période plus faste.

Paye tes moustaches
Un morceau de poisson posé pendant la pause barbecue, à 10 m de la zone de baignade…

5/ Conclusion

Séjour réussi, clairement.

Je pense que pour Geoffrey et Franck qui sont venus en 2016, la pêche a été en-dessous de leurs souvenirs. C’est la pêche, c’est comme ça. Pourtant, je pense que tout le monde a eu le sentiment d’un bon trip.

Tentes individuelles avec moustiquaires dans la hutte sinon tu meurs sous 24h

Le camp des Ikpeng est mieux intégré, à mon goût, à l’environnement et m’a plus plu que celui des Kamayuras qui est plus « nu » et équipé de bâtiments en dur et maintenant même du Wifi. Je suis coupable de m’être connecté durant mon séjour, j’ai carrément honte. Ceci va sans doute accélérer la disparition du mode de vie des Indiens. Tous les jeunes sont connectés tous les jours aussi longtemps que le groupe électrogène fonctionne. Abreuvés d’images de vie à l’occidentale, il sera difficile de les retenir sur les terres et dans leur mode de vie ancestral.

Un des clichés classiques du Xingu

On a appris en plus que de nouvelles routes sont en projet… tout ça va achever de détruire le mode de vie indigène. Et la pêche ? bien qu’il s’agisse d’un point anecdotique dans tout ce massacre, elle aussi va en souffrir, inévitablement. Il ne faudra pas trop tarder pour y retourner.

Je n’ai pas des mains énormes, mais quand même.

Parmi toutes les pêches qu’on a pu pratiquer, j’ai bien apprécié les grandes cachorras au LS sur des petites fosses et les aïmaras dans les ruisseaux et/ou à vue. Accumuler les petits peacock n’a pas fait partie de mes pêches préférées sur ce séjour.

On va sur le Xingu pour de la diversité, et on est servi

Concernant les chats, je l’ai déjà écrit, si c’était à refaire, j’abandonnerais une journée à piraïba, au profit du pirarara voire même de quelques heures supplémentaires au tambaqui.

Concernant le groupe, Franck a su rassembler des pêcheurs différents mais sur la même longueur d’onde humainement : bon enfant, sympas, ouverts, drôles, pas sponsorisés. Les bons ingrédients pour un bon groupe. Merci à lui pour toute l’organisation et les conseils et merci à Geoffrey, Franck et Jonathan pour leur bonne humeur et les bons moments partagés.

Un bon groupe pour un bon trip. Ingrédient indispensable.

J’étais parmi les moins bons pêcheurs du groupe, simplement par manque de pratique, mais malgré ça, j’ai pris ma dose de poissons. Personne n’a jamais regardé qui en prend plus que l’autre sauf pour améliorer sa pratique ou choisir un leurre différent.

Un point négatif à souligner est le niveau très faible, comparé à Ian, des autres guides. La différence est flagrante dans l’approche d’un poste et aussi dans les résultats de pêche à la fin de la journée. Je pense que Ian devrait prendre le temps de former ses guides qui sont, avant tout, des guides pour le posé, le piraiba étant la quête de la plupart des clients brésiliens. Seul lui a vraiment le truc pour le leurre. Facile à dire, je l’admets.

Merci Ian

Autre point négatif : un intermédiaire français s’est mis maintenant entre Ian et les pêcheurs pour prendre une commission… des dépenses supplémentaires inutiles vu la plus-value apportée.

6/ Epilogue

Une décennie de voyages de pêche en eau douce s’achève. Sonne maintenant peut-être l’heure de passer à la mer. Pour 2020 ? aucune idée… En tous cas, pas sûr que je ne retourne pas sur le Xingu…