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Poisson-tigre en Zambie 2014

Cette année 2014 aura pris un drôle de détour pour me voir arpenter le Zambèze en Zambie. J’ai longtemps programmé et souhaité de tous mes vœux un séjour sur le Rio Xingu au Brésil, à la recherche d’une variété fournie de prédateurs. J’avais même, performance à souligner, trouvé deux compatriotes pour m’accompagner. Malheureusement, de grosses difficultés d’organisation locale par le prestataire et des délais très courts pour trouver une solution alternative m’ont poussé à mettre ce séjour en suspens, j’espère jusqu’à pas plus tard que 2015. Mes deux compagnons d’infortune ne souhaitant cependant pas goûter aux douceurs des eaux douces africaines, me voilà seul avec mon baluchon de leurres pour toucher du doigt, je l’espère, le poisson qui m’a sans doute incité, il y a plus d’une décennie, à m’intéresser aux pêches exotiques d’eau douce.

Quand on parle de pêche exotique d’eau douce, on a rapidement à l’esprit toute une liste de poissons prédateurs, essentiellement d’Amérique du Sud, mais aussi d’Afrique et d’Asie, mais le poisson tigre, du moins Hydrocynus vittatus, ne fait pas partie des stars de sa catégorie. Le premier du genre serait plutôt Hydrocynus goliath, médiatisé en France par la récente vidéo de Charles Vallée et Frank Hiribarne et à l’international par Jeremy Wade.

Comment suis-je arrivé à aller pêcher cette espèce ? Je pense que j’ai subi un lavage de cerveau quand j’étais étudiant et que j’avais alors bien le temps de m’avachir devant des vidéos de voyages et surtout de pêche, made in UK, avec l’indétrônable John Wilson. On devait être en 2004 il me semble et j’ai eu le bonheur de poser mes yeux sur un épisode de la série «John Wilson’s Fishing Safari» dans lequel John se rend sur le bas Zambèze pêcher poissons-tigres et Wundu catfish. A l’époque, sa pêche se faisait en dérive avec des filets de poisson. Le contexte faunistique et floristique ainsi que les poissons survitaminés m’avaient enchanté. «Un jour, je le ferai». Bien des années après la fin de mes études, la durée de mon temps libre a fondu comme neige sous le soleil de Zambie, mais les finances au contraire me permettent de m’offrir ce petit (gros ?) plaisir.

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1/ Plantons le décor

La Zambie est un pays du sud de l’Afrique faisant partie du Commonwealth ayant des frontières communes avec la Tanzanie, le Congo, le Botswana, la Namibie, l’Angola et le Zimbabwe, rien que ça.

zambie

 

Ce pays est une république (avec tous les guillemets nécessaires pour un pays africain) à 97% catholique.

Notons que ce pays est le premier producteur de cuivre d’Afrique et que son extraction est un scandale sanitaire et environnemental. Elle est bien entendu gérée par l’odieux Glencore, holding Suisse magna des matières premières.

Mais ce qui me fait venir dans ce pays n’est pas le cuivre, bien que mes cuillers soient aussi de couleur cuivrée. Ce qui me fait faire ce long voyage de 24h pratiquement, c’est le Zambèze, le 4e plus long fleuve d’Afrique avec un débit moyen de 3000 m3/s (la Moselle à l’heure où j’écris ces lignes présente un débit de 150 m3/s) atteignant plus de 9000 m3/s en saison des pluies. Cependant, ce fleuve fut tristement célèbre par le passé, à l’occasion de crues énormes qui eurent lieu pendant la construction du barrage Kariba, un des plus grands du monde et construit à la fin des années 50 pour fournir presque la totalité de l’électricité nécessaire à la Zambie et au Zimbabwe.

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Plusieurs «zones» sont définies sur ce fleuve. Ainsi, on distingue le Haut Zambèze, le moyen Zambèze et le bas Zambèze.

Vous aurez facilement deviné que le Haut Zambèze concerne le premier tronçon depuis la source, et ce jusqu’aux Chutes Victoria. Le moyen Zambèze est la partie située entre les Chutes Victoria et le Lac Cahora Bassa au Mozambique. Le bas Zambèze est la dernière partie jusqu’à l’Océan Indien.

Les chutes Victoria, parmi les plus impressionnantes du monde, furent nommées ainsi par l’explorateur David Livingstone en l’honneur de la reine Victoria d’Angleterre. Sur une largeur de 1700 m, elles peuvent atteindre 108 m de hauteur. Elles sont à elles seules une des plus populaires destinations touristiques d’Afrique australe.

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Mon séjour se déroulera sur le Haut Zambèze.

L’espèce recherchée en priorité sur ce séjour sera le poisson-tigre, je pense que tout le monde l’a saisi. L’espèce ciblée est Hydrocynus vittatus. Il s’agit d’une espèce de taille intermédiaire entre le Goliath et la plus petite espèce du genre qu’on trouve dans le Nil (notamment le lac Nasser). Les prises de Hydrocynus vittatus présentent une taille moyenne aux environs des 1-2 kg. Un poisson de 5kg est déjà une belle pièce et c’est mon souhait pour ce séjour (je me garderai bien de parler d’objectif). Un poisson de 7 kg est véritablement un trophée et les plus grosses prises, faites essentiellement au vif (comme par hasard), atteignent les 20 lbs et plus (9kg et au-delà). Seuls quelques poissons de cette taille sont pris chaque année dans chaque camp de pêche.

poisson-tigre

Il existe d’autres espèces capturables aux leurres également. Il s’agit de «brêmes» locales, qui me semblent plutôt être des relatifs du tilapia. La plupart aurait sa place dans un aquarium.

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Nembwe (Olive bream) Serranchromis robustus

 

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Thinface largemouth Serranochromis angusticeps

 

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Humpback largemouth Serranochromis altus

 

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Threespot tilapia Oreochromis andersonii

 

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Les poissons-chats sont également présents avec notamment le Sharptooth Catfish-Barbel Clarias gariepinus, connu pour générer à la bonne saison les fameux «Barbel runs» très impressionnants.

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Il s’agit de milliers de poissons-chats qui se regroupent et qui chassent très bruyamment ensemble les petits poissons réfugiés dans les plaines inondables. Un épisode de la série River Monsters (S04E02) relate ce phénomène, dans le delta de l’Okavengo.

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Enfin, malheureusement, le Wundu Catfish, plus gros représentant des poissons à moustaches dans le bassin de Zambèze ne sera pas au programme puisqu’on ne le trouve qu’en aval des Chutes Victoria. Ce joli bébé pouvant atteindre les 1m50 pour 50 kg est un adversaire de choix. Des témoignages “fous” parlent de poissons atteignant les plus de 100 kg.

vundu

Il y a un aspect qui va probablement donner une autre dimension au séjour. C’est la faune. La pêche se fait pratiquement dans une réserve naturelle et les grands mammifères africains côtoient les oiseaux de toutes sortes sur les bords de la rivière. Si on n’en prend pas plein les bras, on en prendra sûrement plein les yeux.


2/ Budget

Pour ce séjour, j’ai pris le parti de ne pas passer par une agence française ni européenne, à mes risques et périls. Je suis passé par une agence d’Afrique du Sud dont la communication est excellente : Afri G Adventures. Il existe de nombreux camps de pêche qui proposent leurs services tout au long du Zambèze que ce soit en amont ou en aval des Chutes Victoria. Toutes les prestations et tous les budgets sont possibles, de la prestation soignée mais minimale au grand lodge de luxe pour occidentaux fortunés avec jacuzzi et chef étoilé. Il faut tout de même prévoir un budget plancher.

Le gros problème et le gros point sensible pour la bourse du pêcheur, c’est le transfert au camp. Il n’existe, à ma connaissance, que deux camps qui peuvent être atteints par la route avec quelques heures de piste. Pour les autres, c’est par la voie des airs que le transfert se fera. Et là, pour s’allouer les services d’un charter, il vaut mieux faire partie d’un groupe d’une dizaine ou alors être très fortuné.

J’avais déjà eu beaucoup de chance à trouver deux motivés pour se joindre à moi pour le Xingu, mais mon retournement de veste de dernière minute m’a laissé seul sur le carreau. Certains camps proposent de regrouper les pêcheurs pour leur charter, ce qui est bien pratique, mais faut-il encore que les dates collent.  Ce n’était pas mon cas, me voilà donc seul et donc très limité dans mes choix de lodge.

Finalement, j’ai décidé de me rendre sur le lodge de Sekoma Island.

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Les prestations ont l’air tout à fait excellentes pour le tarif et la situation sur une île à l’air bien sympathique avec la faune tout autour.

Côté prestations justement, tout est inclus (limite à 20 L de carburant par jour quand même) sauf les alcools.

Parlons argent, sans langue de bois, comme toujours.

Le séjour se paye en Rand Sud-Africain.  Les virements en devises engendrent donc des frais bancaires. Le séjour se paye à la nuit, comme l’hôtel. Pour 8 jours de pêche, il faut donc prévoir 9 nuits sur place. A ceci s’ajoute le prix du transfert depuis l’aéroport de Livingstone jusqu’au camp. Transfert inclus (et surcoût pour le transfert d’une personne seule), le séjour me coûtera 20410 ZAR. Ce qui fait avec le taux de change de l’euro et les frais bancaires environ 1450 €.

Ensuite, il faut se prendre un vol, qui est malheureusement loin d’être direct (correspondances à Londres ou Munich puis à Johannesburg soit presque 24h de voyage) et qui coûte un peu moins de 1000 €.

Reste le train pour Paris (70 €) et puis le visa (50 $) les extras et pourboires qu’on paiera en dollar sur place. Je prévois environs 400 $ mais il n’est pas sûr que je dépense tout (ndlr: en fait, je n’ai dépensé que 170 $).

Mon total s’élève donc à 2550 € hors dépenses sur place. Si je dépense tout mon cash, je serai avec le taux de change euro / dollar à environ 2850 € (ndlr: au final, le coût total aura été 2680 €).

C’est donc un peu moins cher que le dorado en Argentine et un peu plus cher que l’aïmara en Guyane (avec les prix de 2011, maintenant ce serait équivalent avec les nouveaux tarifs). Et c’est aussi nettement moins cher que le Xingu.


3/ Matériel

La taille des poissons-tigres étant tout de même limitée, rien ne sert d’aller les pêcher avec des leurres disproportionnés. Ne connaissant rien sur le sujet, j’ai fait entièrement confiance aux sites Internet locaux et forum Sud-Africains pour m’imprégner des techniques et leurres adaptés. La taille moyenne des poissons sera d’environ 1 à 2 kg. Comme je l’ai dit plus haut, finir le séjour avec un poisson de 5 kg serait déjà un achèvement. Quant à un poisson trophée de 7 kg, je ne fais pas trop de plans sur la comète.

Bien que des obstacles soient présents, la pêche se fait essentiellement en pleine eau. Rien à voir avec le treuillage de Guyane. Les leurres sont assez modestes en taille, qu’il s’agisse de cuillers ondulantes (jusqu’à 8 cm), de tournantes (jusqu’au n°5) ou de poissons nageurs (jusqu’à 12 cm voire un peu plus occasionnellement).

Pour pêcher avec ces leurres, je prévois de prendre avec moi trois ensembles.

Le premier sera constitué d’une canne light 2-8g en 4 brins. Ici, il est équipé d’un moulinet taille 1000S. Je vais prendre ce moulinet avec moi mais je vais aussi prendre un autre en taille 3000S, si je suis aux choux. Surtout que le 1000S est rempli de tresse 8 lbs.

Le second sera constitué d’une canne en 10-40g en 4 brins également. Il sera équipé d’un moulinet de taille 4000 voire 3000S s’il n’est pas pris par le premier ensemble. La tresse sera une 20 lbs.

Mon troisième ensemble qui me parait, avant départ, un peu surdimensionné pour les conditions, pourrait servir pour pêcher un peu au posé les poissons-chats et aussi peut-être rechercher un trophée en fin de séjour, au gros leurre ou au vif. C’est une canne 25-100g. Normalement, le moulinet est le 4000 de l’ensemble n°2 mais monté en 50 lbs.

Pour la pêche au posé, j’ai aussi une canne type bouée en 5 brins mais là, c’est du 150-300g si je ne me trompe pas et c’est beaucoup trop costaud même pour le poisson chat puisqu’il n’y aura pas de Vundu.

Les bas de ligne seront en acier, bien évidemment, de 10 à 80 lbs selon les besoins avec en principe un 30 lbs. Je les fais moi-même avec un acier 7 brins gainé et sleevé.  Ça ne tient pas longtemps mais c’est très peu cher, donc ça compense.

Pour les émerillons, une base de 50 lbs fera l’affaire, de préférence de couleur noire (pour éviter de se faire couper par un tiger). J’ai utilisé des produits de la marque SPRO. Le Power Swivel présente une taille infime par rapport à sa résistance. Ici le 50 lbs. J’ai également d’autres tailles de marque Cannelle et Owner.

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De même, les anneaux brisés seront de l’ordre de 50 lbs. Quelques sachets de 80 lbs feront aussi le trajet.

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Quant aux hameçons, sujet sensible, je vais prendre toutes les chances de mon côté et prendre à la fois des triples (en majorité des triples d’origine ainsi que quelques pochettes de ST41 et trois ou quatre “petits” ST66) mais surtout des simples spéciaux pour le leurre (Decoy single 27 de taille n°2 à 2/0). Ce modèle étant limité à la taille 2/0, je vais également prendre une pochette de Decoy JS-1 en 4/0 qui sont très ressemblant mais destinés plutôt au jig avec leur forme très ouverte. Ils serviront à armer les gros leurres.

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Enfin, pour le reste du matériel, c’est du classique : des agrafes (ou alors un anneau brisé à ouvrir à chaque changement de leurre), pinces, couteau, plombs, flotteurs (on ne sait jamais) et n’oublions pas l’essentiel : leurres.

Plusieurs techniques de pêche sont applicables : le lancer, la traine et la pêche au vif

La pêche au vif ou au poisson mort produit en principe les plus grosses prises, comme pour toutes les espèces prédatrices d’ailleurs, bien évidemment. Les vifs peuvent être posés ou laissés à dériver, tout comme les morts. Deux vifs sortent particulièrement du lot. Il s’agit d’abord du «Bulldog», une espèce de poisson éléphant de taille moyenne 15 cm, très fragile mais preneuse pendant toute la saison des pluies selon les sites spécialisés. Le deuxième vif est le petit tigre de 500 g à 1 kg, très résistant et appétissant pour les plus gros sujets. Les montages sont variables. Certains préconisent deux hameçons simples (un gros et un petit), d’autres des triples. La difficulté principale semble être de savoir à quel moment ferrer. Les statistiques annoncées sont d’une prise au bateau pour 10 départs. La technique consiste, après la touche, à laisser le poisson quitter la zone de son banc (sous les cris du moulinet) pour engloutir son repas tranquillement. Un peu à la manière du brochet avec les (mauvaises) techniques des anciens, il faut patienter jusqu’au deuxième départ. Ce sera vraiment quelque-chose à tester ! Un moulinet débrayable fera le voyage avec moi pour ça.

Au gré de mes lectures, et notamment sur les forums sud-africains, les mieux achalandés en ce qui concerne la pêche du poisson-tigre, j’ai pu constater que le remplacement des triples par des simples “volants” sur les leurres est à sérieusement envisager. Ces hameçons simples sont reliés aux leurres par un chaîne d’anneaux brisés ou par deux anneaux brisés et un émerillon. Je dois dire que ça fait un peu drôle à voire mais je vais faire profil bas et m’équiper en conséquence.

Topwater

 

 

Crankbaits

 

Minnows

 

Ferraille !
Ferraille !

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De même, pour la pêche au leurre souple, la plupart des montages sont faits avec des têtes articulées au minimum voir avec des montages du type de ce que nous utiliserions en France métropolitaine en pêches verticales avec un leurre vissé sur la tête plombée et un stinger en acier pour placer un triple ou un simple sur le dos du leurre. On recommande aussi particulièrement des montages non accrocheurs pour certains secteurs enherbés. Les hameçons texans seront de sortie en taille 3/0 à 8/0. Pour les leurres souples, étant donnée la casse, il sera judicieux d’éviter des leurres très fragiles, bourrés d’attractant et très chers. Un shad en plastique en imitation d’une grande marque fera très bien l’affaire.

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Concernant la traîne, sans doute par a priori, c’est vraiment une technique que je n’ai pas envie de pratiquer. Quitte a employer des méthodes plus passives, je préfère le vif ou le mort, même si elle sélectionne un peu plus les gros sujets que le lancer.

Pour la pêche au leurre, il y a quelques modèles qui sortent du lot, et largement.

Il s’agit tout d’abord de l’ondulante, de couleur cuivrée de préférence, pas nécessairement de taille énorme (5-8 cm). C’est d’ailleurs une règle dans la pêche du poisson tigre dans le Zambèze : les leurres, de toute nature, ne doivent pas être surdimensionnés.

En second lieu arrive la cuiller tournante dans les tailles 3 à 5, de couleur noire ou rouge.

Ensuite, on trouvera les poissons nageurs de type minnows ou cranckbaits. Comme souvent dans les voyages que j’ai pu faire, en prenant des renseignements à l’avance, la marque Rapala sort du lot. J’ai l’impression qu’il n’y a que la France qui snobe un peu cette marque, les marques japonaises ou américaines étant préférées. Pourtant, le reste de la planète parle souvent de Rapala avant d’autre chose en matière de poisson nageur. Les tailles iront de 5 à 11 cm avec un ou deux leurres plus longs, pour se garder cette possibilité. Les profondeurs de nage devront couvrir toute la colonne d’eau, depuis le peu plongeant (1m) au grand plongeant (4m et plus) puisque les postes auront des profondeurs de 2 à 5m environ. Ces profondeurs de nage s’appliquent tant aux minnows qu’aux crancks.

Les leurres de surface ou de subsurface ne sont pas incontournables. J’en aurai bien quelques-uns dans mon baluchon mais ce ne sera pas une priorité sauf peut-être à certaines occasions de chasses en surface ou juste «pour le fun» de voire exploser la surface.

Enfin, pendant les périodes les plus chaudes de la journée, j’ai pu lire que le poisson-tigre pourrait être recherché au jig, soit un bucktail ou une fibre synthétique sur une tête plombée, type jig à peacock, soit un leurre souple sur une tête plombée, de préférence articulée ou bricolée pour limiter les décrochages.

jigs

 

Et je viens là de prononcer le mot clé de la pêche au poisson tigre : décrochage. Avec l’aïmara et le dorado, j’ai déjà été assez servi, mais avec les tigers, je vais probablement me faire mettre à genou. Certains reports parlent d’un taux de mise au bateau de l’ordre de 10 à 20%, pas plus. J’ai pu voir certains leurres équipés de préférence avec des hameçons simples plutôt que des triples. Sur les poissons-nageurs, un peu à la manière dont on équipe les big baits en métropole pour le brochet, il faudra ajouter quelques anneaux brisés entre le leurre et les hameçons pour éviter la prise d’appui du poisson sur le leurre pour éjecter l’hameçon. Pour la pêche au jig, nous voilà bien dans le pétrin puisque l’hameçon et la tête plombée forment un bloc. Je me vois déjà en train de âler à force de décrocher… Pour la pêche au leurre souple, on pourra limiter le phénomène par des têtes plombées articulées, voire un montage bouboule avec simplement un hameçon simple traversant le leurre et ressortant dans le tiers arrière, raccordé à la tête plombée par un court stinger en acier sleevé. Quelques essais ici sont à prévoir tout de même. Par contre, ça risque d’être consommateur en leurres souples ! Je compte un LS par poisson et sans doute bien plus (un LS pour deux ou trois touches). Un stock de copies pas chères est à faire (je pense un minimum d’une trentaine). Ces LS seront de plus ou moins 10-12 cm. Les couleurs sombres et naturelles semblent plus productives que les couleurs flashy d’après ce que j’ai pu lire.

 

Voici donc le listing plus ou moins complet des leurres que je vais emporter avec moi :

Ondulantes :

– Effzett (Dam) couleur cuivre en 16 et 22g

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– Syclops (Mepps) couleur argent

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– Silver Minnow (Johnson) couleur dorées

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Tournantes :

– Black fury (Mepps) tailles 4 et 5

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– Lusox (Mepps)

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Spinnerbaits :

– Homemade 1oz

Minnows :

– Xrap 6

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– Original Floater 9

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– Shad Rap 10 (Rapala)

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– Floating Magnum 11 (Rapala)

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– Husky Jerk 12 (Rapala)

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– Salt pro minnow (Daiwa)

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– Crystal Minnow Magnum (Yo Zuri)

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Crancks :

– Fat CB (Luckycraft)

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– DT 6 et DT 16 (Rapala)

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Lipless

– Super Spot (Cotton Cordell)

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– Screamin Devil (Spro)

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Topwater

– Sammy 65 et 85 (Luckycraft)

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– Subwalk 15 (Rapala)

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– Zara Spook (Heddon)

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Swimmbait

– Magic Swimmer 13 (Sebile)

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Leurres souples

– Sandra 9 et 12 (Delalande)

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– Kopyto 3″ et 4″ (Relax)

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Je vais rajouter à ça ma (petite) boite complète de leurres et divers matériels pour l’ensemble L, de manière à garder une possibilité de cibler plus spécifiquement les autres espèces du cours d’eau.


4/ Le séjour

La semaine qui a précédé le séjour a été quelque peu stressante du fait de l’annonce des grèves à la SNCF. J’ai de plus en plus tendance à éviter Air France pour les mêmes raisons mais je ne peux raisonnablement pas me passer de nos chers cheminots pour me rendre à l’aéroport. Par sécurité, j’ai donc pris le train d’avant, ce qui a rallongé mon temps de parcours de 4h. C’est donc un voyage de 28h qui m’attend.

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A vrai dire, à part la lassitude des attentes entre les changements d’avion, tout se passe sans encombre. Et surtout, la valise avec le matos est là, c’est bien le principal. A la sortie de l’aéroport je rencontre Peter, un des managers du lodge qui me fait monter dans une camionnette pour nous rendre à l’embarcadère. Une bonne heure de route, poste de conduite à droite, m’attend, avec un passage au travers d’une réserve.

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Les routes se rétrécissent, ça devient bon.

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A la mise à l’eau, c’est William, mon guide pour les 8 jours de pêche, qui m’attend avec son bass boat en fibre de verre, équipé d’un 4 temps 40 ch Suzuki. Le bateau est double ponté avec moquette marine et semble assez stable malgré le puissant courant et les gros remous dans le lit du fleuve.

Première question: “How is the fishing ?”

William me répond que la saison débute et que les niveaux sont hauts mais que quelques gros se font prendre, surtout à l’appât plutôt qu’au leurre. Deux poissons de 12,5 et 14 lbs ont été pris la semaine précédente par ses clients. Par contre les poissons-chats ont suivi les alevins dans la plaine inondable et ne seront donc pas pêchables. On arrive au débarcadère sur l’île et je me rends dans la salle commune via un ponton à travers les roseaux.

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L’accueil est très chaleureux et je me rends dans ma “tente”. Je mets volontairement des guillemets au mot tente car si la pièce avec les lits est effectivement en toile de tente, la salle de bain est en dur avec eau chaude et eau froide. C’est un sacré niveau de luxe vu la localisation.

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Et voici la vue depuis le pas de ma porte. On a déjà fait moins joli.

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De retour dans la salle commune, Kevin, un autre manager, me fait un rapide briefing sur la sécurité, les risques, les consignes, les interdits (comme pêcher du bord en dehors du lodge à moins de parler le crocodile couramment pour se sortir d’une situation délicate). Ensuite on me propose un « Warm Up » qui consiste à faire deux ou trois heures de pêche dans les environs immédiats du lodge, ceci dans l’idée de prendre contact avec la rivière.

William jette un oeil dans mes leurres et mon matos et, ouf, me dit que c’est bon mais qu’un seul leurre suffit : l’Effzett. Pour les moulins et les cannes c’est OK mais pas la peine de monter en tresse 50 lbs, une 20 lbs suffit. Par contre la canne L, c’est trop short, ça va se faire défoncer. Pour l’acier, c’est bon aussi mais lui préfère la rigidité d’une corde à piano bien fine (genre 20°°) plutôt que mon 30 lbs 7 brins. Enfin, pour les hameçons : SINGLE HOOK ! Là au moins, j’avais bon. Mais par contre tout ce qui est en dessous du 4/0 est trop petit. Donc mes Rapala sont sous équipés. Et je n’ai pas un stock énorme pour tout rééquiper, il faudra jongler. Concernant ces Rapala, lui préfère les utiliser en traîne. Mais il m’informe que le lodge a arrêté la traîne depuis l’année dernière. Peu importe, ce n’est pas une pêche que je comptais faire spécialement. Enfin, concernant les leurres de surface, la saison est trop en retard pour ça et les barbel run n’ont pas commencé.

Je prends donc une seule canne, trois leurres et lui a également des bulldogs (des poissons morts utilisés pour la dérive). Je reviendrai sur ceci plus tard. Je m’attendais à faire des dérives en power fishing, le long des bordures, mais pas du tout. On s’ancre en amont de rapides très puissants et on me dit de peigner, à l’Effzett biensûr.

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Franchement, je suis aux choux. Imaginez une rivière française en crue, posez-vous la question : où n’est pas le poisson ? Et bien c’est précisément là qu’est le poisson tigre. C’est complètement à l’envers de chez nous. Il me demande de le rechercher bien dans le chenal, là où le courant est le plus rapide, là où il y a du bouillon.

J’enregistre deux touches au leurre sans pouvoir ferrer.

Après ce premier poste, on remonte bien en amont pour faire de la dérive, sur le même principe que la dérive pour le dorado, mais avec un poisson mort armé de deux gros simples. Là aussi, j’ai deux touches mais je ne parviens pas à piquer le poisson.

En tous cas, pêcher dans un environnement de papyrus avec des crocos et des éléphants, c’est assez impressionnant pour un premier contact. J’ai bien l’impression de finir la journée à côté de mes pompes. Il va falloir repenser ma pêche et faire confiance au guide. Avec mes 3h de sommeil dans l’avion, la nuit dernière, je ne suis pas particulièrement en super forme, ce qui n’aide pas.

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De retour au lodge, je rencontre quelques clients Sud-Africains (il n’y a eu que de ça pendant la semaine) et nous discutons pêche évidemment. Eux on fait une journée capot. La soirée ne s’éternisera pas malgré un très bon repas et j’irai au lit tôt pour récupérer.


Jour 1

Le réveil sonne à 6h45 pour un petit déjeuner à 7h00 car on embarque à 7h20. Ancienne colonie anglaise oblige, le petit-déj est de type anglais : toast, beurre, thé, café, œuf à toutes les sauces, de l’œuf dur à l’omelette au piment, saucisse, bacon et foies de volailles. Costaud.

Sur le poste de pêche à 8h00, on commence par de la dérive. En fait, il m’a fallu deux jours pour comprendre que William voulait à tout prix que je prenne un gros donc il a insisté sur la dérive. Après une rapide explication pour lui signifier que je voulais, avant de prendre un gros, prendre du plaisir, on a modifié nos plans pour pêcher les poissons petits à moyens sur les bordures. Ensuite, on est revenu sur une pêche plus orientée “gros”.

Rapidement en début de dérive, je ferre un gros poisson qui me prend rapidement du fil mais qui se décroche. La décroche, c’est d’ailleurs la thématique principale de la pêche au poisson-tigre. Quelques dizaines de minutes plus tard seulement, j’ai à nouveau une touche et cette fois c’est carrément coupé au-dessus de l’acier. Bon, je me sens un peu penaud de foirer comme ça. Inconvénient de la dérive : la perte de matos. Je laisse 4 montages au fond sur cette première matinée.

Arrêtons-nous un moment sur cette fameuse pêche en dérive. Il s’agit de balancer un montage “freeline” donc sans plomb ni rien, en aval du bateau, et de l’accompagner en le sentant rebondir sur le fond. C’est la technique qui produit systématiquement les plus gros poissons, comme tous les carnassiers d’ailleurs, rien ne remplace le naturel. Le poisson utilisé est nommé “Bulldog” à cause de la forme de sa gueule, avec la mâchoire inférieure bien plus longue que la supérieure.

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Ça doit être la galère pour manger proprement avec une gueule pareille !

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Il est monté sur deux hameçons 5/0 reliés entre eux avec de la fine corde à piano. Le tout est fixé à un émerillon qui est lui-même relié à la tresse.

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Après cette action précoce en dérive, le calme plat est revenu. Nous décidons d’aller pêcher les bordures. J’ai deux touches sans suite, quelques suivis et je rate un poisson très correct (60-70 cm) à cause d’un hameçon emmêlé avec l’ondulante. A midi, devant un bon repas revigorant, j’échange quelques mots avec les clients et j’apprends que la crue du Zambèze actuelle est la plus haute depuis 40 ans donc les niveaux n’ont pas encore bien baissé et la pêche est très en retard par rapport aux autres années.

Ça c’est un truc auquel je ne prête plus attention. De toutes façons, ça ne va jamais : trop tôt, trop tard, trop haut, trop bas, trop sec, trop mouillé ! bref, des excuses. En tous cas, je ne me suis pas planté de saison comme on l’avait fait en Argentine, car le lodge est pratiquement plein tous les jours.

L’après-midi, on va un peu plus insister au leurre, mais plus spécifiquement dans les rapides. J’ai compris plus tard que c’est là que les plus gros se prennent au leurre. Les bordures sont réservées aux poissons petits à moyens avec de temps à autre un poisson qui sort du lot. Sur une veine de courant très rapide, j’enregistre après 1m d’animation, sur un Rapala Shad Rap 09 Fire Tiger, une énorme touche d’un poisson qui saute immédiatement et se décroche. Le guide l’estime à 5 lbs, ce n’est même pas un gros. Canne quasiment arrachée des mains ! ça promet. Plus tard je n’ai qu’une tape à l’Effzett et une touche d’un petit poisson sur le bulldog.

Je termine donc ma première journée capot, ce qui est habituel dans mes voyages de pêche donc je ne suis pas vraiment inquiet. Il y a du poisson, mordeur, mais je n’ai pas encore la clé pour le mettre au bateau.

Pour le lendemain, on a prévu une journée entière sur l’eau, sur un secteur en amont, dit “Golden point”, à 1h30 de bateau environ. On partira tôt. Tous les autres clients du lodge feront de même. De nombreux clients présents sont en fait des moucheurs. Le poisson-tigre est une prise de choix pour le pêcheur à la mouche. Il répond très bien à des streamer de couleur noire. Le fait qu’il s’alimente essentiellement de petites proies est un avantage pour cette pêche. L’utilisation d’un seul gros hameçon simple pour monter sa mouche en est une autre.


Jour 2

“Golden point” est une zone en amont constituée d’une vaste plaine inondable de part et d’autre du chenal principal du Zambèze. De plus, certains bras morts sont inondés à cette saison et réputés pour accueillir notre poisson. La prairie inondable de part et d’autre de la rivière est une zone marécageuse avec une hauteur d’eau variable de quelques dizaines de centimètres à 2 m. C’est dans cette zone que les alevins viennent débuter leur croissance après l’éclosion des œufs. Ils grossissent à l’abri relatif des prédateurs en attendant la décrue et donc la vidange de cette prairie dans la rivière. Forcés de retourner dans le chenal principal, ils sont alors très vulnérables aux prédateurs : oiseaux, poissons-tigre, poisson-chats. C’est à ce moment qu’on lieu les fameux barbel run, lorsque des millions d’alevins de 5 cm retournent par bancs entiers dans la rivière. Les poissons-chats (barbel) se mettent en formation pour les débusquer des herbiers de bordure. Les oiseaux s’en donnent à cœur joie, comme en mer, et les poissons-tigres en léger recul forment la deuxième ligne de défense. Mais ces barbel-run n’auront pas lieu pendant mon séjour j’en suis bien conscient. Il faudra attendre au moins le 15 juillet.

Voilà pour résumer la situation :

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Au leurre, ce sont donc essentiellement les petits (jusqu’à 4 ou 5 lbs) qui se font prendre, sur les bordures, là où ils peuvent se nourrir tout en étant à l’abri. En dérive ce sont essentiellement les gros (10 lbs et plus) qui se font prendre, au pied du tombant, alors qu’ils sont à l’affût des alevins sortant de la prairie ou de leurs congénères inattentifs.

On commence par faire de la dérive avec peu de succès puis on passe au leurre avec quelques touches ici et là, sans plus. Et puis en arrivant sur un secteur  beaucoup moins profond, bordé par des roseaux, j’ai enfin découvert ce que c’était vraiment que la pêche au poisson-tigre. Et j’ai arrêté de compter les statistiques.

Je vois des dizaines et des dizaines de petits tigres sur ce secteur grâce aux polarisantes, avec quelques moyens dans le lot. Ils attaquent sans cesse mon leurre sans se piquer. Pour le fun, j’échange mon ensemble pour la canne L avec une cuiller tournante n°2. Et je prends ainsi mon tout premier poisson.

Il ne fait que quelques centaines de grammes mais c’est le premier donc il mérite la photo.

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Ensuite, c’est la folie. Je repasse avec l’ensemble plus costaud et j’enregistre un nombre incalculable de touches franches ou non, je pique nombre de poissons mais n’en mets au final que 5 au bateau, le plus gros faisant seulement 2 lbs. Niveau défense, par rapport à un poisson de chez nous, le poisson se défend au triple de ce que pourrait suggérer son poids, ainsi un 2 lbs vaudrait un brochet de 6 lbs, en plus rapide et en faisant plus de chandelles. C’est un poisson très puissant. Tous les poissons ont été pris à l’Effzett. Le guide, qui n’est pas fan de la prise multiple de petits poissons me laisse quand même insister, d’une part parce que ça me plait et d’autre part parce qu’il y a régulièrement des gros pépères qui rôdent autour de la marmaille pour se caler une dent creuse.

A midi, pour boucher notre dent creuse à nous, c’est un buffet dans la savane qui nous attend. On échange un peu avec les Sudaf et un peu de poisson a été pris, à la mouche.

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L’après-midi, j’ai envie de refaire la même chose même si les poissons sont petits. Je ne pêcherai donc qu’au leurre, sur les bordures, pour 8 poissons au bateau (max 2 lbs).

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Sur une belle plage en pente douce, je vois un monstre sortir de nulle part, se placer derrière mon Effzett et ne donner finalement qu’un coup de nez sans suite. Je pense qu’ils m’ont entendu crier « big one » jusqu’au fin fond du Botswana sur ce coup. C’était un joli poisson de 10 lbs environ. J’ai énormément d’attaques à vue, grâce aux polarisantes (vision jusqu’à 2.50m de profondeur). J’ai remarqué que les plages en pente douce étaient particulièrement productives et j’ai vraiment bien envie de toucher un poisson correct dans ces conditions. Mais ce ne sera pas pour aujourd’hui. Il est temps de rentrer au bercail pour reprendre des forces.

Une bonne solution avec ces plages était de lancer sur le sable et de faire entrer doucement l’ondulante dans l’eau. Les tigres sortaient de nulle part et attaquaient le leurre presque immédiatement.


Jour 3

Ce matin, nous n’irons pas jusqu’à Golden point, nous ne remontrons la rivière que sur 30 minutes.

Je commence par 30 minutes de dérive et passe ensuite au leurre, à peigner les bordures. A midi, j’ai 10 poissons au bateau dont un poisson de 3 lbs et un poisson de 3,5 lbs. Même des poissons modestes comme ceux-ci donnent de beaux combats et ils prennent du fil même en pêchant en tresse 20 lbs et frein très serré, sans oublier les chandelles.

L’animation du leurre est assez simple : ramener à fond de cale avec quelques ralentissements éventuellement. Parfois quand un poisson suit et qu’il est assez correct pour valoir le coup d’essayer de déclencher son attaque, un grand coup de canne latéral pour donner une énorme accélération latérale au leurre permet de déclencher l’attaque. Bien souvent le poisson se pique tout seul. Mais pour autant, il n’est pas encore au bateau. C’est un peu comme la figure 8 des pêcheurs de musky.

Cette pêche, assez simple et peu technique au final, ne sera pas, je pense, très appréciée des pêcheurs recherchant des maniements réfléchis et appréciant de faire tourner leur boite à leurre tous les 5 lancers. Si ceci est votre dada, alors la pêche du poisson-tigre n’est peut-être pas pour vous. Pendant les barbel-run cependant, les poissons-tigres attaquent pratiquement tout ce qui bouge et toute la boite à leurre recevra des touches. Mais, là encore, la pêche ne sera pas très technique. De mon point de vue, ces pêches difficiles et techniques sont de bon ton dans nos eaux où on est parfois content d’avoir 5 touches pour deux poissons au sec en une soirée, en faisant tourner tous les leurres à disposition. Pour des vacances de pêche, ce n’est pas ce que je recherche.

L’après-midi, on va faire un tour dans les rapides, sans succès, puis on remonte sur un secteur où il est possible de prendre ces fameux relatifs du tilapia, les brêmes (bream en anglais dans le texte). Je les pêche à la frog, en texan mais me fait mettre en pièce par des petits tigers. En passant à l’Effzett, je parviens tout de même à prendre 4 tigers de petite taille, par contre je n’ai pas vu un seul gros. J’ai aussi fait quelques passages avec le leurre de William, sans plus de succès qu’avec la grenouille.

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Tout ceci se passe sous des yeux attentifs. Certaines plages sont habitées.

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Voilà maintenant deux jours que je pêche ainsi et je commence à avoir envie d’autre chose. Je commence à éviter les petits, sans essayer de déclencher la touche lors d’un suivi et en ne m’appliquant pas pendant le combat pour une décroche rapide.

Notons que sur le lodge, le catch and release est obligatoire. Le poisson est manipulé avec soin, on me demande systématiquement de me mouiller les mains avant de m’en saisir, on remet le poisson dans l’eau le plus rapidement possible et on le stock dans l’eau en attente d’une éventuelle séance photo.

Je conviens avec William d’essayer maintenant de toucher un gros sans pour autant ne faire que de la dérive. J’ai besoin de me reposer les bras car ça chauffe et surtout, à force de ferrer, j’ai un bleu au point de contact du talon de la canne sur le dessus de ma hanche ! J’ai autant ferré ces deux derniers jours que pendant toute ma courte vie de pêcheur au leurre, je pense.

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Jour 4

Ce matin, c’est au point du jour, à 6h30, que nous partons pour Golden point. C’est un vent à décorner les cocus qui nous attend et on sait d’ores et déjà que ce sera dur. Pour le tiger, il faut un grand ciel bleu et un billard. En 1h30 au leurre, je parviens à prendre 5 poissons de petite taille, jusqu’à 3 lbs, prouvant ainsi qu’il y a un peu d’activité malgré le vent.

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Ce dernier s’intensifie et rend la pêche au leurre quasi impossible, nous incitant ainsi à la dérive mais en 3h de cette pêche, je n’ai aucune touche.

Pour l’après-midi, ça ne s’arrange pas, le vent s’intensifie encore. Au leurre, il n’y a que l’Effzett qui passe : faible prise au vent et densité font d’elle un leurre idéal pour les conditions dantesques du moment. La précision n’est pas jojo mais quelques poissons répondent présents sans pour autant finir au bateau. Je décroche notamment un poisson correct.

Le soir, les Sudaf qui étaient à la mouche font grise mine. Tout le monde est cuit et rincé par le vent et la difficulté de la pêche. Un poisson de 12 lbs a quand même été pris en dérive. Certains Sudaf qui sont déjà venus me parlent d’un séjour, l’année dernière, pendant lequel le vent a soufflé pendant plusieurs jours, rendant la pêche impossible quasiment. Le dernier jour, le vent est tombé et ce fut une boucherie avec des poissons en nombre et jusqu’à 14 lbs, à la mouche. J’aimerais y croire mais je ne me fais pas trop d’illusions. Je ne suis jamais véritablement chanceux avec ce genre de trucs.

Et pendant ce temps, les locaux pagayent pour gagner leur croute, slalomant entre hippopotames et crocodiles.

D’ailleurs, ça peut servir, voici la procédure en cas d’attaque d’hippopotame (testée et approuvée par William) : lorsque la bête charge et renverse le bateau, il faut plonger et rester sous l’eau de manière à se faire emporter par le courant pour revenir à terre 50 m plus bas. Le deuxième effet Kiskool, c’est qu’il faut trouver une plage non habitée… ahem…

En parlant de faune, dans la thématique de la faune aviaire, le Haut Zambèze est une destination de choix pour les fans de photo ornithologique. Je suis nul en photo et nul en oiseaux donc ça ne me parle pas mais il y a plus de 200 espèces à voir. D’ailleurs, des séjours orientés photos sont organisés par certains guides.

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Jour 5

Pas de Golden point pour moi ce matin, on va rester à proximité du camp histoire de varier les plaisirs. De toute façon les résultats n’ont pas été excellents là-haut et avec le vent, les secteurs plus protégés (arbres) proches du lodge seront peut-être plus pêchables. Le vent n’a pas désempli, au contraire. Les 3h de dérive du début de matinée sont sans succès. La matinée est finie au leurre, comme toujours à l’Effzett, pour pêcher avec un minimum de précision dans le vent, avec trois poissons modestes au bateau.

Avec William, devant l’omniprésence des petits sujets sur les bordures sans aucun gros ni même un moyen, on décide d’augmenter la quantité de dérives. Selon lui, les gros sont collés au fond à cause du vent, ils sont assez inactifs mais un beau poisson peut toujours se laisser prendre. Pendant les longues heures improductives de dérive, on confronte nos cultures et l’échange est très enrichissant. William me demande s’il y a des crocodiles en France ce qui entraîne une bonne séance de rire.

Durant l’après-midi, le vent atteint son paroxysme et les dérives sont perpendiculaires au courant. William n’est pas très confiant, ne pouvant pas bien dériver sur les secteurs susceptibles d’abriter un beau poisson. Je ne suis pas bien confiant non plus.

Mais prendre des petits sur les bords ne me dit plus trop bien que j’apprécie l’action ininterrompue sur les bordures, j’ai juste envie d’en tenir un beau dans les mains, pour voir sa gueule de cauchemar. Ces lignes peuvent paraître un peu présomptueuses et je peux paraître un peu blasé de la prise régulière de petits sujets mais ce n’est pas tout à fait le cas. C’est toujours très excitant et agréable d’avoir plein d’action au leurre et j’en ai apprécié chaque minute mais le séjour touchant doucement à sa fin, autant pour faire plaisir à moi qu’à William, un beau sujet parmi la myriade de petits serait la cerise sur le gâteau.

Il y en a d’autres aussi qui font peur dans la rivière.

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Des bestiaux d’au moins 500 kg facile. Faudrait pas tomber à l’eau. Dans mon esprit, les crocodiles se nourrissaient de zèbres et gnous traversant la rivière mais ici il n’y a pas ce genre de proies. William m’explique qu’ils se nourrissent de poisson et de temps en temps d’un oiseau ou d’une loutre. En été, ils peuvent aussi parfois se coffrer une tête de bétail pas assez attentive. En tous cas, leur régime est efficace.

Pour changer des dérives infructueuses, on va se placer à l’amont d’un rapide et William me demande de balancer mon bulldog et lui, à la manœuvre, traverse la rivière de manière à avoir le bulldog qui se dandine devant les rapides.

J’enregistre une touche assez discrète malgré le courant de tous les diables. Je ferre, le poisson démarre pour se rendre dans les rapides mais s’arrête très vite pour revenir vers moi en donnant des coups de têtes. Il redémarre vers les rapides puis revient à nouveau avec des coups de têtes. Voilà quelques secondes que je tiens ce poisson et il n’a pas encore sauté : c’est donc un gros.

Troisième démarrage vers les rapides et hop, décroché : Arfl ! Dégoûté !

La défense du gros poisson-tigre est vraiment particulière. Il se « contente » de faire des allers-retours en direction du bateau et dans la direction opposée. Tout le travail consiste à encaisser les rushes et à mouliner comme un malade quand il revient pour retendre le fil. C’est pour ça que j’ai foiré selon le guide. Le poisson est revenu plus vite que je n’ai repris le fil. Il me dit qu’il faut aussi éventuellement ferrer deux ou trois fois pour que l’hameçon pénètre l’os de la mâchoire.

Nos discussions nous mènent maintenant à la gratuité de l’école en France, ce qui pour William est incroyable. Il me demande si même l’uniforme est gratuit. Je lui réponds que la France est définitivement le pays de la liberté puisque les élèves peuvent aller à l’école habillés comme bon leur semble. Je pense qu’il n’en revient toujours pas. Nous, Français, devrions parfois nous rappeler de la chance que nous avons de vivre dans un tel pays (sauf pour la qualité de la pêche, là c’est l’inverse).

Pour le lendemain, on va prendre les renseignements auprès des autres clients qui sont montés à Golden point. D’après la météo sur les I-Phone des Sudaf, le vent va tomber le lendemain: bingo, on va monter.

En attendant, il y a une bestiole devant ma tente.

C’est une iule, mille-pattes inoffensif se nourrissant de débris végétaux. Je vous donne un truc : si vous voyez un mille-pattes, placez-vous au-dessus de lui. Si vous ne voyez pas ses pattes, c’est une iule, c’est inoffensif. Si vous voyez ses pates sur les côtés, ne mettez pas la main, c’est un scolopendre : venimeux et agressif. S’il est dans votre tente, arrangez-vous pour l’occire avant de dormir. Une morsure peut mener à l’hôpital.

Et une autre bestiole devant ma tente, mais de l’autre côté du bras de rivière.


Jour 6

Finalement la météo sur I Phone, ce n’est pas bien mieux que celle de TF1: le vent n’est pas tombé. Nous voilà comme des idiots sur un secteur hyper découvert avec de grosses bourrasques.

Peu importe, on insiste en dérive pendant des heures et des heures, sans la moindre touche.

Sur une bordure, je réussis finalement à prendre un poisson modeste sur quelquechose d’autre que l’Effzett : un Rapala DT 10 coloris Parrot.

L’après-midi n’est pas mieux avec ce vent infernal. Je parviens à faire deux petits poissons à l’Effzett mais je ne vois pas comment on va pouvoir toucher à nouveau un beau poisson.

Tout le monde a souffert aujourd’hui avec une belle ribambelle de capots.

 

Nos discussions du jour nous amènent à la polygamie. William me dit qu’il peut avoir 10 femmes s’il le veut, du moment qu’il a une maison par femme. Je lui dis que chez nous c’est limité à une seule (officielle). Il est aussi très étonné que nous ne soyons pas obligés de payer pour avoir nos femmes. Lui a dû payer les parents de sa promise. C’est une sorte de dote. Par contre il trouve anormal que je vive avec la mère de ma fille sans être marié. Il faut être marié pour vivre avec une femme en Zambie.

Ces échanges culturels sont très enrichissants et toujours ponctués de grandes sessions de rire, le langage universel.

Il me reste deux jours à pêcher et j’ai tendance à déjà faire une croix sur le big one. J’ai déjà eu quelques opportunités malgré les mauvaises conditions et je les ai toutes foirées. On dirait que je n’ai pas le niveau.

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Jour 7

Le matin de ce 7e jour, on ne fera quasiment que de la dérive, sur un secteur très intéressant constitué d’une bordure couverte de roseaux et un chenal alternant les zones peu profondes et les drop-off.

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Les gros tigres se tiennent au pied des drop-off à l’affut de petits poissons en perdition sur les zones où le courant s’accélère.

Rapidement, le matin, j’enregistre une touche que je ferre sèchement, je pense assurer le ferrage en remettant un coup mais malheureusement, c’est pile poil au moment où le poisson se retourne et fait un rush : et je casse.

Là, je ne vous cache pas que je n’en mène pas large. Je me sens nul à chier et maintenant c’est autant pour William que pour moi que je dois en prendre un.

D’ailleurs William a pris ma deuxième canne pour faire dériver également et il me fait une démonstration magistrale sur sa seule touche, dans la demi-heure suivante. Il encaisse les rushes avec patience, toujours à l’affût de devoir mouliner comme un dingue quand le poisson revient. A un moment même, il pense pendant quelques secondes que le poisson s’est décroché. Mais non, il repart de plus belle. Il nous fait un saut à 1m au-dessus du niveau d’eau à quelques mètres du bateau.

J’ai la pression pour l’épuiser, mais ça passe au premier coup malgré quelques rushes pour rejoindre le fond de la rivière.

Une touche, un combat, un poisson au bateau, 13,5 lbs.

Voilà la différence entre le local expérimenté et le français bleu.

Voilà, j’ai enfin pu voir une de ces bêtes à la dentition hors du commun.

Nous enchaînons rapidement quelques photos avant la remise à l’eau car malgré tout, c’est un poisson fragile, surtout après une telle débauche d’énergie.

Ça fait donc deux touches sur cette dérive et nous décidons de la refaire.

Contre toute attente, j’ai à nouveau une touche mais malgré mon ferrage appuyé, le poisson se décroche immédiatement.

Je suis à genou, à terre, abattu : je l’ai encore foiré. Je m’en veux comme pas possible, je suis persuadé que c’était ma dernière chance.

Les Sudaf à midi me rassurent et me souhaitent la «bienvenue dans la pêche du poisson-tigre », la pêche où règne la loi de la décroche et du ratage, surtout pour un débutant.

Eux, ça les fait rire, car ils sont tous passés par là. Moi, je ris jaune.

Pour l’après-midi, ce sera de la dérive presque exclusivement, tant dans le chenal qu’à l’amont des rapides, mais sans la moindre touche.

Quelques passages au leurre se concluent par quelques touches, comme toujours, dues à de petits poissons.

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Jour 8

Aujourd’hui c’est mon dernier jour et déjà la nostalgie s’empare de moi. Je n’ai pas trop envie d’y croire à ce gros poisson, j’ai plutôt envie d’apprécier ces derniers moments, entouré d’une flore et d’une faune hors du commun.

Les 4h de dérive du matin se concluent sans la moindre touche. Au leurre, j’ai deux poissons au bateau dont un pris dans un rapide (mon premier). C’est toujours agréable cette pêche même si les poissons restent modestes, après plusieurs heures en dérive sans action. La pêche au leurre est toujours productive en touches, c’est plaisant. Pour cette dernière journée, j’ai ajouté, en trailer sur mon hameçon, un tube couleur bleue foncée, sans aucun effet sur les touches : ni plus, ni moins. L’important c’est qu’un petit bout de métal cuivré ondule devant.

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Ah oui, j’ai failli oublier, en plus d’avoir foiré tous mes gros tigers pendant la semaine, je me permets le luxe de foirer une énorme brême olive. Je la vois sortir de racines de roseaux, suivre mon Effzett, ouvrir grand sa bouche énorme et là, je pense qu’elle me voit, elle n’est qu’à 3 ou 4 m du bateau, dans une eau claire, elle ferme la bouche, met un coup de nez sur le leurre et retourne se planquer. Je ne la reverrai jamais. Une frustration de plus :

Pour l’après-midi, on va juste faire un peu de dérive, sans succès et terminer par quelques heures de leurre. Je ferai 6 poissons jusqu’à 3 lbs, toujours avec grand plaisir.

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Il est alors temps de rentrer au lodge, pour rassembler les affaires et passer une dernière bonne nuit de sommeil avant de partir pour plus de 24h de trajet.


Jour 9

Mais avant de rentrer à la maison, un petit détour par les chutes Victoria semblait inévitable. La saison n’est pas idéale pour ça, du fait du fort débit entraînant un brouillard très épais.

Heureusement, il y a quelques angles qui permettent de voir en partie la beauté de ces chutes.


5/ Bilan

J’aurais tendance à qualifier ce voyage de presque parfait. Après le quasi fiasco de l’Argentine, il me fallait rebondir.

Je voulais une pêche dans un environnement dépaysant, avec de la flore et de la faune qui sort de l’ordinaire. Je voulais un poisson qui a de la gueule, acrobatique, mais à taille humaine. Je voulais pouvoir avoir plein de touches, plein d’action, essentiellement au leurre mais pas que, avec de nombreux poissons petits à moyens et quelques gros dans le lot. Je voulais pouvoir partir seul, sans surcoût ni devoir être accroché à un autre groupe.

J’ai donc été totalement ravi pour l’ensemble de ces points, à l’exception de la prise d’un gros poisson. Mais ça, c’est plus de ma faute qu’autre chose. J’ai tenu 5 gros poissons en dérive et je les ai tous foirés. J’ai eu un beau venu voir mon leurre et deux autres moyens ratés au ferrage.

Je termine ce séjour avec 46 poissons au bateau, ce qui correspond à environ 150 poissons touchés et donc je pense 500 ferrages au bas mot pour bien plus de 1000 touches. Le poisson est très puissant même à petite taille, et très agréable à pêcher sur un ensemble MH par exemple. Ses acrobaties sont impressionnantes et sa capacité à se décrocher est presque déprimante. Mais c’est ça la pêche du poisson tigre, il faut l’accepter.

Du côté du timing, je ne me suis pas trop planté. Le camp était presque en permanence plein avec des locaux qui, pour certains, reviennent régulièrement. C’est toujours rassurant. Par exemple, en Argentine, le camp était désert à part les cons de Français : ça c’était un signe. Les conditions en Zambie n’étaient pas super avec une saison bien en retard et des niveaux trop hauts. Certains Sudaf étaient là l’année dernière en août et la saison des barbel-runs se terminait. Ils ont décidé de venir mi-juin pour en profiter pleinement mais cette année ça n’avait pas encore commencé.

Du côté du choix du lodge, j’ai tapé dans le mille. Franchement, tout était parfait et à un tarif qui me semble ultra compétitif. De nombreux Sudaf m’ont dit avoir testé d’autres lodges sur le Zambèze et m’ont assuré que Sekoma Island était le meilleur qu’ils aient fait. En plus, l’accès se faisant par voiture, il permet au pêcheur solitaire de s’éviter un vol en charter onéreux ou un regroupement avec une autre équipe. C’est parfait. La cuisine est excellente avec beaucoup de plats en sauce et des grillades accompagnés de légumes et féculents. Le ragoût de queue de bœuf était particulièrement bon. Les desserts étaient essentiellement des pâtisseries accompagnés de pudding, ancienne colonie anglaise oblige. Pour les petits déjeuners, même influence anglaise avec toast au beurre, saucisse, bacon, foie de volaille et œufs à toutes les sauces. Surprenants le premier jour, ces solides petit-déjs permettent de tenir jusqu’à 13h. Cerise sur le gâteau, un service quotidien inclu de blanchisserie !

Du côté des prestations “pêche”, c’était également très bon avec des bateaux bien équipés et bien maniés par des guides locaux qui connaissent tout le secteur comme leurs poches. Les bateaux sont équipés de ponts avec siège bicyclette, d’une glacière toujours bien fournie, d’un grip et d’une grande épuisette aux mailles en caoutchouc.


6/ Quelques conseils en vrac

Anglais oral (expression et compréhension) obligatoire

Protection solaire renforcée, y compris pour les lèvres (type stick pour le ski). Je suis revenu avec les lèvres gercées jusqu’au sang, je n’avais qu’un stick standard

Habits chauds pour le matin (1h30 de bateau par 10°C, ça rafraîchit), avec coupe-vent, casquette, Buff

Le mieux est de multiplier les couches pour les retirer une à une pendant la journée (30°C au soleil à 14h) puis les remettre jusqu’au soir

Ne pas se surcharger en habits : service de blanchisserie gratuit tous les jours

Chaussures fermées car ça caille les matins et soirs, n’oublions pas que c’est l’hiver dans l’hémisphère sud

Traitement anti-paludisme éventuel (une seule piqûre pour moi en une semaine)

On peut manger de tout, la cuisine est faite selon les standards Sudaf et donc pas de risque de tourista en mangeant des produits non cuits (salades, fruits)

Arachnophobes welcome (une seule araignée vue en une semaine… un beau bestiau quand même, mais tout plat, d’où son nom: le flatty)

Tout se paye sur place en dollars US ou en rand sud-africains mais ils acceptent les cartes visa

Pour le pourboire, il est conseillé de prévoir 10$ par jour de pêche pour le guide et 50$ par exemple pour le reste de l’équipe pour tout le séjour


7/ Matériel

Il y a en fait 4 différents types de pêche à faire.

a/ Pêcher les bordures

C’est une pêche comme on l’appellerait chez nous “power fishing” pour des poissons petits à moyens avec occasionnellement une belle pièce (mais ne pas trop compter dessus quand même).

Canne 7-28g, pour un max de fun, casting pour augmenter la cadence, moulinet ultra-haut ratio (même à toute blinde, le leurre ne nagera jamais plus vite que le poisson, c’est impressionnant).

Si comme moi, on ne pêche pas en casting, alors un 4000 est nécessaire pour avoir une vitesse d’animation suffisante. Mon 3000 était trop court, définitivement.

La canne spinning présente l’avantage de pouvoir mieux pêcher les rapides en lançant plus loin donc les deux cannes dans la valise seraient parfaites pour les pêcheurs complets.

Pour le casting, comme pour le spinning, l’animation se faisant canne basse, le ferrage canne rasant l’eau et le combat canne dans l’eau, une canne courte sera préférable. Elle permettra en outre de pêcher assis, ce qui permet de reposer les jambes quelques heures dans la journée si on ne fait pas de dérive.

Tresse 20 lbs

Bas de ligne acier biensûr, 20 cm en 20 ou 30 lbs

Agrafe de qualité (pas les merdes de Berkley que j’avais par exemple, les Decoy 60 lbs étaient très bien)

Leurre:  Effzett!!!!!! Pas la peine de trop chercher, c’est le leurre par excellence:  petit comme les proies habituelles du poisson-tigre, pas chère, indestructible, assez dense pour se lancer contre le vent, animation en profondeur ou en surface, armement par un gros hameçon simple de 2/0 à 6/0 selon la taille de l’Effzett, elle devient pratiquement weedless, c’est impressionnant.

Les hameçons simples Owner AKI 5170 sont absolument parfaits:  tige longue, piquant excellent et très durable (plusieurs jours de pêche avec le même hameçon sans soucis, le piquant restant impeccable).

Rien n’empêche de faire passer d’autres leurres mais au bout de quelques jours, même le pêcheur récalcitrant se rendra compte que l’Effzett est supérieure à tous les autres leurres, pour son côté pratique mais également pour la quantité de touches supplémentaires qu’elle produit.

Avec cette pêche, il est possible de toucher également les brêmes locales, à l’Effzett mais aussi au leurre souple en texan ou non. Les LS qui marchent le mieux selon les locaux sont des créatures type paddle tails (2 ou 4 queues) de couleur noire ou foncée. Bas de ligne acier car les tigres y goûtent également. Les brêmes n’ont pas de dents.

b/ Pêcher en dérive les gros sujets

Le fond de la rivière est sableux avec très peu d’accrocs. J’ai perdu peut-être 10 montages en une semaine à raison de plusieurs heures de dérive par jour.

Les hameçons sont des simples 4/0 à 8/0 montés en tandem avec de la fine corde à piano (20 ou 30°°). Les émerillons sont des 50 lbs et plus, de couleur noire (pour éviter qu’un petit tigre ne vienne couper la tresse).

La canne sera puissante. La 25-100g que j’avais était bonne selon le guide. Le moulinet est un 4000 sans être une horlogerie suisse car il sert juste de réserve de fil. Il faut quand même une bonne vitesse de récupération pour reprendre le fil quand le poisson revient au bateau à toute blinde. Le frein sera assez puissant aussi, limite rupture de la tresse. Celle-ci sera de préférence un 30 lbs par sécurité. Moi j’étais en 20 lbs et j’ai eu une casse. Sinon j’avais de la 50 lbs mais le guide m’a dit que c’était trop gros.

c/ Pêcher à la mouche

Là je n’y connais rien mais un ensemble type brochet (9 weight) est ce qu’il faut avec des soies plongeantes.

Les leaders sont en 20 lbs et la mouche, un streamer de couleur noire, est montée sur 10 cm de corde à piano bien fine (20°°).

d/ Pêcher les barbel-runs

Ces phénomènes n’ont lieu que quelques semaines par an, de fin juin à mi-aout avec des variations d’une année à l’autre, selon les niveaux.

Il est possible de prendre ces fameux poissons-chats au leurre, comme décrit au point a/ mais il est aussi à ce moment possible de prendre toutes tailles de poissons-tigres au leurre, y compris les gros qui se prennent habituellement en dérive.

La pêche se fait sur les bordures mais avec le bateau assez loin du bord pour ne pas effrayer poissons et oiseaux qui festoient.

Une canne bonne lanceuse est nécessaire donc plutôt du spinning, moulinet 4000 et tresse 20 lbs également mais la canne sera un peu plus puissante par sécurité, par exemple une 10-40g ou une 20-80g selon les préférences de chacun.

Pour ceux qui souhaitent à tout prix pêcher en casting, une canne plus longue permettant de lancer à 40 m des poids de 20g est nécessaire. Pour le moulinet, c’est toujours un ratio de fou furieux qu’il faudra.


8/ Epilogue

C’est un séjour qui m’a totalement donné envie de ranger mes cannes leurres pour fuir la médiocrité de nos eaux françaises pendant bon nombre de mois. Donc c’est un séjour réussi.

Je n’ai pas pris de gros tigre malgré plusieurs chances qui m’ont été offertes donc je vais probablement devoir y retourner.

J’ai fait de très belles rencontres, échangé beaucoup avec des gens d’une totale autre culture, tant Zambiens que Sudaf. J’ai pêché un poisson hors du commun dans un environnement privilégié et préservé.

C’est le cœur rempli d’une grande dose de bonheur que je suis revenu.